Grève, trêve ou va­cances?

L'Etoile - - C’EST MON OPINION| - Ju­lie Ha­mel de Pin­court

Dif­fi­cile de prendre au sé­rieux une gé­né­ra­tion de jeunes qui dé­cident de faire la grève, mais qui se lèvent de peine et de misère pour faire du pi­que­tage. Quand un vote est re­pré­sen­té par le hui­tième des membres lors d’as­sem­blées gé­né­rales, le por­trait n’en est pas moins dé­pri­mant. Une­di­zaine d’étu­diants qui ma­ni­festent pour contrer la hausse des droits de sco­la­ri­té, ce n’est pas convain­cant. Est-ce la même gé­né­ra­tion qui n’ar­rive pas à re­mettre ses travaux à temps et qui donne plus d’im­por­tance à son ré­seau so­cial, et qui de­vient des consom­ma­teurs plus ac­tifs que ne l’au­ra été la gé­né­ra­tion des ba­by-boo­mers de l’époque?

En tant qu’en­sei­gnante in­vé­té­rée du pri­maire au col­lé­gial, je peux confir­mer sans hé­si­ter, mê­me­de­vant un pe­lo­ton d’exé­cu­tion, que l’édu­ca­tion au Qué­bec n’est pas une prio­ri­té. La preuve est ir­ré­fu­table : quand on parle d’édu­ca­tion, tout le monde se ren­voie la balle, du gou­ver­ne­ment aux syn­di­cats, des pa­rents aux jeunes. La fré­quen­ta­tion aux études su­pé­rieures au Qué­bec n’est pas pro­por­tion­nelle aux frais de sco­la­ri­té, beau­coup moins éle­vés ici qu’ailleurs au pays. Donc, il est faux de pen­ser que l’édu­ca­tion est vou­lue pour tous et par tous. En­fait, j’op­te­rais pour la gra­tui­té scolaire, comme dans cer­tains pays qui ad­mettent la crème de la crème de leur fu­ture re­lève sur les bancs d’école. Fi­nis les pro­jets de réus­site qui ne font que fi­gure de proue! Mais, quel que soit le sys­tème adop­té, il y en au­ra tou­jours pour sou­le­ver la cri­tique.

Je ne nie pas que nos gou­ver­ne­ments gèrent mal les fonds pu­blics, mais je ne fe­rai pas sem­blant que nos « clien­tèles » col­lé­giales et uni­ver­si­taires font des études sé­rieuses. En fait, au Qué­bec, dès le pri­maire, trop de pa­rents donnent plus d’im­por­tance au hockey, par exemple, qu’à l’école, et ce sont ces en­fants que l’on re­trouve sur les bancs des cé­geps et qui dé­clarent ne ja­mais avoir le temps de, qui ré­agissent à la moindre contra­rié­té entre deux « ben là », « pis là » pen­dant que le cel­lu­laire ap­pelle du fond de cu­lotte. Évi­dem­ment que je gé­né­ra­lise, mais ce que je dé­cris n’en de­meure pas moins une réa­li­té de notre fu­ture re­lève.

Je ne peux que fé­li­ci­ter les gens du ca­libre d’arielle Gre­nier, qui a eu le cou­rage de ses con­vic­tions, ain­si que les ma­ni­fes­tants pré­sents dans les rues, et non­bien au­chau­dau lit. Je ne peux que fé­li­ci­ter les adultes qui ont gui­dé les syn­di­cats étu­diants alors que ceux qui ont ten­té de les in­ci­ter à se com­por­ter en fas­cistes ne m’ins­pirent que mé­pris. Bra­vo à ceux et celles qui se sont poin­tés aux as­sem­blées et aux em­ployeurs qui ont per­mis à ces jeunes de prendre congé pour par­ti­ci­per à un des dé­bats les plus im­por­tants de­leur vie.

Il est pri­mor­dial que les dé­ci­sions soient prises de fa­çon ré­flé­chie et avec hon­nê­te­té. Les jeunes hé­ri­te­ront bien du Qué­bec qu’ils mé­ri­te­ront.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.