Quand la CPTAQ dit non

Le gou­ver­ne­ment im­po­se­ra-t-il un chan­ge­ment de zo­nage?

L'Etoile - - DOSSIER : LE DÉVELOPPEMENT D’UNE RÉGION - PAR MÉ­LA­NIE MELOCHE-HOLUBOWSKI mm­ho­lu­bows­ki@heb­dos­du­su­roit.com

La MRC es­père im­plan­ter un pôle in­ter­mo­dal ré­gio­nal et ain­si at­ti­rer des en­tre­prises et des in­dus­tries. Au préa­lable, elle de­vra ob­te­nir le chan­ge­ment de zo­nage de cen­taines d’hec­tares de terres agri­coles. Et si la Com­mis­sion de pro­tec­tion du ter­ri­toire agri­cole du Québec (CPTAQ) s’y op­po­sait?

La CPTAQ doit étu­dier les de­mandes d’au­to­ri­sa­tion sou­mises en ver­tu de la Loi sur la pro­tec­tion du ter­ri­toire et des ac­ti­vi­tés agri­coles re­la­ti­ve­ment à l’uti­li­sa­tion à des fins autres qu’agri­coles, au lo­tis­se­ment et à l’alié­na­tion d’un lot. Mis­sion : ga­ran­tir aux gé­né­ra­tions fu­tures un ter­ri­toire pro­pice à l’exer­cice et à l’es­sor des ac­ti­vi­tés agri­coles.

Or la pres­sion du dé­ve­lop­pe­ment pèse lourd. Au Québec, en 2009-2010, 4500 hec­tares de terres ont chan­gé de vo­ca­tion, vouées à l’ex­pan­sion du pé­ri­mètre ur­bain ou à la construc­tion. Et Vau­dreuil-Sou­langes ne fait pas ex­cep­tion. Les élus songent à de­man­der à la CPTAQ de mo­di­fier le zo­nage de cen­taines d’hec­tares de terres agri­coles en pré­vi­sion de la crois­sance des 50 pro­chaines an­nées.

En no­vembre 2009, la CPTAQ a tou­te­fois re­fu­sé d’ex­clure 195 hec­tares en zone agri­cole en vue de l’agran­dis­se­ment d’un parc in­dus­triel pour per­mettre à la cor­po­ra­tion Ca­na­dian Tire d’agran­dir ses ins­tal­la­tions. Les com­mis­saires ont clai­re­ment in­di­qué à la Mu­ni­ci­pa­li­té de Co­teau-du­Lac d’uti­li­ser en pre­mier lieu les terres hors de la zone agri­cole.

Pour­tant, en avril 2009, la CPTAQ avait au­to­ri­sé l’uti­li­sa­tion de 311 hec­tares aux Cèdres pour la gare in­ter­mo­dale du Ca­na­dien Pa­ci­fique.

Le cas de Co­teau-du-Lac

Les au­to­ri­tés mu­ni­ci­pales de Co­teau-du­Lac vou­laient ob­te­nir la per­mis­sion d’uti­li­ser 195 hec­tares pour l’agran­dis­se­ment de leur parc in­dus­triel et de l’en­tre­pôt de Ca­na­dian Tire et ain­si rendre dis­po­nibles des es­paces aux en­tre­prises sa­tel­lites connexes aux ac­ti­vi­tés de Ca­na­dian Tire. Un pro­jet qui s’ins­cri­vait dans l’ob­jec­tif de la MRC de Vau­dreuil-Sou­langes de créer un pôle lo­gis­tique en ma­tière de trans­port et de lo­gis­tique. De cette su­per­fi­cie, 56 hec­tares sont en culture, 46 consti­tuent un boi­sé mixte sans po­ten­tiel acé­ri­cole et 93 hec­tares sont consti­tués de friche et des jeunes boi­sés.

D’autre part, la Mu­ni­ci­pa­li­té a pro­po­sé de pré­ser­ver, à des fins de conser­va­tion, un mi­lieu hu­mide de 14 hec­tares en bor­dure de la ri­vière De­lisle.

En 2006, Ca­na­dian Tire avait ache­té plus de 67 hec­tares de ter­rain pour y construire un bâ­ti­ment de 16 hec­tares. La Mu­ni­ci­pa­li­té a in­di­qué que le parc in­dus­triel ac­tuel est en­tiè­re­ment oc­cu­pé et que la deuxième phase de Ca­na­dian Tire né­ces­si­te­ra un su­per­fi­cie de 85 hec­tares. De plus, Pi­val In­ter­na­tio­nal, Robert Trans­port et le Groupe Goyette sou­haitent s’y éta­blir, d’où la né­ces­si­té de pro­cé­der au chan­ge­ment de zo­nage de 195 hec­tares.

L’Union des pro­duc­teurs agri­coles (UPA) s’est quant à elle op­po­sée à cette de­mande, car une « au­to­ri­sa­tion me­na­ce­rait l’in­té­gri­té de ce ter­ri­toire agri­cole ». Elle craint un ef­fet d’en­traî­ne­ment. Elle sug­gère plu­tôt que le dé­ve­lop­pe­ment soit jux­ta­po­sé à l’au­to­route 540, où les terres sont de moins bonne qua­li­té.

De son cô­té, la CPTAQ a consta­té que 433 hec­tares à vo­ca­tion in­dus­trielle de­meurent va­cants et que la su­per­fi­cie de la zone non agri­cole est de 4097 hec­tares. Il s’agit là de suf­fi­sam­ment d’es­pace pour dé­ve­lop­per ailleurs, es­time-t-elle. « Il est sou­vent plus fa­cile de pré­voir l’im­pré­vi­sible et d’ajou­ter quelques hec­tares ici et là, au cas où, que de faire les ef­forts né­ces­saires pour ra­tio­na­li­ser l’es­pace au maxi­mum », ex­plique-t-elle dans sa dé­ci­sion.

Ré­sul­tat : elle a per­mis l’ex­clu­sion de 55 hec­tares sur les 195 de­man­dés, dont 10 en zone hu­mide.

Dé­cret mi­nis­té­riel

Mal­gré la dé­ci­sion de la CPTAQ, le gou­ver­ne­ment peut lui re­ti­rer le dos­sier par dé­cret mi­nis­té­riel. « La CPTAQ di­ra cer­tai­ne­ment non au dé­zo­nage de 200 ou 500 hec­tares de terres pour un pôle in­ter­mo­dal », es­time le maire de Vau­dreuilDo­rion, Guy Pi­lon. Se­lon lui, pour convaincre le pre­mier mi­nistre Cha­rest de pas­ser outre la dé­ci­sion de la CPTAQ, la MRC de­vra étof­fer son dos­sier : « Nous de­vons chan­ger la men­ta­li­té du gou­ver­ne­ment. Nous de­vons lui dé­mon­trer ce dont nous avons be­soin pour les 50 pro­chaines an­nées. Après, on n’y touche plus. »

Guy Pi­lon ajoute tou­te­fois que « per­sonne ne force les fer­miers à vendre leurs terres ». D’après l’UPA, leurs terres se vendent 15 000 $ l’hec­tare, ce qui rend la ren­ta­bi­li­sa­tion dif­fi­cile.

Aus­si, la com­pa­gnie Al­ta a ac­quis plus de 50 hec­tares à 33 000 $ cha­cun. « Plu­sieurs agri­cul­teurs du sec­teur au­raient été in­té­res­sés à ac­qué­rir cette terre, mais au­cun ne pou­vait ri­va­li­ser avec un spé­cu­la­teur », a in­di­qué l’UPA.

La CPTAQ fe­ra-t-elle preuve de sou­plesse à l’égard de la de­mande de la MRC? Le gou­ver­ne­ment in­ter­vien­dra-t-il?

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