Il n’est ja­mais trop tard pour ap­prendre

L'Etoile - - ACTUALITÉ -

Suite de la une.

RE­PRENDRE COU­RAGE

Dès l’ins­tant où ses en­fants furent au­to­nomes, Chan­tal a com­men­cé à pen­ser beau­coup plus à elle. « Je me suis dit que c’était le temps de pen­ser plus à moi à ce mo­ment, mais faire quoi quand on ne sait ni lire ni écrire. Ap­prendre a tou­jours été un rêve pour moi et je ne vou­lais plus avoir be­soin de bé­quille. Je vou­lais être comme tout le monde. Un jour, on m’a par­lé d’une dame qui était re­tour­née à l’école. J’ai alors réa­li­sé qu’il y avait de la place pour ai­der les gens ayant peu de sco­la­ri­té et c’est là qu’on m’a par­lé de COMQUAT », nous dit Chan­tal.

Celle-ci ad­met avoir tout de même fort hé­si­té avant de plon­ger. La gêne l’ha­bi­tait, voire l’en­va­his­sait lit­té­ra­le­ment. C’est qu’elle avait gar­dé le se­cret tel­le­ment long­temps. « La dame qui était re­tour­née à l’école m’a dit qu’il y avait tous les ni­veaux d’ap­pren­tis­sage, même pour ceux qui re­com­men­çaient à zé­ro. Tout le monde était ac­cep­té et on te­nait compte de leurs be­soins par­ti­cu­liers », ex­plique Chan­tal. De­puis deux ans, Chan­tal suit des cours à l’or­ga­nisme COMQUAT (Com­mu­ni­ca­tion Quatre Phases) à L’Île-Per­rot à rai­son de cinq heures par se­maine en moyenne. « C’est à peine si je sa­vais écrire mon nom. Je n’ai ja­mais été à l’école ou alors très spo­ra­di­que­ment. Ma mère était ma­lade et j’ai dû ai­der à la mai­son et prendre soin d’elle du­rant mon en­fance et mon ado­les­cence, te­nait à jus­ti­fier Chan­tal. « Mon vo­ca­bu­laire avait aus­si be­soin d’être en­ri­chi, mais je vou­lais d’abord connaître mon al­pha­bet et c’est ce que j’ai fait au cours de la pre­mière an­née, mettre les lettres en­semble pour faire des mots. Le jour où j’ai com­men­cé à for­mer des mots, j’en ai fait mes amis parce que je vou­lais que ces mots de­viennent des amis pour moi. Je me suis d’abord créé une amie en écri­vant Ma­rie, puis Jean et An­ge­la. Je me suis peu à peu créé un cercle d’amis », ra­conte Chan­tal en ex­pli­quant sa dé­marche d’ap­pren­tis­sage. Main­te­nant, elle peut écrire des phrases et ex­pri­mer ce qu’elle vit dans son quo­ti­dien, ce qu’elle res­sent. Et tout ré­cem­ment, elle vient de lire son pre­mier livre d’une qua­ran­taine de pages. Chan­tal trouve dom­mage que des jeunes aban­donnent l’école. Pour elle, c’est la pire chose qu’ils peuvent faire. « Le plus beau ca­deau qu’on peut se faire, ce sont les études. Et je veux lan­cer un mes­sage à ceux qui sont dans une si­tua­tion sem­blable à la mienne. Je leur dis de fon­cer, de prendre le temps d’ap­prendre des choses et de rat­tra­per le temps per­du. Il ne faut pas se mettre de li­mites, se dres­ser de bar­rières et en­suite avoir des re­grets. Au­jourd’hui, je suis bien dans ma peau et je pour­rai dire, avant de mou­rir, que j’ai ap­pris à lire et à écrire. C’est une grande fier­té pour moi », de conclure Chan­tal.

Elle tient à dire à tous les gens qui lisent ce texte, que s’ils connaissent une per­sonne qui ne sait ni lire ni écrire ou qui éprouvent de la dif­fi­cul­té, de leur par­ler d’elle et de COMQUAT.

STÉ­PHANE FOR­TIER

PHOTOTHÈQUE

Ap­prendre à lire et à écrire n’est pas ré­ser­vé qu’aux en­fants.

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