Qui est Lucyl Mar­tel ?

L'Etoile - - ACTUALITÉ -

L’ar­tiste peintre Lucyl Mar­tel a exer­cé son art dans les an­nées

1940 et 1950, pé­riode pen­dant la­quelle elle a fait l’école des Beaux-Arts de Mon­tréal où elle fai­sait par­tie des élèves de Pel­lan. L’exposition en son hon­neur, Ré­tros­pec­tive des an­nées 1940 -1950, en cours au Mu­sée ré­gio­nal de Vaudreuil-Soulanges, est pré­sen­tée pour la pre­mière fois et consti­tue une ma­nière de re­don­ner à l’ar­tiste peintre sa place dans l’his­toire de l’art du Qué­bec.

C’est Jo­hanne Mar­tel, —EXPOSITION nièce de la peintre dé­cé­dée en 2015 à l’âge de 93 ans, qui a sé­lec­tion­né les oeuvres et mon­té l’exposition. Elle ra­conte que l’idée lui était ve­nue bien avant le dé­cès de sa tante. Elle connais­sait son ta­lent, mais avait sous-es­ti­mé son im­por­tance dans l’his­toire de l’art. C’est en dé­cou­vrant ses mul­tiples oeuvres et en dis­cu­tant avec elle qu’elle a dé­cou­vert com­bien elle avait été té­moin de son temps, mais avait aus­si par­ti­ci­pé à l’his­toire. Lors­qu’elle en avait dis­cu­té avec cette der­nière, l’am­pleur de la tâche dé­cou­ra­geait l’ar­tiste qui, étant de­ve­nue aveugle, ne pou­vait plus voir ses ta­bleaux.

« Je n’étais pas au cou­rant de ce qu’elle avait fait, car elle était très dis­crète. Mais quand elle a vou­lu que je prenne en pho­tos ses oeuvres, elle m’en sor­tait de par­tout : en ar­rière et en des­sous des meubles, dans le ga­rage… Elle avait même une oeuvre de Pel­lan dans sa chambre, qui lui était dé­di­ca­cée », ra­conte Jo­hanne Mar­tel, pré­ci­sant que les vi­si­teurs pour­ront voir le Pel­lan lors de la vi­site de l’exposition au Mu­sée ré­gio­nal de Vaudreuil-Soulanges.

UNE PLACE DANS L’HIS­TOIRE

Après son dé­cès en 2015, Jo­hanne Mar­tel s’est lan­cée dans la créa­tion de l’exposition qui al­lait ra­con­ter l’his­toire de sa tante, mais aus­si re­mettre à l’avant-plan son grand ta­lent. Lucyl Mar­tel a étu­dié à l’école des Beaux-Arts où elle a eu comme pro­fes­seur Al­fred Pel­lan, très en­ga­gé pour un art in­dé­pen­dant et la li­ber­té d’ex­pres­sion dans l’art.

Dans la chro­no­lo­gie de la vie de Pel­lan, on re­trouve cet épi­sode où lors de l’exposition de fin d’an­née, en 1945, cer­taines des oeuvres de ses élèves ont été ju­gées comme trop osées par le di­rec­teur de l’École, Charles Maillard. Ce­lui-ci avait de­man­dé à ce qu’elles soient re­ti­rées. Pel­lan avait re­fu­sé et avait de­man­dé à ses élèves de cor­ri­ger leurs tra­vaux avec de la gouache. L’Église est in­ter­ve­nue, les élèves se sont ré­vol­tés et les jour­naux se sont in­té­res­sés à l’his­toire, qui s’est ter­mi­née par la dé­mis­sion du di­rec­teur. Lucyl Mar­tel était l’une des élèves de Pel­lan ayant dû dissimuler une par­tie de son oeuvre, of­fen­sante aux yeux du di­rec­teur Maillard, qui re­pré­sen­tait une femme nue. C’est en dé­cou­vrant des his­toires comme celles-ci que Jo­hanne Mar­tel a com­pris que sa tante, si dis­crète sur sa vie et sur ce qu’elle avait vé­cu, avait oc­cu­pé une place plus im­por­tante qu’elle pen­sait dans l’his­toire du Qué­bec et de l’art. SES OEUVRES

Pen­dant le peu d’an­nées où elle a pra­ti­qué son art, Lucyl Mar­tel a pro­duit ma­jo­ri­tai­re­ment des des­sins au fu­sain ain­si que des pein­tures à l’huile. Comme c’était pen­dant la Se­conde Guerre mon­diale et pen­dant l’après-guerre, elle tra­vaillait sur à peu près n’im­porte quoi, comme du bois re­cy­clé. Elle a peint beau­coup de por­traits et d’au­to­por­traits. Bien qu’elle avait un grand ta­lent, l’ar­tiste a dû se ré­si­gner à trou­ver un tra­vail pour vivre. C’est ain­si qu’elle a été ar­chi­tecte pen­dant quelques an­nées, avant de se joindre à l’équipe de Ra­dio-Qué­bec où elle a tra­vaillé aux dé­cors pen­dant plus de 25 ans. Jo­hanne Mar­tel ajoute qu’« elle a ga­gné sa vie en créa­tion, mais avec des oeuvres éphé­mères, car des dé­cors ça ne durent pas long­temps. »

Elle avait dé­jà une pe­tite ex­pé­rience dans le do­maine, puis­qu’elle avait col­la­bo­ré à cer­taines pièces de Fé­lix Le­clerc et de Guy Mauf­fette, pour qui elle des­si­nait des dé­cors et des cos­tumes. L’ar­tiste les avait ren­con­trés lors­qu’elle pas­sait du temps dans le cha­let de ses pa­rents dans les an­nées 1940, époque où le cé­lèbre poète et chan­son­nier est ar­ri­vé à Vaudreuil avec son fi­dèle ami. Dans l’exposition Ré­tros­pec­tive des an­nées 1940 – 1950, les vi­si­teurs pour­ront voir un des­sin de De­douche, la pre­mière femme de Fé­lix Le­clerc, ain­si que des planches de des­sins de cos­tumes qu’elle avait créés pour une pièce de théâtre de Fé­lix Le­clerc.

CONFÉ­RENCE ET VI­SITE

L’es­sen­tiel de la confé­rence que pré­sen­te­ra Jo­hanne Mar­tel, le ven­dre­di 7 juillet à 13 h 30, por­te­ra sur l’art de Lucyl Mar­tel qu’elle re­met­tra en contexte se­lon l’époque et les mo­ments his­to­riques qu’elle a vé­cus.

« Elle n’a pas per­cé dans le mi­lieu des ar­tistes, mais à ce mo­ment-là c’était très dif­fi­cile, même Bor­duas avait de la mi­sère à vivre. Je veux la re­mettre en contexte et l’ame­ner à ce qu’elle prenne sa place dans l’his­toire. Elle avait un ta­lent ex­traor­di­naire. Je veux lui rendre hom­mage », conclut Jo­hanne Mar­tel, qui après sa confé­rence, ven­dre­di, par­cour­ra les 32 oeuvres de l’exposition pour les com­men­ter. L’exposition se pour­sui­vra jus­qu’au 10 sep­tembre.

Ren­sei­gne­ments : 450 455-2092.

— CA­RO­LINE BO­NIN

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