Le res­pect avant tout

Pa­role aux lec­teurs

L'Etoile - - C’EST MON OPINION - Un ci­toyen de Pin­court qui a peur que le syn­di­cat connaisse son nom

J’ai été cho­qué, brus­qué, in­sul­té lorsque je suis al­lé à la bi­blio­thèque de Pin­court cette semaine. Le per­son­nel por­tait des che­mises de cou­leurs agres­sives – rouge sur noir – avec le lo­go de leur syn­di­cat.

Le mes­sage sur la che­mise me di­sait que moi, je de­vais les trai­ter avec « le res­pect avant tout ».

Je tiens à sou­li­gner que j’ai tou­jours, mais tou­jours trai­té ces per­sonnes avec le plus grand res­pect. Avec même un peu de cha­leur. Et main­te­nant, moi – client, contri­buable, ci­toyen – je dois me faire « prê­cher un ser­ment » au nom du syn­di­cat?

Si les « signes re­li­gieux os­ten­ta­toires » sont à ban­nir (car c’est une me­sure de neu­tra­li­té qu’on ap­pelle « Jef­fer­so­nian ») – sur­tout dans les écoles – pour­quoi faire ex­cep­tion pour les mes­sages des syn­di­cats et les or­ga­ni­sa­tions po­li­tiques?

Les per­sonnes qui sont dans des po­si­tions d’au­to­ri­té ne de­vraient pas nous in­ti­mi­der avec leurs signes de foi, ni avec des mes­sages au su­jet de leurs points de vue po­li­tiques.

Les per­sonnes de la bi­blio­thèque de Pin­court en connaissent beau­coup sur moi : mon adresse, ma date de nais­sance, mon nu­mé­ro de té­lé­phone, mes in­té­rêts en ce qui a trait à mes lec­tures et mon mot de passe. Elles ha­bitent mon voi­si­nage.

Si je ne montre pas que je par­tage leurs « croyances », elles sont en me­sure d’exer­cer leur « au­to­ri­té » sur moi, ain­si que les étu­diant(e)s qui uti­lisent ré­gu­liè­re­ment la bi­blio­thèque.

Est-ce qu’on a le cou­rage d’in­ter­dire aux syn­di­cats ce qu’on in­ter­dit aux per­sonnes qui portent « des signes re­li­gieux os­ten­ta­toires »? Je crois que ma­dame Pau­line Ma­rois n’au­ra pas le cou­rage de faire face aux syn­di­cats de cette fa­çon.

Oui, Ma­dame Ma­rois. Moi, aus­si, j’ai peur. Si on ne sou­rit pas de­vant le t-shirt, si on ne fait pas as­sez sem­blant d’avoir du « res­pect » pour le mes­sage du syn­di­cat, on a dé­jà vu la ven­geance que les syn­di­cats exercent sur les ci­toyens : van­da­lisme, re­fus de ser­vices, in­ti­mi­da­tion.

Je n’ai pas peur d’un gars qui porte la kip­pa, ni d’une femme qui porte le hi­jab. Mais ces per­sonnes qui portent le t-shirt du syn­di­cat, et qui connaissent mon adresse… là, je fris­sonne!

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