Un sa­cré bon gars

L'Etoile - - ACTUALITÉ -

Tu sais dans la vie —ÉDITORIAL quand tu ren­contres quel­qu’un de bien, tu le vois tout de suite.

Tu le sens. Le cha­risme. La gen­tillesse, l’al­truisme. Quand j’ai vu Oli­vier, j’ai su ça. Sur-le-champ.

Il était dans un sta­tion­ne­ment, avec sa nou­velle conjointe, mon amie Ca­ro­line. Ce que j’ai vu aus­si, le cou­rant qui pas­sait entre eux. Un couple in­croyable. Ç’a été le coup de foudre entre eux. Ca­ro­line tra­vaillait sur un re­por­tage pour vau­dreuil-soulanges.tv et a ren­con­tré Oli­vier sur le toit du Cha­pi­teau Eu­gene Cha­plin. Ç’a cli­qué.

Parce qu’Oli­vier était un mon­teur de cha­pi­teaux in­croyable. Une som­mi­té. Il est né dans le cirque. Il est né dans l’uni­vers co­lo­ré des tech­ni­ciens qui font que la ma­gie fonc­tionne.

Yan­nick Gos­se­lin, l’un des co­fon­da­teurs du Fes­ti­val in­ter­na­tio­nal de Cirque Vau­dreuil-Do­rion m’en par­lait la se­maine der­nière. N’eût été d'Oli­vier, le cha­pi­teau n’au­rait pro­ba­ble­ment ja­mais at­ter­ri en terre vau­dreuilloise. Et, il n’au­rait sur­tout pas été pro­pul­sé sur la scène in­ter­na­tio­nale.

Des gens de Vau­dreuil-Do­rion m’ont éga­le­ment glis­sé un mot. Un vé­ri­table pro­fes­sion­nel. Conscien­cieux, qui connaît son af­faire. Pru­dent, agis­sant tou­jours de ma­nière sé­cu­ri­taire.

Ain­si, Ca­ro­line et Oli­vier fi­laient le par­fait bon­heur. Ca­ro­line a même dé­ci­dé, plus tôt cette an­née de suivre son fian­cé dans l’aven­ture du Cirque du So­leil. La scène la fas­ci­nait, le cirque la pas­sion­nait, Oli­vier l’en­sor­ce­lait. D’amour. Ils ont tra­vaillé en­semble sur le spec­tacle Lu­zia ici à Mon­tréal au prin­temps. Puis à To­ron­to cet été.

Ré­cem­ment, ils met­taient le cap sur San Fran­cis­co pour pré­pa­rer le cha­pi­teau pour les re­pré­sen­ta­tions amé­ri­caines. C’est Oli­vier qui était en charge. Pas de pro­blème, il l’a fait sou­vent. Il monte des cha­pi­teaux de­puis deux dé­cen­nies. Il as­sure.

UNE CASSURE

Mar­di soir der­nier, une heure avant une re­pré­sen­ta­tion de Lu­zia, le des­tin a frap­pé. En fait il a co­gné. Le des­tin a fait un fou de lui. Il a pris dans la fleur de l’âge un gars fan­tas­tique. Un fian­cé à une fille qui avait be­soin de son homme. Un gars qui l’a ai­mée et pro­té­gée. Une na­celle té­les­co­pique, à ce qu’on ra­conte au­rait val­sé puis se se­rait ef­fon­drée sur cet homme à qui je vou­lais tou­jours ser­rer la main quand je le voyais. Un gars sou­riant, gé­né­reux. Oli­vier est dé­cé­dé à San Fran­cis­co. Pour tous ceux qui l’ont connu, ce fut l’hé­ca­tombe. On ne pou­vait y croire. Quand quel­qu’un meurt, on dit tou­jours, il était gen­til. C’était un sa­cré bon gars. Oli­vier, c’était vrai.

Pour Ca­ro­line c’est une bombe en pleine face. Une épreuve dont elle n’avait pas be­soin. Per­sonne n’a be­soin de ça en fait dans la vie.

Pour son père, Gilles Sainte-Croix, co­fon­da­teur du Cirque du So­leil, c’est une bombe en pleine face. Une épreuve dont il n’avait pas be­soin.

Pour ses col­lègues de Lu­zia et du Cirque du So­leil, ses amis, ses proches, c’est une bombe en pleine face. Une épreuve dont ils n’avaient pas be­soin.

Pour ses quatre fils. Les mots me manquent. Je ne sau­rais dire que c’est une bombe en plein dans la face de ces quatre gar­çons pour qui leur père était aus­si un ami, un confi­dent, un mât de cha­pi­teau, so­lide et fier.

Oli­vier était so­lide et fier. Il était mus­clé, beau, avait une fian­cée mer­veilleuse, des gar­çons en san­té, un mé­tier qui l’ame­nait à voya­ger.

Et un ac­ci­dent de merde. Le des­tin de merde, a tout pris ça. Il s’est en­fui avec un sa­cré bon gars.

Ça ne sert plus à rien de ter­gi­ver­ser et d’écrire. Ça ne ra­mè­ne­ra pas Oli­vier, ça ne me per­met­tra pas de lui ser­rer la main une autre fois et de ja­ser avec lui quelques mi­nutes. Mais je peux vous dire toute ma peine et aus­si que je suis, que mes col­lègues de VIVA mé­dia, que ma fa­mille, sont avec Ca­ro­line. Sont avec son père, ses col­lègues, ses fils. Nous pen­sons à eux dans ces mo­ments dif­fi­ciles à sur­mon­ter.

On se dit qu’Oli­vier, qui a si long­temps été un So­leil dans le monde du cirque, est main­te­nant ins­tal­lé sur son étoile et nous en­cou­rage à conti­nuer en di­sant que tout va bien.

UN TEXTE QUI PERD SON SENS D’ailleurs, le des­tin est si cruel que ré­cem­ment, nous avions de­man­dé à notre an­cienne col­lègue Ca­ro­line, de nous écrire un texte pour la plus ré­cente pu­bli­ca­tion du ma­ga­zine l’éClat qui est dif­fu­sé au­jourd’hui.

Elle nous par­lait de son pre­mier Noël à ve­nir à San Fran­cis­co, loin de sa fa­mille, mais bien en­tou­rée de sa fa­mille de Lu­zia, mais sur­tout en com­pa­gnie de l’homme de sa vie.

Ce texte prend un tout autre sens, mais il dé­montre tout l’amour que mon amie Ca­ro­line La­marre avait pour son Oli­vier. — YANICK MI­CHAUD

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