Ex­cès de créa­ti­vi­té

L'Etoile - - ÉDUCATION - MA­RIE-CHAN­TAL PRÉ­VOST

fou comme l’hu­main est créa­tif. Ce qui s’ob­serve no­tam­ment dans le do­maine de la lin­guis­tique.

Tout en nuances, le fran­çais est une langue riche, co­lo­rée et vi­vante qui per­met à qui­conque l’ap­pro­fon­dit de s’ex­pri­mer avec jus­tesse. S’ils peuvent sem­bler par­ta­ger le même sens, deux vo­cables sont ra­re­ment sy­no­nymes par­faits. Le lo­cu­teur fran­co­phone dis­pose donc d’un vé­ri­table tré­sor lexi­cal pour ex­pri­mer sa pen­sée.

Et ce tré­sor, comme la langue, évo­lue. Des mots s’y ajoutent constam­ment. Ces vo­cables, les néo­lo­gismes, tels de vé­ri­tables bi­joux, en­ri­chissent, em­bel­lissent la langue. Le Qué­bec, par l’en­tre­mise de l’Of­fice qué­bé­cois de la langue fran­çaise (OQLF), est d’ailleurs l’au­teur de nom­breux néo­lo­gismes, dont le mot-va­lise cour­riel, de cour­ri(er) et él(ec­tro­nique), que nos cou­sins fran­çais boudent en­core, lui pré­fé­rant l’an­glais mail, et mo­to­neige, de mo­to et neige, que ces mêmes cou­sins ap­pellent scoo­ter des neiges...

Cer­tains néo­lo­gismes n’ont ce­pen­dant pas réus­si à s’im­plan­ter : par exemple, ga­mi­net, peu usi­té au Qué­bec, où on lui pré­fère tee-shirt.

L’hu­main est créa­tif, di­sais-je. Par­fois trop, même. À dé­faut de maî­tri­ser sa langue, il in­vente des termes, et le ré­sul­tat est par­fois dé­so­lant.

Pre­mier exemple : fo­cu­ser. Ce mot n’est en ef­fet at­tes­té ni par le Nou­veau Pe­tit Ro­bert ni par le Grand Dic­tion­naire ter­mi­no­lo­gique de l’OQLF. On di­rait mieux : fo­ca­li­ser son at­ten­tion sur un pro­blème, mettre l’ac­cent sur l’im­por­tance de ve­nir en aide aux dé­mu­nis, se concen­trer sur ce qui compte, por­ter son at­ten­tion sur un phé­no­mène de so­cié­té ou en­core, plus ra­re­ment néan­moins, se po­la­ri­ser sur sa tâche.

Autre exemple : brû­le­ment. Comme ce mot est absent des dic­tion­naires, on ne peut y re­cou­rir pour dé­si­gner une sen­sa­tion d’ai­greur à l’es­to­mac. Ce malaise a un nom : brû­lures d’es­to­mac, aus­si dé­si­gnées par brû­lures sto­ma­cales ou gas­triques ou en­core par py­ro­sis.

Der­nier exemple : dé­pen­dam­ment. La lo­cu­tion pré­po­si­tive dé­pen­dam­ment de est donc fau­tive. On lui pré­fè­re­ra les pré­po­si­tions se­lon et sui­vant ou le syn­tagme en fonc­tion de.

La créa­tion a ses li­mites…

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