Les ar­chi­tectes du pay­sage

Le sché­ma d’amé­na­ge­ment, ou­til de pla­ni­fi­ca­tion in­dis­pen­sable

L'Etoile - - DOSSIER : LE DÉVELOPPEMENT D’UNE RÉGION - PAR MÉ­LA­NIE MELOCHE-HOLUBOWSKI mm­ho­lu­bows­ki@heb­dos­du­su­roit.com

Dans un contexte de crois­sance, la MRC de Vau­dreuil-Sou­langes compte sur un ou­til qui lui per­met­tra de gé­rer l’es­sor ré­gio­nal et d’as­su­rer le dé­ve­lop­pe­ment du­rable : son sché­ma d’amé­na­ge­ment.

L’ar­chi­tecte du pay­sage Ray­mond Ma­lo s’y connaît en la ma­tière. Ce di­rec­teur de l’amé­na­ge­ment du ter­ri­toire et de l’en­vi­ron­ne­ment à la MRC de Vau­dreuilSou­langes pos­sède en ef­fet une vue d’en­semble sur la ré­gion et une vi­sion à long terme. Il ma­nie le sché­ma d’amé­na­ge­ment comme une arme contre la désor­ga­ni­sa­tion et l’in­co­hé­rence. Il conseille les maires en ma­tière d’oc­cu­pa­tion du ter­ri­toire, de dé­ve­lop­pe­ment, de ges­tion de la crois­sance et de moyens de contrer la dé­vi­ta­li­sa­tion mu­ni­ci­pale.

Le sché­ma d’amé­na­ge­ment éta­blit les lignes di­rec­trices de l’or­ga­ni­sa­tion phy­sique du ter­ri­toire d’une MRC. Il per­met aux élus de co­or­don­ner les dé­ci­sions qui touchent l’en­semble des mu­ni­ci­pa­li­tés et de nour­rir une vi­sion ré­gio­nale. De plus, il oriente l’ex­pan­sion ur­baine et le dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique et har­mo­nise les grandes vo­ca­tions du ter­ri­toire, la pla­ni­fi­ca­tion et l’em­pla­ce­ment des équi­pe­ments et des ser­vices col­lec­tifs. En­fin, il fa­vo­rise le main­tien des ser­vices de proxi­mi­té dans des sec­teurs en dé­vi­ta­li­sa­tion et in­tègre un équi­libre en­vi­ron­ne­men­tal et so­cioé­co­no­mique.

« C’est l’ar­chi­tec­ture du pay­sage », ré­sume Gérald Bras­sard, an­cien di­rec­teur gé­né­ral du CLD de Vau­dreuil-Sou­langes.

Le sché­ma d’amé­na­ge­ment a no­tam­ment per­mis de pro­té­ger la mon­tagne de Rigaud, d’in­ter­dire les por­che­ries dans la ré­gion et de li­mi­ter la construc­tion d’éo­liennes.

Le di­rec­teur gé­né­ral de la MRC, Guy-Lin Beau­doin, avoue que le dé­ve­lop­pe­ment peut « dé­struc­tu­rer » le pay­sage d’une ré­gion. C’est pour­quoi la MRC amor­ce­ra un tra­vail co­los­sal au cours de la pro­chaine an­née : les élus ré­vi­se­ront le sché­ma d’amé­na­ge­ment.

Croître sans chaos

À maintes re­prises, les par­ti­ci­pants du Som­met éco­no­mique de Vau­dreuilSou­langes ont ré­ité­ré que la crois­sance ré­gio­nale doit se faire sans chaos. « Les gens ont dit qu’il y a des li­mites. Les gens ne to­lè­re­ront pas le dé­ve­lop­pe­ment tous azi­muts », rap­pelle le di­rec­teur gé­né­ral du CLD, Ju­lien Tur­cotte.

Les ci­toyens es­pèrent une ex­pan­sion har­mo­nieuse in­cluant ser­vices, em­plois et com­merces de proxi­mi­té et res­pec­tueuse de l’en­vi­ron­ne­ment et de la qua­li­té de vie. Ce­pen­dant, tous veulent pro­fi­ter au maxi­mum du cor­ri­dor de com­merce et de la porte conti­nen­tale.

Pro­ces­sus dé­jà amor­cé

L’es­sor de Vau­dreuil-Sou­langes est dé­jà bien en­ta­mé. Les construc­tions ré­si­den­tielles et com­mer­ciales s’y mul­ti­plient, et les ter­rains à proxi­mi­té des au­to­routes 540, 30 et 20 sont dans la­mire des en­tre­prises.

« Toutes les mu­ni­ci­pa­li­tés vou­dront faire du dé­zo­nage le long de l’au­to­route 30 et de la 20 pour at­ti­rer des en­tre­prises », sou­tient Guy Pi­lon, maire de Vau­dreuil-Do­rion.

Cer­tains élus parlent dé­jà de dé­po­ser des de­mandes de chan­ge­ment de zo­nage de vastes terres agri­coles afin d’y concen­trer la construc­tion.

« Si nous dé­zo­nons de pe­tites par­celles de terre ici et là, nous nous fe­rons man­ger peu à peu, pré­vient Guy Pi­lon. Il faut éta­blir les zones en consé­quence. Nous de­vons dé­ve­lop­per en phases et em­pê­cher la pres­sion. »

SCOT

D’ailleurs, les élus re­viennent de deux mis­sions en France, où ils ont étu­dié l’in­ter­mo­da­li­té et l’amé­na­ge­ment du ter­ri­toire. Ils ont été par­ti­cu­liè­re­ment im­pres­sion­nés par le sché­ma de co­hé­rence ter­ri­to­riale (SCOT). Ce­lui-ci pré­co­nise l’équi­libre entre les zones ur­baines, in­dus­trielles, tou­ris­tiques, agri­coles et na­tu­relles en éta­blis­sant les ob­jec­tifs en ma­tière d’ha­bi­ta­tion, de dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique et de dé­pla­ce­ment.

Guy Pi­lon in­dique que les Eu­ro­péens per­çoivent le dé­ve­lop­pe­ment de fa­çon po­si­tive, car des lois sé­vères l’ac­com­pagnent. « Nous se­rions l’une des pre­mières MRC au Québec à adop­ter une telle vi­sion », de pré­ci­ser M. Ma­lo.

La MRC pour­rait ain­si mieux choi­sir le type d’en­tre­prises qui s’éta­bli­ront dans la ré­gion. Rap­pe­lons à cet ef­fet le cas de la gare in­ter­mo­dale aux Cèdres : la MRC a in­sis­té pour que les en­tre­prises trans­forment des pro­duits sur place. « Nous nous as­su­rons de créer des em­plois, de ne pas juste avoir des conte­neurs », pré­cise M. Ma­lo.

En outre, le sché­ma d’amé­na­ge­ment in­clu­ra des me­sures pour ga­ran­tir l’ac­cès à des lo­ge­ments so­ciaux et abor­dables, au trans­port en com­mun et aux éta­blis­se­ments sco­laires. La pro­tec­tion de l’agri­cul­ture et des pe­tites mu­ni­ci­pa­li­tés se­ra éga­le­ment à l’ordre du jour des élus. Rien ne se­ra né­gli­gé, in­dique M. Ma­lo.

En fait, les élus éla­bo­re­ront la vi­sion des 50 pro­chaines an­nées : où et com­ment le dé­ve­lop­pe­ment se­ra per­mis etde quelle fa­çon les­mu­ni­ci­pa­li­tés pro­fi­te­ront de cet es­sor sans sa­cri­fier un nombre im­por­tant de terres agri­co­les­ni nuire à leur ca­rac­tère cham­pêtre.

Des pre­miers pas

Dé­jà, la MRC et quelques-unes de ses mu­ni­ci­pa­li­tés adoptent des me­sures concrètes qui s’ins­crivent dans l’es­prit du SCOT. En ef­fet, la MRC a ré­cem­ment « ge­lé » quelques cen­taines d’hec­tares dans Vau­dreuil-Do­rion et Saint-La­zare pour per­mettre l’amé­na­ge­ment d’un pôle ins­ti­tu­tion­nel, soit un hô­pi­tal, des écoles, des ser­vices gou­ver­ne­men­taux et des lo­ge­ments.

De son cô­té, la Ville de Vau­dreuil-Do­rion oeuvre à l’éla­bo­ra­tion d’un plan par­ti­cu­lier d’ur­ba­nisme pour le sec­teur du bou­le­vard de la Gare. Son maire es­time que les élus doivent être res­pon­sables et éta­blir une vi­sion à long terme. « Il est temps que le gou­ver­ne­ment­mette ses cu­lottes et s’as­sure que les ci­toyens ne peuvent s’op­po­ser aux écoles, aux gar­de­ries et aux hô­pi­taux, de dé­cla­rer Guy Pi­lon. Il y a tou­jours quel­qu’un qui s’op­pose au dé­ve­lop­pe­ment. Les gens ne pensent pas à une vi­sion à long terme; ils ne pensent qu’à leur mai­son. »

De toute fa­çon, la MRC de­vra in­no­ver en amé­na­ge­ment pour res­ter com­pé­ti­tive, es­time Claude Comtois, pro­fes­seur de géo­gra­phie à l’Uni­ver­si­té de Mon­tréal : « Vous êtes en bonne po­si­tion pour fixer des condi­tions de dé­ve­lop­pe­ment qui ré­pondent à des cri­tères stricts. Le dé­ve­lop­pe­ment du­rable, ce n’est plus né­go­ciable. Vous n’avez pas le droit d’échouer. »

PHOTO DA­NIEL CUILLERIER

Ray­mond Ma­lo, au centre, dis­cute avec la mai­resse des Cèdres, Géraldine T. Ques­nel.

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