Épais­seur de glace re­cord

L'Etoile - - ACTUALITÉ - VA­LÉ­RIE ST-ONGE

Chaque hi­ver, des vil­lages de pê­cheurs s’ins­tallent sur les dif­fé­rents sites de pêche sur glace de la ré­gion. Les grands froids de la semaine der­nière as­surent une tran­quilli­té d’es­prit aux pro­prié­taires de pour­voi­rie, et les pê­cheurs s’adonnent à leur ac­ti­vi­té hi­ver­nale sans sou­ci.

La baie des Cas­cades est bon­dée de ca­banes de pê­cheur. De­puis le 27 fé­vrier der­nier, plus de 200 ca­banes ont été éri­gées sur la glace, à l’em­bou­chure de la ri­vière des Ou­taouais et du fleuve SaintLaurent, entre le lac Saint-Louis et le lac des Deux Mon­tagnes. Pour le pro­prié­taire du Centre de pêche C.R., Ro­nald Proulx, la courte sai­son de la pêche blanche est bien en­ta­mée. « La sai­son est bonne jus­qu’à pré­sent, mais elle a com­men­cé non sans peine. Nous avons eu beau­coup de tra­vail afin de dé­nei­ger la pour­voi­rie du­rant les pre­mières jour­nées. » Ef­fec­ti­ve­ment, des chutes de neige consi­dé­rables en dé­cembre au­ront obli­gé les em­ployés du Centre de pêche à dé­ga­ger ces ac­cu­mu­la­tions sur les huit ki­lo­mètres de sen­tiers et les quinze mètres de lar­geur. « Si on parle de 200 ca­banes dans notre pour­voi­rie, on parle aus­si de plus de 200 aires de sta­tion- ne­ment à dé­blayer », pré­cise Ro­nald Proulx.

Les grands froids des der­nières se­maines au­ront été plus que pro­fi­tables à l’épais­seur de la glace. En moyenne, à la mi-jan­vier, la glace me­sure en­vi­ron 35 cen­ti­mètres d’épais­seur, alors qu’elle est ac­tuel­le­ment à plus de 50 cen­ti­mètres. Lorsque celle-ci at­tein­dra son pic, Ro­nald Proulx sup­pose que la glace ex­cé­de­ra un mètre d’épais­seur. En plus d’être net­te­ment plus sé­cu­ri­taire, la glace de cette épais­seur peut fa­vo­ri­ser la prise des poissons. « Une glace plus épaisse as­sure une qua­li­té de pêche plus grande, ex­plique ce pê­cheur d’ex­pé­rience. Les poissons sont plus pré­sents, comme c’est moins bruyant sous l’eau. »

Un re­doux non in­quié­tant

Les condi­tions mé­téo­ro­lo­giques des der­niers jours n’ef­fraient pas du tout le pro­prié­taire de la pour­voi­rie de Poin­tedes-Cas­cades. Les tem­pé­ra­tures dé­pas­sant les nor­males sai­son­nières – voire au-des­sus du point de congé­la­tion par mo­ments – n’ont rien d’alar­mant. Du moins, pour l’ins­tant. « La tran­quilli­té d’es­prit vaut pour beau­coup dans ce mi­lieu, sou­tien­til. On ne sait ja­mais ce que Dame Na­ture nous ré­serve. C’est très rare qu’on ne stresse pas du­rant un re­doux, mais là on n’est pas du tout in­quiet de la si­tua­tion. » La glace étant 30 % plus épaisse qu’à l’ha­bi­tude à cette époque de l’an­née, ce­la per­met aux pê­cheurs de ta­qui­ner le pois­son en toute sé­cu­ri­té. « À court terme, un re­doux peut même être bé­né­fique pour la qua­li­té de la glace. En fai­sant fondre la neige, ça aide à com­pac­ter le tout. On gagne donc quelques cen­ti­mètres sup­plé­men­taires lors­qu’il y a une nou­velle pé­riode de gel », ajoute le pour­voyeur.

Dans la baie des Cas­cades, les poissons les plus recherchés sont le do­ré jaune et la per­chaude, mais on y pêche éga­le­ment plu­sieurs autres es­pèces. « C’est sûr que le fleuve a toutes sortes de sur­prises. Les gens vont pê­cher entre autres des bro­chets, des mas­ki­non­gés et de plus en plus d’es­tur­geons. L’es­tur­geon n’est tou­te­fois pas per­mis l’hi­ver, mais on le garde le temps d’une photo et on le re­met à l’eau. Il y a fa­ci­le­ment une quin­zaine d’es­pèces de poissons dif­fé­rents qui se pêchent chaque jour. C’est une sur­prise chaque fois », af­firme Ro­nald Proulx. La courte sai­son de pêche blanche ne dure en moyenne que sept ou huit se­maines. Elle

se pour­sui­vra jus­qu’au dé­but mars.

La pas­sion conta­gieuse de la pêche blanche

Ray­mond Lau­zon a sa ca­bane dans la baie des Cas­cades. Il l’a construite lui­même, il y a plus de 40 ans. Elle en a connu, des sai­sons de pêche sur glace… et des cou­leurs de pein­ture. « On a bâ­ti ça di­rec­te­ment sur la glace l’hi­ver. Une bonne jour­née, il de­vait faire so­leil et nous de­vions ins­tal­ler le toit, mais la feuille de contre­pla­qué s’est en­vo­lée au vent! Nous avons dû cou­rir pour la ré­cu­pé­rer », ra­conte-t-il, des étoiles dans les yeux, en se re­mé­mo­rant ces bons vieux sou­ve­nirs. Ce ne sont cer­tai­ne­ment pas les grands froids de l’hi­ver qui em­pêchent ce pê­cheur à s’adon­ner à cette ac­ti­vi­té. Dans les an­nées 1950, en ef­fet, Ray­mond Lau­zon a tra­vaillé dans l’Arc­tique. Il en a vu d’autres! Sa conjointe et lui dorment d’ailleurs oc­ca­sion­nel­le­ment dans ce vil­lage sur glace éphé­mère. Ils sou­haitent s’ache­ter une belle vieille rou­lotte de 24 à 26 pieds pour un peu plus de confort. Et cette pas­sion pour ce sport d’hi­ver n’est pas à la veille de s’es­souf­fler dans la fa­mille Lau­zon. Le pe­tit-fils de Ray­mond Lau­zon, neuf ans, l’ac­com­pagne ré­gu­liè­re­ment. Ils par­tagent d’im­pé­ris­sables mo­ments.

PHOTO VA­LÉ­RIE ST-ONGE

Ray­mond Lau­zon pratique la pêche sur la glace de­puis tou­jours! Il a lui-même construit sa ca­bane il y a plus de 40 ans.

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