Dénaturer la fête et tous ses es­prits

L'Etoile - - ACTUALITÉ -

Pour moi qui adore les —ÉDITORIAL cé­lé­bra­tions et les tra­di­tions, juste de pen­ser à mo­di­fier la date d’une fête, et je m’en fais.

J’ai en­ten­du par­ler, au cours de la fin de se­maine, de cette idée qui vient du Sa­gue­nay. Ha! Ces Sa­gue­néens. On vou­lait à par­tir de 2017, cé­lé­brer la fête de l’Hal­lo­ween le der­nier sa­me­di du mois d’oc­tobre. Donc, peu im­porte le 31 tombe quel jour de la se­maine, plus be­soin de s’en faire avec les ho­raires ser­rés, les pré­pa­ra­tifs de ma­quillage, les dis­tri­bu­tions de bon­bons entre le sou­per et le bain du bé­bé qui lui, pas­se­ra l’Hal­lo­ween seule­ment l’an pro­chain. Trop jeune.

Le sa­me­di, c’est plus ai­sé. On se pré­pare tran­quille­ment, on soupe plus tôt, on at­tend les en­fants et on passe avec notre pe­tite sor­cière, notre vam­pire vo­race ou la grande qui se dé­guise en bé­bé, parce qu’elle a dé­jà pris sa douche. Moins de sou­cis dans une vie qui va tou­jours plus vite.

Mais sur­tout, ce qu’on me souffle à l’oreille, tel un fan­tôme qui hurle entre les branches, c’est que les « rushs » de sucre se­ront plus fa­ciles à gé­rer. Le len­de­main, c’est di­manche. Pas be­soin, sauf ex­cep­tion pour le joueur de ho­ckey, de se le­ver à l’aube, après une nuit à di­gé­rer les Ro­ckets, les Toot­sie Rolls ou les suc­cu­lents Reese’s. Quand j’ai lu la nou­velle, je me suis dit que c’est une fo­lie. On ne dé­na­ture pas l’Hal­lo­ween et l’es­prit de la fête, sur­tout pas les es­prits de l’Hal­lo­ween, pour ac­com­mo­der tout un cha­cun.

Mais, je me suis fait ra­brouer par l’épouse, en­sei­gnante de pro­fes­sion, qui me parle en se­mi-bien de ces sus­men­tion­nés « rushs » de sucre. Elle me su­surre plus ou moins dé­li­ca­te­ment que ce n’est pas évident de contrô­ler les états de ces pe­tits êtres qui étaient dé­gui­sés en monstres quelques heures plus tôt.

Idem du cô­té de mon ado­les­cente de 10 ans qui pré­fère contem­pler son bol de bon­bon le di­manche ma­tin, en faire le tri, goû­ter et com­men­ter, plu­tôt que de se cou­cher ra­pi­de­ment au re­tour de la tour­née des portes du quar­tier parce qu’il y a classe le len­de­main ma­tin. Dif­fi­cile la vie d’une éco­lière de cin­quième an­née.

QUAR­TIER DE SUCRE

Par­lant de tour­née du quar­tier, on me glisse que ce ne sont pas tous les quar­tiers qui logent des gens qui aiment cette fête.

Ils sont nom­breux à bou­der le bon­bon. Trop d’en­fants, trop dis­pen­dieux, pas as­sez de temps de pré­pa­ra­tion, parce que l’Hal­lo­ween n’est pas le der­nier sa­me­di d’oc­tobre, c’était lun­di et le lun­di, j’ar­rive tard du tra­vail et j’ai des émis­sions à re­gar­der.

Bon. N’obli­geons per­sonne à par­ta­ger si ça ne lui tente pas. Mais ça de­vient dif­fi­cile pour de jeunes fa­milles de faire com­prendre à la Reine des Neiges ou à Luke Sky­wal­ker qu’il n’y a pas tant de bon­bons que ça dans notre rue. « Il fau­dra al­ler plus loin, dans le quar­tier voi­sin, il y a plus de fa­milles, les gens donnent plus de frian­dises. » Sauf­que­je­trou­ve­mal­heu­reux­que­cer­taines fa­milles, qui ont pas­sé pen­dant dix, douze, qua­torze ans avec leurs propres pe­tits Fran­ken­stein, éteignent lu­mières, ferment portes et yeux lorsque vient le temps de re­don­ner au sui­vant.

Vrai que les bon­bons coûtent chers. Mais pas obli­gé d’en don­ner une poi­gnée pour sa­tis­faire El­sa ou le nin­ja Leo­nar­do. Un pe­tit sou­rire, une mi­ni­pa­lette de cho­co­lat et l’en­fant se sou­vien­dra long­temps de ce mo­ment. Le voi­si­nage n’est plus ce qu’il était. Je me sou­viens, jeune, en Pier­rot la Lune, en Ro­cky ou en Clown qui ne fait pas si peur, des bon­bons que me ten­dait notre voi­sin, Mon­sieur Hu­bert. Ou ceux de la ma­dame de la rue d’à cô­té, Ma­dame Boi­vin. Des fruits sans lame de ra­soir de Ma­dame Mal­tais et des bis­cuits faits à la main, sans crainte d’em­poi­son­ne­ment ou d’al­ler­gie de quelques-uns des ci­toyens de la rue Neil­son. Ça fait plus de trente ans et j’en garde des sou­ve­nirs fa­bu­leux. Et même si je pas­sais l’Hal­lo­ween au Sa­gue­nay, ce n’était pas né­ces­sai­re­ment le der­nier sa­me­di du mois et j’avais énor­mé­ment de plai­sir. Au­jourd’hui, bien des choses ont chan­gé. On es­pionne les jour­na­listes, une femme pour­rait être pré­si­dente des États-Unis, les al­ler­gies et Do­nald Trump sont les nou­velles me­naces mon­diales, les gens n’ont plus de temps pour eux. Ils n’ont sur­tout plus le temps de pen­ser, de s’amu­ser, de faire la fête et de pro­fi­ter du mo­ment pré­sent. Bon, là-des­sus j’y vais, j’ai des pe­tites boîtes de Smar­ties à al­ler vo­ler dans le bol de mes pe­tits loups.

YANICK MI­CHAUD

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