Une ap­proche po­si­tive pour en­ca­drer les jeunes

Semaine de pré­ven­tion de la toxi­co­ma­nie

L'Etoile - - ACTUALITÉ - JES­SI­CA LEBLANC

L’ado­les­cence, pé­riode ex­trê­me­ment chan­geante, est mar­quée par une quête d’in­dé­pen­dance et une soif d’ex­pé­riences. L’en­ca­dre­ment et l’édu­ca­tion sont es­sen­tiels pour gui­der ces jeunes qui des­sinent leur ave­nir. Mé­lis­sa La­roche, in­ter­ve­nante en pré­ven­tion des toxi­co­ma­nies, pro­meut une ap­proche axée sur la com­mu­ni­ca­tion et évite de re­cou­rir à la mo­ra­li­sa­tion pour sen­si­bi­li­ser les jeunes aux consé­quences de la consom­ma­tion de drogue.

Quelques mi­nutes avant le dé­but des cours, Mé­lis­sa La­roche cir­cule dans les cou­loirs de l’école se­con­daire Sou­langes, en di­rec­tion de son lo­cal. Sa­luée par de nom­breux élèves, l’in­ter­ve­nante est vi­si­ble­ment ap­pré­ciée des jeunes. « Les élèves me font confiance. Ils savent qu’ils peuvent se confier à moi et que je suis là pour les conseiller », ex­plique la dy­na­mique jeune femme.

Cette confiance, Mé­lis­sa La­roche l’a bâ­tie grâce à une ap­proche po­si­tive axée sur la com­mu­ni­ca­tion. L’ère où les in­ter­ve­nants adop­taient un ton mo­ra­li­sa­teur en uti­li­sant la peur pour pré­ve­nir la toxi­co­ma­nie chez les jeunes est ré­vo­lue. « Je ne suis pas là pour dire aux jeunes de ne pas faire ce­ci ou de ne pas faire ça. Mon tra­vail, c’est de leur pré­sen­ter les consé­quences d’une consom­ma­tion abu­sive et de leur don­ner une in­for­ma­tion juste et réa­liste. Avec cette ap­proche, l’écoute et la vi­sion des élèves sont très dif­fé­rentes; on les amène à ré­flé­chir par eux-mêmes. Si on ar­rive avec ton mo­ra­li­sa­teur, on les ferme com­plè­te­ment », ex­plique l’in­ter­ve­nante.

La pré­sence d’une in­ter­ve­nante en pré­ven­tion des toxi­co­ma­nies dans une école ne si­gni­fie pas pour au­tant qu’il existe un pro­blème de consom­ma­tion à l’in­té­rieur des murs. La mis­sion de Mé­lis­sa La­roche, c’est plu­tôt de pré­ve­nir ce pro­blème en in­for­mant et en ou­tillant les jeunes.

Pré­sente dans deux écoles se­con­daires de la ré­gion chaque semaine, du Chê­neB­leu à Pin­court et Sou­langes à SaintPo­ly­carpe, l’in­ter­ve­nante s’as­sure que tous les élèves as­sistent à un ate­lier de pré­ven­tion adap­té à leur tranche d’âge. Grâce à la col­la­bo­ra­tion de l’or­ga­nisme Li­ber­té de choi­sir, se spé­cia­li­sant dans la pré­ven­tion des toxi­co­ma­nies dans la ré­gion du Su­roît, des ate­liers ani­més par des spé­cia­listes peuvent être of­ferts aux élèves de chaque ni­veau sco­laire.

L’autre par­tie du tra­vail de Mé­lis­sa La­roche, c’est d’in­ter­ve­nir au­près de ceux qui en ont be­soin dans le cadre d’une ren­contre in­di­vi­duelle ou de groupe. « Les jeunes qui viennent me voir n’ont pas né­ces­sai­re­ment de pro­blème de consom­ma­tion. Ils vivent sim­ple­ment une pé­riode de leur vie où ils ex­plorent dif­fé­rents plai­sirs, et la drogue en fait par­fois par­tie. Je leur fais prendre conscience des im­pacts que la consom­ma­tion peut avoir sur leur vie », ex­plique-t-elle.

Don­ner l’exemple et évi­ter la ba­na­li­sa­tion

Can­na­bis, al­cool, ci­ga­rettes et bois­sons éner­gi­santes sont les prin­ci­pales drogues ex­pé­ri­men­tées par les ado­les­cents. Bien que les trois der­nières soient lé­gales, il faut évi­ter de ba­na­li­ser leur consom­ma­tion, sou­tient Mé­lis­sa La­roche. Il est es­sen­tiel, se­lon elle, de prendre le temps d’ex­pli­quer aux jeunes toutes les consé­quences de la consom­ma­tion abu­sive de ces pro­duits. « Les jeunes ont vu des adultes boire et fu­mer de­puis leur en­fance. Il est nor­mal qu’ils soient ten­tés à l’ado­les­cence de goû­ter, à leur tour, à ces ex­pé­riences. Il est donc im­por­tant de leur faire savoir ce qu’une consom­ma­tion ex­ces­sive pour­rait avoir comme ré­per­cus­sions sur leur vie. Il ne faut pas te­nir pour ac­quis qu’ils le savent dé­jà », ex­plique l’in­ter­ve­nante.

Pré­ve­nir l’abus de consom­ma­tion d’al­cool et de can­na­bis, Mé­lis­sa La­roche en fait son che­val de ba­taille. Lors­qu’elle ren­contre des jeunes qui com­mencent à en consom­mer ré­gu­liè­re­ment, elle leur faire prendre conscience des chan­ge­ments qui ap­pa­raissent dans leur vie et qui sont di­rec­te­ment liés à leur consom­ma­tion. « Lorsque je fais réa­li­ser aux élèves que leur manque de concen­tra­tion, la chute de leurs notes, leurs sautes d’hu­meur et le chan­ge­ment de leurs fré­quen­ta­tions sont di­rec­te­ment liés à leur consom­ma­tion, il leur est sou­vent dif­fi­cile de l’ac­cep­ter, mais c’est im­por­tant qu’ils le réa­lisent », confie-t-elle.

L’idée n’est pas d’em­pê­cher les jeunes de vivre leurs ex­pé­riences : ils les vi­vront à leur ma­nière de toute fa­çon. C’est plu­tôt de leur ex­pli­quer en quoi consiste une consom­ma­tion res­pon­sable. À titre d’exemple, Mé­lis­sa La­roche parle du phé­no­mène de « ca­lage » d’al­cool, qui de­vient pour cer­tains une ma­nière de boire. « Il y a cinq ou six ans, le ca­lage d’al­cool se fai­sait lors d’ini­tia­tions ou d’évè­ne­ments iso­lés. Au­jourd’hui, cer­tains jeunes en font une pratique cou­rante. C’est im­por­tant de les sen­si­bi­li­ser aux im­pacts de ce type de consom­ma­tion. S’ils voient les autres le faire et qu’on ne prend pas le temps de leur en ex­pli­quer les consé­quences, il y a de fortes chances qu’ils soient por­tés à faire pa­reil », ex­plique-telle.

Autre drogue sous-es­ti­mée, se­lon Mé­lis­sa La­roche : le can­na­bis. L’in­ter­ve­nante note la ba­na­li­sa­tion de ce pro­duit illé­gal, consi­dé­ré par plu­sieurs comme une drogue douce. Il faut évi­ter, se­lon elle, de ba­na­li­ser les consé­quences de la consom­ma­tion de can­na­bis sur la san­té et le dé­ve­lop­pe­ment des jeunes qui en consomment sur une base ré­gu­lière. « Il y a par­fois un mes­sage de ba­na­li­sa­tion en­voyé par les adultes. Ne pen­sez pas que le can­na­bis ven­du sur le mar­ché au­jourd’hui est le même que ce­lui qui était consom­mé dans les an­nées 60. À cette époque, il y avait de 5 à 6 % de THC dans le can­na­bis, alors qu’au­jourd’hui on en trouve de 15 à 20 %. Les ef­fets ne sont plus du tout les mêmes. C’est comme si la bière pas­sait de 5 à 15 % d’al­cool! »

ex­plique l’in­ter­ve­nante.

En­ca­drer son en­fant

Le rôle des in­ter­ve­nants en pré­ven­tion des toxi­co­ma­nies n’est certes pas à né­gli­ger en mi­lieu sco­laire. Tou­te­fois, Mé­lis­sa La­roche rap­pelle que les pa­rents ont un im­por­tant rôle à jouer en ma­tière d’en­ca­dre­ment des jeunes et de pré­ven­tion. « J’in­vite les pa­rents à s’in­for­mer des dif­fé­rentes réa­li­tés des jeunes d’au­jourd’hui. Être in­for­mé et com­mu­ni­quer ré­gu­liè­re­ment avec son jeune est la meilleure fa­çon de pré­ve­nir la toxi­co­ma­nie », sou­tient-elle.

Pour pré­ve­nir des pro­blèmes de consom­ma­tion chez les ado­les­cents, les spé­cia­listes re­com­mandent aux pa­rents de tis­ser un lien de confiance et d’éta­blir une bonne com­mu­ni­ca­tion dès l’en­fance. Le fait de s’in­for­mer quo­ti­dien­ne­ment de la jour­née de son en­fant et de lui prou­ver qu’il peut se confier à tout mo­ment per­met de construire une bonne base pour l’ave­nir.

Plu­tôt que de ré­pri­man­der et de contraindre son en­fant, il est pré­fé­rable d’adop­ter un ton plus ouvert, de par­ta­ger ses joies et ses in­quié­tudes à son égard et de lui ex­pli­quer les consé­quences de ses gestes.

« Si un pa­rent soup­çonne son en­fant d’avoir consom­mé, plu­tôt que de l’ac­cu­ser et de sé­vir sur-le-champ, il de­vrait ou­vrir la conver­sa­tion et dis­cu­ter cal­me­ment avec lui. Il suf­fit de lui dire qu’on s’in­quiète et de lui de­man­der de nous ex­pli­quer ce qui se passe », conseille Mé­lis­sa La­roche.

S’il constate que son en­fant semble aux prises avec un pro­blème de consom­ma­tion, le pa­rent peut se tour­ner vers les res­sources dis­po­nibles dans la ré­gion. Le CLSC de Vau­dreuil-Sou­langes, qui peut être joint au 450 455-6171, le di­ri­ge­ra vers le ser­vice adé­quat. Le ré­per­toire des res­sources d’aide est pu­blié au www.san­te­mon­te­re­gie.qc.ca/ vau­dreuil-sou­langes.

PHOTOTHÈQUE

Mé­lis­sa La­roche, in­ter­ve­nante en pré­ven­tion des toxi­co­ma­nies.

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