Une ex­pé­rience hu­ma­ni­taire en Bolivie

Ma­rie Ber­nard re­vient gran­die de son sé­jour

L'Etoile - - MONDE -

Ma­rie Ber­nard, ori­gi­naire de Ri­gaud, est membre de deux co­opé­ra­tives : la Caisse Des­jar­dins de Vau­dreuil-Soulanges et la co­opé­ra­tive de four­ni­tures scolaires Coops­co du cé­gep Ma­rie-Vic­to­rin, où elle étu­die en sciences hu­maines, pro­fil Monde, pro­jet in­ter­na­tio­nal.

En­ga­gée dans le co­mi­té en­vi­ron­ne­ment de son cé­gep, qui offre une for­ma­tion en mode, Ma­rie Ber­nard a eu cette idée : en plus du re­cy­clage de re­tailles de tis­su par des « éco­de­si­gners », il se­rait in­té­res­sant de conce­voir des poufs et des cous­sins à par­tir de ces re­tailles. Elle a vou­lu al­ler voir ailleurs ce qui se fait. Elle s’est donc ren­due en Bolivie, dans une co­opé­ra­tive.

Voi­ci un texte de son cru re­la­tant son ex­pé­rience.

Ju­ger avant de connaître

Après deux mois et de­mi en Bolivie, de re­tour à la réa­li­té du Qué­bec, mes pieds sont bien an­crés ici, mais mes pen­sées sont tou­jours ailleurs. Cet ailleurs se trouve à Ca­mi­ri, une ville de la Bolivie, en Amé­rique du Sud.

J’ai eu la chance en tant qu’étu­diante en sciences hu­maines, pro­fil Monde d’al­ler vivre une ex­pé­rience qui m’a per­mis d’ou­vrir mes ho­ri­zons. Là-bas, mes yeux se sont ou­verts sur de nou­velles réa­li­tés.

Dès mon re­tour dans la Belle Pro­vince, une dame m’a po­sé la ques­tion sui­vante : « Est-ce que les gens en Bolivie sont vrai­ment pauvres, plus pauvres qu’en Afrique? » J’ai été d’abord cho­quée par l’igno­rance de cette dame, puis je me suis mise à sa place.

Cette dame me rap­pe­lait la per­sonne que j’étais avant de par­tir. Je me suis re­vue quelques mois au­pa­ra­vant. J’ai pris conscience que j’avais bel et bien ju­gé avant de connaître. J’avais fait quelques re­cherches sur la Bolivie, et ma per­cep­tion se li­mi­tait à ce que j’ap­pelle une « vi­sion Nord-Sud ». Je voyais un peuple tra­di­tion­nel por­tant cha­peau me­lon, jupe co­lo­rée, ha­bits tra­di­tion­nels et dan­sant la danse du diable. Je le voyais pauvre et sous-dé­ve­lop­pé tout comme les autres hu­mains d’Amé­rique du Sud.

Pour moi, pays sous-dé­ve­lop­pé était sy­no­nyme de pau­vre­té om­ni­pré­sente, de mi­sère et de cor­rup­tion. J’avais syn­thé­ti­sé en quelques mots un pays, des dé­par­te­ments, des villes, des vil­lages, des com­mu­nau­tés, mais avant tout des êtres hu­mains.

Or, mon ar­ri­vée en Bolivie, plus pré­ci­sé­ment dans ma com­mu­nau­té d’ac­cueil, m’a ébran­lée. Ce ne sont pas les dif­fé­rences, mais bien les res­sem­blances qui m’ont sau­té aux yeux. J’ai pu consta­ter que les fruits de la mon­dia­li­sa­tion étaient pré­sents même là-bas. Nest­lé, Co­ca-Co­la, Her­bal Es­sences, Head & Shoul­ders fai­saient par­tie in­té­grante des pro­duits que je pou­vais trou­ver au mar­ché. Pen­dant de nom­breuses an­nées,

je m’étais ber­cée d’illu­sions, et voi­là que la réa­li­té me frap­pait de plein fouet. Mon monde ne se li­mi­tait à ma culture et aux his­toires qu’elle m’avait trans­mises.

J’avais po­sé une éti­quette sur un pays avant même de le connaître. L’his­toire unique est un concept que nous uti­li­sons mal­gré nous. C’est le fait de te­nir pour ac­quis qu’une per­sonne, un pays sont de telle fa­çon, sans pous­ser la ré­flexion. En d’autres mots, ce sont des his­toires ba­sées sur des sté­réo­types. Elles peuvent être vraies jus­qu’à un cer­tain point, mais de­meurent in­com­plètes.

Au-de­là des pré­ju­gés se trouvent des êtres hu­mains à qui l’on vole la di­gni­té. J’avais in­té­gré une vi­sion d’un monde uni­forme où être blanc et riche est sy­no­nyme de confort et de bien-être. J’ha­bi­tais le Ca­na­da, pays dé­ve­lop­pé, et j’al­lais dans un pays sous-dé­ve­lop­pé, la Bolivie.

La pau­vre­té est un concept qui a se­mé en moi le dé­sir d’ap­pro­fon­dir ma vi­sion du monde. Sur quoi base-t-on la pau­vre­té d’un pays : son PIB, sa consom­ma­tion, son IDH, ses ma­tières pre­mières, les in­éga­li­tés, le manque de li­ber­té, les per­sé­cu­tions, l’in­ca­pa­ci­té de faire va­loir ses droits en tant qu’ac­teur so­cial et de ne pas pou­voir par­ti­ci­per à l’exer­cice du pou­voir?

Mon ques­tion­ne­ment ne s’ar­rê­tait pas là; bien au contraire, on avait pi­qué ma cu­rio­si­té. À plu­sieurs re­prises lors de mon sé­jour à Ca­mi­ri, il m’est ar­ri­vé de de­man­der aux gens de quelle fa­çon ils per­ce­vaient la pau­vre­té. Je vou­lais sa­voir s’ils se consi­dé­raient comme étant pauvres, car la Bolivie est consi­dé­rée comme le pays le plus pauvre d’Amé­rique du Sud. En­core là, les ré­ponses me sem­blaient in­suf­fi­santes : sur quoi se ba­saient-ils pour dé­fi­nir ce qu’est la pau­vre­té? Comment per­ce­vaient-ils les pays dé­ve­lop­pés? Et le conti­nent nord-amé­ri­cain dans tout ce­la, comment le voyaient-ils?

Bref, toutes ces ques­tions pour es­sayer de com­prendre ce qu’est la pau­vre­té. Leur concep­tion de la pau­vre­té al­lait au-de­là de ce que je pou­vais ima­gi­ner. Elle re­po­sait sur un sys­tème de va­leurs dif­fé­rent. Par exemple, les en­fants vivent avec leurs pa­rents plus long­temps, et il peut ar­ri­ver que plu­sieurs membres d’une même fa­mille ha­bitent la même mai­son. Est-ce ce­la, la pau­vre­té?

Au contraire, ce­la peut dé­mon­trer qu’il existe une so­li­da­ri­té entre les membres de la fa­mille et que cette même so­li­da­ri­té est né­ces­saire au bie­nêtre des in­di­vi­dus. En­core là, dire ce­la se­rait gé­né­ra­li­ser. Ne pas faire une his­toire unique d’une na­tion, voi­là le vrai dé­fi!

Mal­gré moi, ce texte peut en être tein­té, car gé­né­ra­li­ser ce que m’a trans­mis ma com­mu­nau­té d’ac­cueil se­rait créer à mon tour une his­toire unique d’une na­tion.

De re­tour au Qué­bec, je suis confron­tée à mon an­cienne réa­li­té, celle d’un monde pres­sé par le temps. Vite, vite! Cours pour ga­gner du temps et pour pro­duire sans cesse vers un dé­ve­lop­pe­ment tou­jours plus op­pres­sant sur la res­source!

En tant que membres d’une belle ré­gion du Qué­bec, que dé­si­rons-nous trans­mettre comme va­leurs? Nous nous di­sons ou­verts sur le monde, mais le sommes-nous vrai­ment? Com­bien de fois ju­geons-nous avant de connaître?

À vous de dé­ci­der quelle voie vous em­prun­te­rez : celle des pré­ju­gés ali­men­tés par la peur ou en­core l’ou­ver­ture, même si elle peut s’avé­rer bou­le­ver­sante.

Pour en ap­prendre sur la Bolivie, con­sul­tez le site In­ter­net au http://bolivie.word­press.com/.

PHOTOTHÈQUE

Ma­rie Ber­nard, de Ri­gaud, a vé­cu des aven­tures ex­cep­tion­nelles

en Bolivie.

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