Do­rion : le na­tio­na­lisme ca­na­dien-fran­çais im­mor­ta­li­sé

L'Etoile - - ACTUALITÉ - CH­RIS­TO­PHER C. JACQUES

Do­rion cache une his­toire in­soup­çon­née. Son ter­ri­toire, jus­qu’à 1891, était com­pris dans Vau­dreuil, mais son nom est lié à l’his­toire de la pro­vince et du Ca­na­da.

Comme nous l’avons men­tion­né dans la chro­nique por­tant sur Vau­dreuil, une par­tie du ter­ri­toire est de­ve­nu Do­rion en 1891. L’ori­gine de ce nom peut pa­raître sur­pre­nante, mais elle est, à sa fa­çon, liée à l’his­toire ré­gio­nale.

Le nom de la mu­ni­ci­pa­li­té est un hon­neur fait à An­toine-Ai­mé Do­rion, po­li­ti­cien très ac­tif pen­dant la se­conde moi­tié du siècle et époux d’Iphi­gé­nie Trest­ler, fille de Jean-Jo­seph Trest­ler. Nous y re­vien­drons.

An­toine-Ai­mé Do­rion, donc, est un per­son­nage fort connu de son époque. Ses ac­tions se font d’ailleurs en­core sen­tir au­jourd’hui. Son ac­tion po­li­tique (il était avo­cat de for­ma­tion) s’est concen­trée dans la pé­riode qui sé­pare l’Acte d’Union de 1848 et les bal­bu­tie­ments de la Con­fé­dé­ra­tion ca­na­dienne à comp­ter de 1867. On pour­rait qua­li­fier ces dé­cen­nies comme l’ère de la nais­sance du na­tio­na­lisme ca­na­dien-fran­çais.

À titre de maître à pen­ser du groupe li­bé­ral au pro­vin­cial comme au fédéral, Do­rion dé­fend de nom­breuses causes. Par exemple, il s’op­pose à une con­fé­dé­ra­tion des co­lo­nies bri­tan­niques d’Amé­rique du Nord. Il pri­vi­lé­gie plu­tôt la créa­tion d’une pe­tite con­fé­dé­ra­tion qui uni­rait le Ca­na­da-Est (Qué­bec) et le Ca­na­da-Ouest (On­ta­rio). Il ri­va­li­se­ra, tout au long de sa car­rière po­li­tique, avec John A. MacDo­nald, par­ti­san de la Con­fé­dé­ra­tion et pre­mier pre­mier mi­nistre du Ca­na­da. À sa mort, en 1891, An­toi­neAi­mé Do­rion a droit à des fu­né­railles na­tio­nales.

Le nom de la mu­ni­ci­pa­li­té est aus­si re­de­vable à la fa­mille Trest­ler, dont le nom ré­sonne tou­jours à Vau­dreuil-Do­rion. Ori­gi­naire de Mann­heim, en Allemagne, Jean-Jo­seph Tröst­ler, dit Trest­ler, ar­rive en Amé­rique en 1776 comme mer­ce­naire com­bat­tant les ré­vo­lu­tion­naires amé­ri­cains pour le compte de l’Em­pire bri­tan­nique. La guerre fi­nie, il fait construire sa fa­meuse mai­son en 1798 et fait for­tune dans le com­merce de la four­rure et de la po­tasse. Il agit aus­si comme dé­pu­té d’York en 1808, mais son man­dat ne dé­pas­se­ra pas 1809.

Du cô­té de la ville de Do­rion, nom­mée ain­si en 1916, le dé­ve­lop­pe­ment se fait beau­coup plus ra­pi­de­ment que ce­lui de sa voi­sine Vau­dreuil au cours du siècle. La gare et un cer­tain dé­ve­lop­pe­ment in­dus­triel ex­pliquent cet état de fait. Pour preuve, des dis­cus­sions sont en­ta­mées dès les an­nées 1960 au­tour de la fu­sion des deux villes, mais les Vau­dreuillois s’in­quiètent de voir leur mu­ni­ci­pa­li­té ava­lée par Do­rion, plus grosse et plus dé­ve­lop­pée.

La fu­sion se concré­ti­se­ra tou­te­fois 30 ans plus tard avec la créa­tion, en 1994, de Vau­dreuil-Do­rion, la plus grande ville de Vau­dreuil-Soulanges, avec près de 35 000 ha­bi­tants, et le centre de la MRC du même nom.

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