DES CLOWNS PAS TOU­JOURS DRÔLES

L'Etoile - - LA UNE -

Je ne se­rai pas très ori­gi­nal. —ÉDITORIAL Et je n’es­saie­rai pas de faire le co­mique. Mais je vais quand même vous par­ler des clowns.

Ces fan­fa­rons qui tentent de faire peur au­tour d’eux, d’aler­ter le qui­dam, de mettre en peine, ou en pleurs, ceux qui ont la mal­chance de croi­ser leur che­min. Des co­quins.

Moi, pour l’ins­tant, ça me fait ri­go­ler. Vous me di­rez que c’est parce que j’ai eu la chance de ne pas en croi­ser un, par un soir de pleine lune, mu­ni d’un bâ­ton de ba­se­ball, d’une scie mé­ca­nique fac­tice ou d’une ca­ra­bine tron­quée. Ef­fec­ti­ve­ment. Peut-être que mon dis­cours se­rait bien dif­fé­rent.

Mais en ce mo­ment, ces fo­rains de pa­co­tille ne font que s’amu­ser. Jouer avec les nerfs des gens.

Je pense qu’ils ne sont guère ma­lins. Ni même ma­lins. Dans le sens que vous le pre­nez.

J’AIME LES CLOWNS

Tout ce buzz mé­dia­tique, ali­men­té par les mé­dias so­ciaux de 2016, fait pour­tant re­naître en moi une pe­tite flamme. Un sou­ve­nir. Un sou­ve­nir heu­reux. Jeune. Et quand je dis jeune, c’est... jeune. Par­mi mes pre­miers sou­ve­nirs. Vous sa­vez, ceux qui nous viennent de la pe­tite en­fance. Qu’on se de­mande s’ils n’ont pas été for­gés au fil du temps et du nombre de fois ra­con­té.

Mais ce­lui-là, je ne l’ai pas conté sou­vent. Ain­si, jeune, je me sou­viens d’un soir ou mes pa­rents, à la fa­veur d’une soi­rée-bé­né­fice ou d’un sou­per au res­tau­rant, nous avaient confiés aux bons soins de ma grand-mère pa­ter­nelle. Grand-ma­man Michaud était l’in­car­na­tion de la bon­té. Je suis cer­tain qu’en ce mo­ment, au pa­ra­dis, elle dis­cute avec des anges, ses sem­blables, ou donne un coup de main à Saint-Pierre. Donc, vient l’heure du do­do et grand­ma­man nous borde, moi et mon frère. Mais, dans mon cas, le som­meil tarde à ve­nir. Le mar­chand de sable est oc­cu­pé avec fran­gin et le Bon­homme Sept Heures rôde.

Je gi­gote et j’ai un peu peur, seul dans ma chambre trop noire. J’ai tou­jours eu peur du noir.

Grand-ma­man se pointe, douce et dé­li­cate, et me chu­chote : « si tu as peur, ferme tes yeux et pense à de belles choses. Des choses que tu aimes, qui te font rire, qui te font du bien. Pense à des clowns. Des clowns joyeux. » De­puis ce jour, contrai­re­ment à une ma­jo­ri­té de mes contem­po­rains, je n’ai ja­mais eu peur des clowns.

J’en­tends sou­vent les gens par­ler en dé­fa­veur de ces per­son­nages af­fu­blés d’un nez mar­rant, d’un vi­sage bla­fard et de che­veux par­se­més. « J’ai peur des clowns. C’est laid les clowns. Ça fait peur. » Que non, ré­torque-je.

Ils font rire les gens, ils amusent, ils jonglent avec des balles ou même par­fois, dans mes songes, avec des quilles en feu.

Même les pho­tos de clowns épeu­rants, même les ta­bleaux de Mu­rielle Millard, même Pa­tof, Sol ou Grock me font sou­rire. Même les clowns tristes viennent cher­cher ma fibre du bon­heur.

J’irais même jus­qu’à dire que Pen­ny­wise, le clown de Ça (It), le best­sel­ler de Ste­phen King me fait mar­rer un peu. Heu­reu­se­ment, il s’agit là de fic­tion. Si­non, j’au­rais bien quelques fris­sons le long de la co­lonne.

Les seuls clowns qui ne font pas rire sont ceux qui font du mal aux en­fants. Ces bar­bares de pé­do­philes qui tuent des ga­mins. John Wayne Ga­cy, le clown tueur en est le meilleur exemple. Ou le pire en fait. Ce tueur en sé­rie a uti­li­sé un sub­ter­fuge ma­li­cieux pour trom­per la vi­gi­lance de ses vic­times. Un véritable gou­jat.

Mais il s’agit d’une ex­cep­tion. Heu­reu­se­ment.

ET IL Y A PIRE

Évi­dem­ment, vous me voyez ve­nir avec mes grands sou­liers dé­me­su­rés (clin d’oeil, blague en fai­sant un pa­ral­lèle avec l’ha­bille­ment d’un clown), le seul clown qui fait vrai­ment peur en ce mo­ment dans l’ac­tua­li­té, c’est le clown avec un nez en l’air, le vi­sage orange et des che­veux blonds pas très clair­se­més. Cet homme ne peut pas vrai­ment être sé­rieux. Un can­di­dat à la pré­si­dence d’un pays, le pays le plus puis­sant du monde en pas­sant, ne peut pas juste être un bouf­fon.

Cet amu­seur pu­blic n’est même plus drôle. Quand il dit des niai­se­ries, ça glisse sur le dos, mais quand il s’en prend, phy­si­que­ment, à des femmes, ça va un peu plus loin. Un peu trop loin. Beau­coup trop loin.

Jon­gler avec des balles, ça va, mais avec les seins, les fesses et le sexe des femmes, ja­mais. Pauvre clown. YANICK MICHAUD

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