Dans quel monde on se ré­veille au­jourd’hui?

L'Etoile - - ACTUALITÉ -

Dif­fi­cile un peu à ce —ÉDI­TO­RIAL mo­ment-ci de dis­cou­rir sur les élec­tions amé­ri­caines.

Pre­miè­re­ment parce que, que dire qui ne l’a pas dé­jà été par des mil­liers de jour­na­listes, ana­lystes, spé­cia­listes, gé­rant d’es­trade, com­men­ta­teur? Mais aus­si parce qu’au mo­ment où vous li­rez ces lignes, les Amé­ri­cains, im­pré­vi­sibles, au­ront fait leur choix. Ils au­ront vo­té, en masse, es­pé­rons-le, pour élire le 45e pré­sident des États-Unis. Ou de­vrais-je oser, pré­si­dente? Une pre­mière. Dif­fi­cile pour moi de l’écrire. Parce qu’au mo­ment d’écrire ces lignes, mar­di après-mi­di, quelques mi­nutes avant la mise en page fi­nale et l’ex­pé­di­tion de l’édi­tion pa­pier vers notre im­pri­meur, tout n’est pas joué.

Je me suis amu­sé ce mi­di (mar­di), à écou­ter la ra­dio sans mettre de filtre. J’ai lu les jour­naux en ma­ti­née, j’ai re­gar­dé les bul­le­tins de nou­velles à la té­lé. Et il n’y a rien de cer­tain.

Je ne sais pas, au mo­ment où ce texte dé­file à des cen­taines de ki­lo­mètres à l’heure sur les presses, dans quel monde nous nous ré­veille­rons ce ma­tin (mer­cre­di). C’est un peu mê­lant tout ça. Mê­lant parce que d’un cô­té il y a cet homme dont on a tant dis­cou­ru et par­lé et ana­ly­sé les com­por­te­ments de gou­jat, de vul­gaire, de re­né­gat et que de l’autre, il y a une femme que même cer­taines femmes amé­ri­caines ne veulent pas voir au som­met.

Les Amé­ri­cains im­po­se­ront donc leur choix, parce qu’ils sont puis­sants. On le dit sou­vent, quand les États-Unis éter­nuent, le Ca­na­da at­trape le rhume. Qu’en se­ra-t-il des re­la­tions entre le pays de l’Oncle Sam et Jus­tin Tru­deau? Et puis du lien entre les États-Uniens et le Mexique? Avec Cu­ba, dont on a ré­cem­ment re­cons­truit cer­tains ponts? Et avec la Rus­sie, la Chine, les autres puis­sances de ce monde?

Dif­fi­cile à ce mo­ment-ci, car tout peut en­core ar­ri­ver. Je parle de mar­di après­mi­di. Mais dif­fi­cile aus­si de sa­voir ce qui se pas­se­ra, même en ce mer­cre­di ma­tin, que le ré­veil ait été bru­tal ou qu’il ré­vèle une grande sur­prise.

DES JOUR­NA­LISTES AF­FAI­RÉS

Je pro­fite du fait que j’ai par­lé des mil­liers de jour­na­listes qui ont cou­vert cette af­faire, pour pour­suivre sur le mé­tier que je pra­tique de­puis main­te­nant près de 20 ans.

La se­maine der­nière a été dif­fi­cile pour la pro­fes­sion.

Des élus qui mettent de la pres­sion, des po­li­ciers qui font des in­dis­cré­tions, des juges qui sont vites sur le pi­ton. L’écoute et l’es­pion­nage des faits et gestes des jour­na­listes est ré­pré­hen­sible, mais avant tout, dan­ge­reuse, vile et in­quié­tante. Les jour­na­listes d’en­quête sont ceux qui per­mettent de le­ver le voile sur des as­pects sombres et sor­dides du monde po­li­tique.

De la ma­fia, des cri­mi­nels or­ga­ni­sés, des en­tre­pre­neurs vé­reux, des em­pê­cheurs de tour­ner en rond.

On doit s’in­quié­ter de ce qui s’est pas­sé dans les cel­lu­laires de ces confrères qui comptent sur des sources pour sou­le­ver des dos­siers ur­gents, im­por­tants, es­sen­tiels. Nous de­vons, à notre tour, nous sou­le­ver contre cet abus de pou­voir qui de­vient dan­ge­reux pour une dé­mo­cra­tie en san­té.

ET LES AUTRES JOUR­NA­LISTES Puis, dans un tout autre ordre d’idée, il y a ces jour­na­listes, mais sur­tout des pho­to­graphes de presse, des ca­me­ra­men, des gens de peu de foi, qui se croient tout per­mis.

Mes col­lègues, ain­si que des connais­sances sur Fa­ce­book, me fai­saient re­mar­quer que d’au­cuns se croient tout per­mis lorsque vient le temps d’as­sis­ter à un ren­dez-vous mé­dia­tique, ou pro­to­co­laire. Je vous ra­conte. Di­manche, à Hud­son, on sou­ligne le jour du Sou­ve­nir. Des pho­to­graphes, sans grande re­te­nue, ont ali­gné de leur len­tille, des vé­té­rans ve­nus se re­cueillir. Ils ont du coup man­qué de res­pect à ces gens qui en mé­ritent beau­coup. Ils ont aus­si bou­sillé le tra­vail de leurs confrères qui ten­taient d’ob­te­nir de belles images, sans tou­te­fois em­pié­ter sur la li­ber­té de l’autre.

Je suis pour les belles images, celles per­cu­tantes, fou­droyantes. Mais estce qu’on peut s’en­tendre pour que le coude dans les côtes de­meurent sur un autre ter­rain?

Le sa­voir-vivre ne s’achète pas au ma­ga­sin du dol­lar.

J’as­sis­tais ré­cem­ment à une con­fé­rence de presse où on pro­cé­dait à une le­vée de terre ori­gi­nale.

Vous au­riez dû voir ces pho­to­graphes, pour la plu­part ne tra­vaillant pas pour un mé­dia, se pré­ci­pi­ter dans une co­hue comme si de­main n’exis­tait pas, pour ten­ter d’ob­te­nir une pho­to.

C’était dé­so­lant.

Es­pé­rons que le ré­sul­tat du vote aux États-Unis ne le soit pas au­tant. YAN­NICK MI­CHAUD

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