Le droit de pi­quer

Vac­ci­na­tion par les phar­ma­ciens

L'Etoile - - ACTUALITÉ - PAR ELI­ZA­BETH CA­RON eca­ron@heb­dos­du­su­roit.com

Le 21 jan­vier, le mi­nistre de la San­té et des ser­vices sociaux, le Dr Yves Bol­duc, dé­cla­rait que, « comme mi­nistre de la San­té, je vois d’un très bon oeil que les pro­fes­sion­nels de la san­té puissent par­ti­ci­per se­lon leurs com­pé­tences ». C’est lors de la pré­sen­ta­tion d’un rap­port de re­cherche de l’Ins­ti­tut na­tio­nal du Qué­bec qu’il ex­pli­quait sa po­si­tion, à la suite de la de­mande de l’Ordre des phar­ma­ciens d’ob­te­nir le droit d’ad­mi­nis­trer des vac­cins.

Pu­blié en sep­tembre 2010, le rap­port sur les ser­vices de vac­ci­na­tion dans les phar­ma­cies du Qué­bec conclut que l’ad­mi­nis­tra­tion de vac­cins en phar­ma­cie se­rait in­té­res­sante. « En 2008, le quart des phar­ma­cies of­fraient ce ser­vice et près de la moi­tié des ré­pon­dants se di­saient in­té­res­sés à ins­tau­rer ce ser­vice dans leur mi­lieu au cours des cinq pro­chaines an­nées », peut-on y lire. Dans un contexte où la de­mande de ser­vices en vac­ci­na­tion est en crois­sance, « l’offre de ser­vices en phar­ma­cie pour­rait consti­tuer une op­tion in­té­res­sante dans la me­sure où cette pra­tique se­rait bien sou­te­nue ».

Ain­si, l’Ordre des phar­ma­ciens du Qué­bec de­man­dait au Col­lège des mé­de­cins le droit d’ad­mi­nis­trer des vac­cins. Avec l’opi­nion po­si­tive du mi­nistre, les choses sem­blaient bien s’an­non­cer. Tou­te­fois, l’Ordre des in­fir­mières et in­fir­miers du Qué­bec juge cette

Le mi­nistre Bol­duc voit d'un bon oeil la vac­ci­na­tion par les phar­ma­ciens, les phar­ma­ciens sont ou­verts à l'idée, mais les in­fir­mières et in­fir­miers ne sont pas d'ac­cord.

de­mande in­utile, car le per­son­nel in­fir­mier est for­mé pour ac­com­plir cette tâche.

D’ailleurs, le rap­port sti­pule que 27 % des phar­ma­cies offrent dé­jà un ser­vice de vac­cins ad­mi­nis­trés par des in­fir­mières et in­fir­miers.

Qu’en pensent les phar­ma­ciens?

Se­lon Marilou Le­duc, phar­ma­cienne à la Phar­ma­cie Bru­net de Saint-La­zare, la si­tua­tion phy­sique de sa phar­ma­cie, voi­sine d’une cli­nique mé­di­cale, fa­ci­lite le re­cours aux in­fir­mières en cli­nique. Mal­gré l’ab­sence du Dr Sar­ra­zin, en congé de ma­la­die, la phar­ma­cie est en me­sure de sa­tis­faire les clients ha­bi­tuel­le­ment vac­ci­nés en­cli­nique.

« Ce se­rai­tun­ser­vice in­té­res­sant àdon­ner », sou­ligne pour sa part la phar­ma­cienne Ma­rieJo­sée Mer­cier, du Jean-Cou­tu de L’Île-Per­rot. Elle s’in­ter­roge tou­te­fois sur les contraintes de temps et l’en­ca­dre­ment du ser­vice, qui, se­lon elle, de­vrait se faire sur ren­dez-vous.

« Les phar­ma­ciens de­vraient être ré­mu­né­rés pour cet acte. Nous don­nons dé­jà beau­coup de ser­vices gra­tuits », fait-elle re­mar­quer. Par­mi ces ser­vices, le rap­port fait état de la pro­mo­tion de la vac­ci­na­tion chez 73% des ré­pon­dants et de consul­ta­tion sur la vac­ci­na­tion dans 65% des phar­ma­cies.

En­fin, éga­le­ment in­fir­mière, Ma­rie-Jo­sée Mer­cier se­rait à l’aise d’ad­mi­nis­trer des vac­cins, mais­qu’enest-il­deses col­lè­gues­phar­ma­ciens?

Le rap­port évoque éga­le­ment les prin­ci­pales dif­fi­cul­tés liées à l’offre du ser­vice d’ad­mi­nis­tra­tion de vac­cins, dont les in­quié­tudes sur le plan ju­ri­dique, le manque de sou­tien du ré­seau de la san­té, le manque de dis­po­ni­bi­li­té des in­fir­mières, le manque d’in­for­ma­tion des phar­ma­ciens sur la vac­ci­na­tion et, en­fin, les in­quié­tudes à l’égarddes ef­fets se­con­daires.

De­mande gran­dis­sante

Le rap­port rap­pelle que nombre de nou­veaux vac­cins sont main­te­nant des­ti­nés aux adultes. Mal­gré tout, il n’existe pas au Qué­bec d’or­ga­ni­sa­tion à l’in­ten­tion de la vac­ci­na­tion des adultes com­pa­rable à celle des en­fants, se­lon les be­soins par­ti­cu­liers de cette clien­tèle. Il se­ra donc im­por­tant que le ré­seau de la san­té et ses par­te­naires soient bien or­ga­ni­sés pour ré­pondre à l’aug­men­ta­tion pos­sible de la de­mande.

Dès lors, l’offre de vac­ci­na­tion en phar­ma­cie re­pré­sente une ave­nue à ex­plo­rer, car elle peut aug­men­ter l’ac­ces­si­bi­li­té aux ser­vices de vac­ci­na­tion. Il faut no­ter ce­pen­dant que, dans le cas des vac­cins ache­tés en phar­ma­cie qui ne se­raient pas ad­mi­nis­trés sur place, la né­ces­si­té de main­te­nir la chaîne de froid ajoute un élé­ment de com­plexi­té. Cette réa­li­té ne se ré­vèle pas un pro­blème ré­pan­du, car le rap­port pré­cise que, au mo­ment de l’en­quête, 90 % des phar­ma­cies ven­daient des vac­cins.

Il y a plus de 10 ans, les au­to­ri­tés de la san­té pu­blique amé­ri­caine re­con­nais­saient la per­ti­nence de la vac­ci­na­tion en phar­ma­cie com­mu­nau­taire pour aug­men­ter la couverture vac­ci­nale. À l’heure ac­tuelle, tous les États amé­ri­cains et deux pro­vinces ca­na­diennes, soit l’Al­ber­ta et la Nou­velle-Écosse, ac­ceptent que les phar­ma­ciens pro­cèdent à la vac­ci­na­tion.

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