Sa­la­ber­ry-de-val­ley­field : toute une évo­lu­tion

L'Etoile - - ACTUALITÉ - (C.C.J.)

Le nom de Sa­la­ber­ry-de-Val­ley­field rap­pelle une his­toire riche et an­cienne, des réa­li­tés sou­vent ou­bliées.

Si le nom de Sa­la­ber­ry-de-Val­ley­field n’ap­pa­raît qu’en 1874, l’his­toire de cette ville et son évo­lu­tion, re­montent au 17e siècle. En ef­fet, le ter­ri­toire cam­pi­val­len­sien est com­pris dans la sei­gneu­rie concé­dée par Louis XIV, roi de France, à Charles le Moyne de Lon­gueuil en 1673.

Ce­pen­dant, les co­lons tar­de­ront à ex­plo­rer, et en­core plus à dé­fri­cher, cette vaste par­tie du ter­ri­toire. Ce qui al­lait de­ve­nir Sa­la­ber­ry-de-Val­ley­field était alors per­çu comme une terre in­hos­pi­ta­lière. Rap­pe­lons qu’avant l’in­dus­tria­li­sa­tion mas­sive, l’agri­cul­ture ré­gnait comme mo­teur éco­no­mique. Ain­si, une terre peu fer­tile n’était pas consi­dé­rée par les dé­fri­cheurs comme un lieu de ré­si­dence.

Ce­pen­dant, la si­tua­tion change avec l’ar­ri­vée des ma­chines, au mo­ment de la Ré­vo­lu­tion in­dus­trielle amor­cée en Grande-Bre­tagne dans la deuxième par­tie du 18e siècle.

Sa­la­ber­ry-de-Val­ley­field, ap­pe­lée Poin­te­du-Lac à comp­ter de 1854, pro­fite de cette avan­cée tech­no­lo­gique. En ef­fet, des pro­prié­taires d’in­dus­tries lourdes choi­sissent ce sec­teur pour y éta­blir des usines. Ce fut le cas de l’homme d’af­faires Alexan­der Bun­tin, qui y ac­quit une fa­brique à pa­pier qui de­vint fort pros­père. Son in­fluence dans la ré­gion fut telle qu’on le consul­ta quand vint le temps de nom­mer à nou­veau la mu­ni­ci­pa­li­té. Alors que les fran­co­phones dé­si­raient que la ville fasse hon­neur au mi­li­taire ca­na­dien­fran­çais Mi­chel de Sa­la­ber­ry, sur le­quel nous re­vien­drons, Bun­tin vou­lait lui don­ner le nom de Val­ley­field, un to­po­nyme ve­nant du nom d’un mou­lin à pa­pier en Écosse, le Val­ley­field Mills.

Dans un rè­gle­ment sa­lo­mo­nique, les res­pon­sables de l’époque trou­vèrent une so­lu­tion mi­toyenne en don­nant à la mu­ni­ci­pa­li­té le nom qu’elle porte tou­jours. C’était en 1874.

Alors l’évo­lu­tion cam­pi­val­len­sienne ac­cé­lé­ra et sa re­nom­mée gran­dit. Un jour­nal lo­cal voit le jour, le tra­ver­sier liant Sa­la­ber­ry-de-Val­ley­field à Co­teau-du-Lac prend place et, en 1892, la ville de­vient un siège épis­co­pal. Les ré­gions de Vau­dreuil et de Sou­langes y sont d’ailleurs vas­sa­li­sées.

En­fin, l’inau­gu­ra­tion d’un ca­nal de Beauharnois plus adap­té, ain­si que les guerres mon­diales, ont pour ef­fet de dy­na­mi­ser l’in­dus­trie de cette ré­gion. Des ins­tal­la­tions sont ajou­tées au port de la ville en 1961 afin d’ac­cueillir les na­vires océa­niques et les gros por­teurs.

Re­ve­nons à ce­lui à qui nous de­vons le nom de Sa­la­ber­ry. Charles-Mi­chel d’Irum­ber­ry de Sa­la­ber­ry est prin­ci­pa­le­ment pas­sé à l’his­toire pour son rôle dans la guerre de 1812, op­po­sant la Grande-Bre­tagne et ses co­lo­nies à la jeune ré­pu­blique amé­ri­caine. Ce­pen­dant, avant cet évé­ne­ment mar­quant de sa car­rière d’of­fi­cier de la Cou­ronne bri­tan­nique, Sa­la­ber­ry s’est fait va­loir sur de nom­breux champs. Il est nom­mé lieu­te­nant-co­lo­nel au cours des mois pré­cé­dant la ten­ta­tive des Amé­ri­cains de prendre pos­ses­sion des co­lo­nies bri­tan­niques en Amé­rique du Nord. Il mit fin, en pre­mier lieu, à la cam­pagne de 1812 en re­pous­sant les sol­dats du gé­né­ral Bear­bom au-de­là de la fron­tière amé­ri­ca­no-ca­na­dienne avec le concours de 400 vol­ti­geurs.

Il s’illus­tra da­van­tage et du­ra­ble­ment en 1813, lors de la Ba­taille de Châ­teau­guay. Sa ruse et son in­tel­li­gence mi­li­taire lui per­mirent, avec 400 vol­ti­geurs, d’em­pê­cher l’union de deux corps amé­ri­cains de 18 000 hommes. Les Amé­ri­cains, en­core une fois, plièrent ba­gage.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.