Lettre ou­verte aux dé­pu­tés Bla­ney et Gourde

L'Etoile - - C’EST MON OPINION - Les Ci­toyens au cou­rant

Les Ci­toyens au cou­rant, membres de la Coa­li­tion vi­gi­lance oléo­duc (CoVo), ré­agissent à la dé­cla­ra­tion de Jacques Gourde, dé­pu­té conser­va­teur de Lot­bi­nière-Chutes-de-la-Chau­dière, et de Ste­ven Bla­ney, dé­pu­té conser­va­teur de Lé­vis-Bel­le­chasse.

La com­pa­gnie En­bridge a dé­po­sé un plan concer­nant le tron­çon 9b de son pi­pe­line entre North Wes­to­ver et Mon­tréal Est. Ce pi­pe­line tra­verse la fron­tière On­ta­rio-Qué­bec à Sainte-Jus­tine-de-New­ton (Mon­té­ré­gie Ouest), suit la fron­tière jus­qu’à la ri­vière des Ou­taouais et conti­nue de l’autre cô­té en tra­ver­sant les mu­ni­ci­pa­li­tés de SaintAn­dré-d’Ar­gen­teuil, Mi­ra­bel, Mas­couche, Ter­re­bonne et La­val. Pour ce pi­pe­line, En­bridge de­mande la per­mis­sion de : en in­ver­ser le flux ; en aug­men­ter le vo­lume quo­ti­dien de 240 000 à 300 000 ba­rils; et d’y ache­mi­ner du bi­tume di­lué non raf­fi­né, de­puis l’ex­ploi­ta­tion des sables bi­tu­mi­neux de l’Al­ber­ta vers le Qué­bec. Ac­tuel­le­ment, Qué­bec est la cible d’une vaste et oné­reuse cam­pagne de re­la­tions pu­bliques des­ti­née à convaincre la po­pu­la­tion que ce pro­jet est bon pour le Qué­bec. Cette cam­pagne se pré­sente sous forme de pu­bli­ci­tés, de son­dages d’opi­nion me­su­rés (fa­vo­rables à En­bridge) et, main­te­nant, il sem­ble­rait que ces dé­pu­tés conser­va­teurs aient re­çu des ordres de leur chef pour se joindre à cette of­fen­sive. Nous sommes des ci­toyens di­rec­te­ment concer­nés par ce pro­jet. Nous ha­bi­tons des com­mu­nau­tés tra­ver­sées par ce vieux pi­pe­line, et nous sommes to­ta­le­ment dé­pen­dants de l’eau sou­ter­raine qui ali­mente nos puits, qui fait vivre nos fa­milles, nos ani­maux de ferme et nos terres culti­vées. Cette eau nous per­met de nour­rir la po­pu­la­tion et l’éco­no­mie qué­bé­coise.

Gar­dons à l’es­prit que les res­sources d’eau de toute la po­pu­la­tion de Mon­tréal se­raient af­fec­tées s’il y avait un dé­ver­se­ment im­por­tant dans la ri­vière des Ou­taouais où passe le pi­pe­line. Et n’ou­blions pas que la com­pa­gnie En­bridge est res­pon­sable d’une fuite en moyenne par se­maine, dont la plus grosse de l’his­toire. Celle-ci, sur­ve­nue sur le sol nord-amé­ri­cain, a conta­mi­né 50 km de fleuve (Ka­la­ma­zoo au Mi­chi­gan). Le pi­pe­line 9B a dé­jà fui 12 fois. Chaque an­née, la struc­ture vieillit et le risque de dé­ver­se­ments aug­mente. Ré­cem­ment, En­bridge a pas­sé un ou­til d’ins­pec­tion dans le pi­pe­line. Les ré­sul­tats n’ont pas été pu­bliés, mais à la suite de cette ins­pec­tion, la com­pa­gnie se trouve dans l’obli­ga­tion em­bar­ras­sante de creu­ser à 166 en­droits sur le tra­cé du pi­pe­line au Qué­bec (en moyenne une ex­ca­va­tion par ki­lo­mètre). In­ter­ro­gé sur ce point, En­bridge ré­pond que ce se­raient là « des excavations pré­ven­tives ». Nous sommes des ci­toyens et nous avons pris la peine de par­ler à nos voi­sins et à nos agri­cul­teurs. Leur ré­ac­tion de­vant ces excavations? « Je ne change pas mes pneus d’au­to pour des rai­sons pré­ven­tives, je les change quand ils sont usés », a dit un fer­mier de Sou­langes.

Mon­sieur Bla­ney nous dit : « Il faut ces­ser de gal­vau­der des faus­se­tés et des in­ap­ti­tudes scien­ti­fiques pour des rai­sons idéo­lo­giques et s’en re­mettre aux faits. » Nous avons un mes­sage pour mon­sieur Bla­ney : les ci­toyens di­rec­te­ment tou­chés ont le droit et le de­voir de s’in­ter­ro­ger sur ce pro­jet, pour la san­té, la sé­cu­ri­té et l’éco­no­mie lo­cale au Qué­bec. Il est de notre avis que le trans­port du bi­tume, di­lué avec des pro­duits tel que le ben­zène et voya­geant sur de longues dis­tances dans un pi­pe­line vieux de 38 ans, n’est pas sé­cu­ri­taire. Il n’y a rien d’idéo­lo­gique là-de­dans; il n’y a rien de plus terre-à-terre !

Nous sommes des ci­toyens, mon­sieur Bla­ney, mais nous ne sommes pas dupes. Nous avons pris le temps de lire les do­cu­ments d’in­gé­nie­rie d’En­bridge, et le pro­jet au com­plet. Nous avons étu­dié les rap­ports ca­na­diens et amé­ri­cains à ce su­jet. Par­mi nous, il y a des in­gé­nieurs, des chi­mistes, des mi­cro­bio­lo­gistes et d’autres ex­perts. Nous ne sommes pas payés pour faire ça, con­trai­re­ment à vous. Les avez-vous lus, vous, ces rap­ports ? Vous êtes-vous in­ter­ro­gé, vous, sur les risques et les pos­sibles im­pacts en­vi­ron­ne­men­taux de ce pro­jet? Vous nous ser­mon­nez, mon­sieur Bla­ney? Vous nous dites de « lais­ser les or­ga­ni­sa­tions ré­gle­men­taires faire leur tra­vail, sans dis­tor­sions ou tra­fic d’in­fluence ». Se­lon nos ren­sei­gne­ments, il n’y a qu’un seul or­ga­nisme ré­gle­men­taire qui exa­mine ce pro­jet, même si vous par­lez au plu­riel, et c’est l’Of­fice Na­tio­nal de l’Éner­gie. Nous sa­vons que 90 % du fi­nan­ce­ment de l’Of­fice Na­tio­nal de l’Éner­gie pro­vient d’Ot­ta­wa par les com­pa­gnies pé­tro­lières, c’est L’ONÉ même qui le dit. Vous nous dites qu’une consul­ta­tion pu­blique se­ra lan­cée cet été pour « per­mettre aux ci­toyens de se pro­non­cer en fa­veur du pro­jet ». Se­lon nous, M. Bla­ney, une consul­ta­tion pu­blique re­cueille et consi­dère l’opi­nion de tous, non pas juste l’opi­nion de gens fa­vo­rables au pro­jet. Quelle sorte de ma­ni­pu­la­tion pla­ni­fiez-vous?

Mon­sieur Bla­ney, nous sommes des ci­toyens du Qué­bec qui ai­mons notre pro­vince, qui nous sou­cions du bien-être éco­no­mique de notre pays, et qui avons com­pris que per­sonne ne peut faire de l’ar­gent si nos res­sources d’eau sont com­pro­mises. Vous êtes loin de Sou­langes, loin des basses Lau­ren­tides, loin de Mon­tréal. Vous de­vriez lais­ser les dé­pu­tés de ces ré­gions, ceux qui connaissent leurs po­pu­la­tions, par­ler des en­jeux concer­nant les pi­pe­lines qui touchent ce sec­teur.

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