Un fos­sé se creuse entre Ri­gaud et ses ci­toyens

La Mu­ni­ci­pa­li­té en­tend gé­rer la vi­dange des fosses sep­tiques

L'Etoile - - ACTUALITÉ - PAR JUS­TINE GRE­NIER jgre­nier@heb­dos­du­su­roit.com

RI­GAUD — « Je suis pas mal sur­pris de voir tant de gens prendre leur merde à coeur! » a lan­cé le ci­toyen Pe­ter-John Pat­ton lors de la der­nière séance du conseil­mu­ni­ci­pal, lun­di.

En­vi­ron 200 Ri­gau­diens ont tro­qué Cu­pi­don contre cette séance du con­seil et ain­si dé­non­cer le Pro­gramme de mise en confor­mi­té des ins­tal­la­tions sep­tiques et de ges­tion des vi­danges des fosses sep­tiques de la Mu­ni­ci­pa­li­té. C’est que, do­ré­na­vant, celle-ci sou­haite faire elle-même la vi­dange des fosses sep­tiques de son ter­ri­toire tous les deux ans.

« Avant, cha­cun avait la res­pon­sa­bi­li­té de sa fosse sep­tique. La Mu­ni­ci­pa­li­té ne s’im­pli­quait pas, à moins qu’il y ait une plainte de dé­po­sée », ex­plique la di­rec­trice gé­né­rale Chan­tal Le­mieux.

Le pro­ces­sus

La Mu­ni­ci­pa­li­té dis­po­sant de très peu d’in­for­ma­tion quant aux ins­tal­la­tions sep­tiques, la pre­mière étape du pro­gramme a été de dres­ser un in­ven­taire des fosses construites avant 1995. « On n’a pas en­core les ré­sul­tats fi­naux de cet in­ven­taire, mais il nous in­dique qu’il y au­rait plus de 90 % de nos 1161 im­meubles qui ne se­raient pas conformes au Rè­gle­ment pro­vin­cial sur l’éva­cua­tion et le trai­te­ment des eaux usées des ré­si­dences iso­lées, pré­cise Chan­tal Le­mieux. C’est pour ça qu’on doit agir. »

Se­lon Hé­lène Si­mard, du mi­nis­tère de l’En­vi­ron­ne­ment, « la ville peut pro­cé­der de cette fa­çon. C’est bien elle qui est res­pon­sable de mettre en ap­pli­ca­tion le rè­gle­ment ». À ce su­jet, Ri­gaud n’a d’ailleurs ja­mais exi­gé de preuves de la part de ses ré­si­dents pour confir­mer s’ils avaient fait la vi­dange de leur fosse.

« Ceux qui sont dé­lin­quants, ce sont eux qu’on de­vrait pu­nir, et c’est tout! Les gens qui font ce qu’ils ont à faire n’ont pas à payer pour les autres! » dé­plore Pe­ter-John Pat­ton, ap­plau­di par ses conci­toyens.

La firme BPR, au coeur de la contro­verse mont­réa­laise des comp­teurs d’eau, a dé­cro­ché le contrat de l’in­ven­taire et des plans cor­rec­teurs à la suite d’un ap­pel d’offres, moyen­nant un bud­get de plus de 193 000 $. Le coût de cette pre­mière étape, as­su­mé par les ré­si­dences concer­nées, re­pré­sente un coût uni­taire de 166,77 $, au­quel la Mu­ni­ci­pa­li­té ajoute 20,51 $ pour la ges­tion du pro­gramme.

Com­men­cer main­te­nant

Un autre ap­pel d’offres se­ra sou­mis pro­chai­ne­ment pour la vi­dange des fosses sur le ter­ri­toire. Ces frais ont d’ailleurs été ajou­tés aux avis d’im­po­si­tion de 2011, car plus de 500 fosses se­ront vi­dan­gées cette an­née.

Le coût an­nuel de 132,21 $ est ba­sé sur un coût de 223,52 $, toutes taxes in­cluses, pour un contrat d’en­tre­tien de deux ans. Ces chiffres pour­raient être ra­jus­tés si la plus basse sou­mis­sion conforme s’avère moins éle­vée que le coût pré­vu aux pré­vi­sions bud­gé­taires.

Pour l’ins­tant, les pro­prié­taires doivent payer la fac­ture telle quelle. « On ne chan­ge­ra rien pour fé­vrier, ça c’est sûr, sou­tient le conseiller Yvon Fau­bert. On va étu­dier le dos­sier de fond en comble à par­tir du rap­port de la firme de consul­tants. C’est sûr qu’il va évo­luer. »

La di­rec­trice gé­né­rale pré­cise de son cô­té que le rap­port est at­ten­du à la fin du mois. « La firme BPR nous pro­po­se­ra des so­lu- tions. Elle va nous don­ner des plans cor­rec­teurs. Mais, tant qu’on n’au­ra pas le por­trait fi­nal de la si­tua­tion, ce se­ra bien dif­fi­cile de sa­voir ce qu’on va faire. »

Ce à quoi nombre de ci­toyens ré­pondent : « Pour­quoi nous faire payer tout de suite pour un ser­vice qu’on n’a pas en­core eu? »

S’ins­pi­rer des voi­sins

« On ai­me­rait que vous regardiez le mode de fonc­tion­ne­ment de Saint-La­zare », a sug­gé­ré un autre ci­toyen, Serge Dion. En ef­fet, l’ad­mi­nis­tra­tion mu­ni­ci­pale y ache­mine, tous les deux ans, un rap­pel aux ré­si­dents qui doivent ef­fec­tuer la vi­dange de leur fosse sep­tique. Ces der­niers se chargent eux-mêmes des tra­vaux. « Après, si le ci­toyen ne nous a pas ap­por­té de preuve, on ouvre un dos­sier d’in­frac­tion », pré­cise la di­rec­trice du Ser­vice de l’ur­ba­nisme et de l’en­vi­ron­ne­ment de Saint-La­zare, An­nie Lé­vesque.

Le pro­prié­taire peut éga­le­ment de­man­der que sa fosse soit ins­pec­tée au lieu d’être vi­dan­gée. « On a un pro­gramme qui coûte 55 $ pour ins­pec­ter les boues et les écumes, pour­suit An­nie Lé­vesque. Si la per­sonne est dans les normes, elle vient de ga­gner une an­née. »

À ce su­jet, une femme a pris la pa­role à la séance du con­seil ri­gau­dien : « Les sept der­nières an­nées où je de­meu­rais à SaintLa­zare, je n’ai ja­mais vi­dan­gé ma fosse sep­tique parce que je payais mon 50 $ chaque an­née et que j’étais en règle. »

Reste que cette fa­çon de faire est très peu po­pu­laire, se­lon la di­rec­trice du Ser­vice de l’ur­ba­nisme et de l’en­vi­ron­ne­ment. Elle sou­tient d’ailleurs que tous ces sui­vis sont ar­dus pour la Mu­ni­ci­pa­li­té et qu’il « faut en ta­lon­ner plu­sieurs ».

PHO­TO JUS­TINE GRE­NIER

Sur place, 112 per­sonnes ont si­gné une pé­ti­tion pour re­prendre le contrôle de la ges­tion de leurs fosses sep­tiques.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.