Des réa­li­tés op­po­sées

À chaque mu­ni­ci­pa­li­té son dé­ve­lop­pe­ment

L'Etoile - - DOSSIER : LE DÉVELOPPEMENT D’UNE RÉGION - PAR MÉ­LA­NIE MELOCHE-HOLUBOWSKI mm­ho­lu­bows­ki@heb­dos­du­su­roit.com

La pres­sion du dé­ve­lop­pe­ment se fait sen­tir par­tout dans Vau­dreuil-Sou­langes. Pour la ré­duire, il fau­dra avoir re­cours à la den­si­fi­ca­tion, af­firme Ray­mond Ma­lo, di­rec­teur de l’amé­na­ge­ment du ter­ri­toire et de l’en­vi­ron­ne­ment de laMRC de Vau­dreuil-Sou­langes. « Nous de­vons ré­duire l’éta­le­ment ur­bain. »

Les mu­ni­ci­pa­li­tés de­vront donc faire preuve de créa­ti­vi­té. Cha­cune vit sa réa­li­té et doit prendre des dé­ci­sions uniques tout en te­nant compte de la si­tua­tion ré­gio­nale.

Manque d’es­pace

À Vau­dreuil-Do­rion, les ter­rains hors de la zone agri­cole sont ra­ris­simes. L’ad­mi­nis­tra­tion mu­ni­ci­pale re­cherche déses­pé­ré­ment des ter­rains pour construire des écoles, des ins­ti­tu­tions gou­ver­ne­men­tales et de san­té et un hô­tel de ville.

Un PPU (plan par­ti­cu­lier d’ur­ba­nisme) et l’amé­na­ge­ment axé sur le trans­port en­com­mun lui per­met­tront de construire le der­nier sec­teur de­la­ville, le­bou­le­vard­de­laGare.

« La MRC étouffe », sou­tient le maire de Vau­dreuil-Do­rion, Guy Pi­lon. Sa ville ne dis­pose presque plus de ter­rains pro­pices à la construc­tion. De son cô­té, la mu­ni­ci­pa­li­té des Cèdres, à 93% agri­cole, peine à construire quelques mai­sons.

L’amé­na­ge­ment axé sur le trans­port en com­mun (sou­vent ap­pe­lé TOD - Tran­sit orien­ted de­ve­lop­ment) est un prin­cipe de dé­ve­lop­pe­ment qui en­cou­rage la den­si­fi­ca­tion au­tour du trans­port en com­mun. On trou­ve­ra donc bien­tôt, bou­le­vard de la Gare, plu­sieurs tours d’ha­bi­ta­tion. De son cô­té, le PPU de ce sec­teur se­ra sou­mis au gou­ver­ne­ment. S’il est ap­prou­vé, la Ville n’au­ra pas be­soin d’avoir re­cours à de mul­tiples chan­ge­ments de zo­nage aux­quels les ci­toyens pour­raient s’op­po­ser.

Guy Pi­lon af­firme que les élus veulent pro­po­ser une vi­sion à long terme et évi­ter d’être confron­tés au syn­drome du pas-dans-ma-cour.

« L’amé­na­ge­ment axé sur le trans­port en com­mun est une idée qui de­vrait être éten­due à toute la ré­gion », croitRay­mondMa­lo.

Et le maire de Vau­dreuil-Do­rion rêve dé­jà à l’es­sor de sa ville vers l’ouest. « Toutes les mu­ni­ci­pa­li­tés vou­dront faire du dé­zo­nage le long de l’au­to­route 30 », af­firme-t-il. Il es­père d’ailleurs voir la Com­mis­sion de pro­tec­tion du ter­ri­toire agri­cole du Québec faire preuve de sou­plesse à cet égard. « Nous pour­rions construire quelques mai­sons le long des routes agri­coles et per­mettre aux en­fants de fer­miers d’y res­ter », sug­gère-t-il.

Dé­ve­lop­pe­ment désor­don­né

De son cô­té, la mai­resse des Cèdres, Géraldine T. Ques­nel, doit con­ju­guer avec des dé­ci­sions qui li­mitent la crois­sance mu­ni­ci­pale et désor­ga­nisent le ter­ri­toire. « Nous avons un ter­ri­toire vaste mais épar­pillé », ex­plique-t-elle.

Les Cèdres comptent en ef­fet des cen­taines d’hec­tares de terres agri­coles, mais la mai­resse et ses conci­toyens veulent pré­ser­ver le ca­rac­tère cham­pêtre et agri­cole de leur mu­ni­ci­pa­li­té.

D’ailleurs, ma­dame Ques­nel dé­plore l’éta­le­ment des quar­tiers ré­si­den­tiels : « Il au­rait été plus lo­gique de construire au­tour du noyau vil­la­geois. » Pour­tant, en 1992, la Mu­ni­ci­pa­li­té a ten­té de re­don­ner au Do­maine Cham­ber­ry son zo­nage vert, sans suc­cès. Avantde lo­tir d’autres sec­teurs, laMu­ni­ci­pa­li­té de­vait voir à ce que le Do­maine Cham­ber­ry soit en­tiè­re­ment construit. Au­jourd’hui, elle voit son noyau vil­la­geois di­vi­sé. Et ce­la est sans comp­ter qu’il est com­plexe et coû­teux d’of­frir ser­vices et in­fra­struc­tures. « Sans ci­toyens, nous ne pou­vons of­frir de ser­vices, et sans ser­vices nous ne pou­vons at­ti­rer de ci­toyens », dé­plore la mai­resse.

L’im­plan­ta­tion d’une gare in­ter­mo­dale aux Cèdres et l’ou­ver­ture de l’au­to­route 30 en­gen­dre­ront la hausse du nombre de tra­vailleurs et des construc­tions ré­si­den­tielles et in­dus­trielles. « Je sais qu’il y a des in­quié­tudes, concède ma­dame Ques­nel. Nous ten­tons tou­te­fois de mi­ni­mi­ser les im­pacts en concen­trant le dé­ve­lop­pe­ment. »

La ques­tion sui­vante s’im­pose avant la réa­li­sa­tion de tout pro­jet d’en­ver­gure : les ci­toyens en ont-ils be­soin? « Il vaut mieux ne rien faire que de faire ça tout croche », sou­tient avec convic­tion la mai­resse. La Mu­ni­ci­pa­li­té a d’ailleurs ré­sis­té aux pres­sions du dé­ve­lop­pe­ment : elle in­ter­dit les en­tre­prises de ca­mion­nage, fa­vo­ri­sant plu­tôt un in­cu­ba­teur d’en­tre­prises liées à l’agri­cul­ture.

Quant à la gare in­ter­mo­dale, les élus ont im­po­sé l’amé­na­ge­ment d’une zone tam­pon, l’éclai­rage vers le sol, le re­cours à l’eau du fleuve et des me­sures de mi­ti­ga­tion pour contrer l’ef­fet des mil­liers de ca­mions sur les routes.

À ce su­jet, la mai­resse évoque une mis­sion en France où elle a vi­si­té des gares in­ter­mo­dales : « Ce­la m’a confir­mé que nos dé­ci­sions vont dans le bon sens. Nous pou­vons in­té­grer le tout et main­te­nir une qua­li­té de vie. »

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