Vaudreuil-Soulanges re­gorge de tra­vailleurs étran­gers

L'Etoile - - ACTUALITÉ -

Se­lon l’agence Ferme —AGRICULTURE

Qué­bec, la ma­jo­ri­té des tra­vailleurs agri­coles étran­gers sont ori­gi­naires du Mexique (54 %) et du Gua­té­ma­la (44 %). En­vi­ron 2 % viennent des pays li­mi­trophes. De plus, 51 % des tra­vailleurs étran­gers re­çus sont ba­sés en Mon­té­ré­gie. Pas moins de 5092 tra­vailleurs du Mexique sont ve­nus au Qué­bec l’an der­nier oc­cu­per 6020 postes (plu­sieurs tra­vailleurs viennent com­plé­ter plus d’un contrat de tra­vail chez plu­sieurs em­ployeurs suc­ces­sifs). Cette fa­çon de faire est cou­rante dans l’in­dus­trie et com­porte plu­sieurs avan­tages pour les em­ployeurs, dont ce­lui de s’adap­ter aux be­soins réels de la pro­duc­tion. Cô­té Gua­té­mal­tèques, on compte 4606 tra­vailleurs pour 4862 postes.

Les pro­duc­teurs em­bau­chant des tra­vailleurs étran­gers sont, à par­tir de ce mo­ment, res­pon­sables d’eux, au­tant en ce qui a trait au lo­ge­ment (il leur faut en trou­ver un conve­nable) que du fait de s’as­su­rer qu’ils puissent pro­fi­ter de tous les ser­vices dont ils ont be­soin, en com­men­çant par les ser­vices de san­té. Si un em­ployé tombe ma­lade ou est vic­time d’un ac­ci­dent, l’em­ployeur a le de­voir de s’en oc­cu­per.

POUR­QUOI LES EM­BAU­CHER? Chaque an­née, plu­sieurs per­sonnes s’étonnent de voir dé­bar­quer au­tant de tra­vailleurs la­ti­nos chez les pro­duc­teurs agri­coles du Qué­bec. C’est que, prin­ci­pa­le­ment, les gens d’ici ne sont pas in­té­res­sés d’oc­cu­per ces postes ma­nuels et sou­vent ré­pé­ti­tifs au sa­laire mi­ni­mum. Ceux qui croient que les pro­duc­teurs dis­cri­minent les tra­vailleurs lo­caux, il faut sa­voir que pour avoir droit d’em­bau­cher des tra­vailleurs étran­gers, les en­tre­prises agri­coles doivent dé­mon­trer que les postes dis­po­nibles ont été of­ferts à des gens d’ici en pre­mier lieu.

TRA­VAILLEURS ACHARNÉS Gé­né­ra­le­ment, pour ne pas dire de fa­çon una­nime, les pro­duc­teurs agri­coles, qui em­bauchent des tra­vailleurs la­ti­nos, sont fort sa­tis­faits du rendement de ces tra­vailleurs oc­ca­sion­nels. « Ce sont des gens qui sont ha­bi­tués à tra­vailler à l’ex­té­rieur dans les grandes cha­leurs et sont ha­bi­li­tés à ef­fec­tuer du tra­vail sur la terre », in­dique Pa­trick Van Den Abeele, pro­prié­taire du Centre Jar­din Vaudreuil-sur-le-Lac qui em­bauche trois tra­vailleurs gua­té­mal­tèques de­puis 2010. Ces tra­vailleurs viennent tra­vailler d’avril à juillet. « J’ai tou­jours été sa­tis­fait de leur tra­vail. Ils savent ce qu’ils ont à faire dès qu’on leur a ex­pli­qué. Et, dans mon cas, il faut que je leur dise de s’ar­rê­ter, si­non ils conti­nuent de tra­vailler. Il faut leur dire d’al­ler dî­ner au­tre­ment, ils ne s’ar­rêtent pas », ra­conte Pa­trick Van Den Abeele qui ajoute que s’ils tra­vaillent six jours, en gé­né­ral, ils se­raient ou­verts à en tra­vailler un sep­tième. De fait, ils peuvent tra­vailler par­fois jus­qu’à 76 heures par se­maine.

« Il sont contents, heu­reux d’être ici et très mi­nu­tieux. Ils com­prennent le lan­gage du tra­vail », de dire Pa­trick Van Den Abeele,

POUR AMÉ­LIO­RER SON SORT

À la ferme de Ré­jean Pi­lon à Saint-Clet, ils sont quatre Gua­té­mal­tèques à y tra­vailler (deux avec leur fils). « Ce­la fait 9 ans que j’em­bauche des tra­vailleurs étran­gers, nous dit Ré­jean Pi­lon qui cultive des lé­gumes, des pe­tits fruits et des fleurs or­ne­men­tales. Je leur confie des tâches de plan­ta­tion, de ré­colte, de désher­bage et d’en­tre­tien. Ce qui leur plaît par­ti­cu­liè­re­ment, ici, c’est qu’ils ne font ja­mais la même chose, c’est moins rou­ti­nier », in­dique le pro­duc­teur ma­raî­cher clé­tois. Sur les quatre em­ployés la­tins, deux sont à la ferme de Ré­jean Pi­lon de­puis neuf ans. « Ils sont ici pour tra­vailler et ce­la pa­raît. Ils n’ont ja­mais man­qué une jour­née », de dire Ré­jean Pi­lon qui maî­trise bien l’es­pa­gnol. En gé­né­ral, les tra­vailleurs gua­té­mal­tèques de la ferme de Ré­jean Pi­lon viennent pour un contrat d’une du­rée de six mois et ils tra­vaillent six jours par se­maine. Le pre­mier est ar­ri­vé en mars. Al­fre­do, qui parle un peu le fran­çais, nous a ex­pli­qué pour­quoi il avait choi­si de ve­nir tra­vailler au Qué­bec. « Nous le fai­sons pour notre fa­mille. La si­tua­tion éco­no­mique est dif­fi­cile dans notre pays », jus­ti­fie Al­fre­do qui pos­sède sa terre au Gua­té­ma­la. Lors­qu’ar­rive la jour­née de congé, les tra­vailleurs de Ré­jean Pi­lon se rendent à Sa­la­ber­ry-de-Val­ley­field pour faire des courses et man­ger du chi­nois avec des com­pa­triotes.

Pas moins de 225 tra­vailleurs étran­gers viennent tra­vailler au­près des tra­vailleurs ma­raî­chers dans la MRC de Vaudreuil-Soulanges. Les pro­duc­teurs ne pour­raient plus se pas­ser des la­ti­nos.

12 GUA­TÉ­MAL­TÈQUES

Phi­lippe Schryve, pré­sident de l’en­tre­prise Diva En­dives ba­sée à Saint-Clet, la­quelle se veut la plus im­por­tante dans le do­maine de la pro­duc­tion d’en­dives au Ca­na­da, em­bauche 12 à 18 em­ployés étran­gers pro­ve­nant du Gua­té­ma­la et ce, toute l’an­née du­rant. « J’en en­gage de­puis 2006 et 90 % de ceux qui viennent au­jourd’hui sont là de­puis le dé­but », men­tionne Phi­lippe Schryve. Pour­quoi, dans son cas, em­bau­cher des tra­vailleurs la­ti­nos? « Per­sonne ici ne veut plus faire ce genre de tra­vail. On parle de tra­vail sur la terre, à la chaîne, du tra­vail ma­nuel. Dans la plu­part des cas, on leur at­tri­bue des tâches au ni­veau de la plan­ta­tion, de la trans­for­ma­tion et de l’em­bal­lage », ex­plique le pré­sident de l’en­tre­prise.

« Je sais qu’il y a beau­coup de pré­ju­gés en­vers les tra­vailleurs étran­gers, mais si on me les en­le­vait, je fer­me­rais bou­tique de­main ma­tin. Je n’y ar­ri­ve­rais pas sans eux. Ce­la pren­drait trois tra­vailleurs qué­bé­cois pour le tra­vail d’un seul Gua­té­mal­tèque. Et ils sont fi­dèles, as­si­dus et pro­duc­tifs. Si je re­cule dans le temps où mes tra­vailleurs étaient tous du Qué­bec, le taux d’absentéisme était im­por­tant. avec eux, quand ce­la ar­rive, ce sont des cas de forces ma­jeures », ré­vèle-t-il.

Et il y a aus­si les réa­li­tés du mar­ché. « Les clients sont de plus en plus exi­geants et ils veulent tout à très court terme. Les tra­vailleurs qué­bé­cois veulent des ho­raires fixes, mais dans notre do­maine, en agriculture, c’est im­pos­sible. Ce sont des ho­raires va­riables, on n’a pas le choix », de conclure Phi­lippe Schryve.

— STÉ­PHANE FORTIER

PHOTO STÉ­PHANE FORTIER

Pas moins de 12 tra­vailleurs du Gua­té­ma­la sont em­bau­chés chez Diva En­dives à Saint-Clet.

PHOTO STÉ­PHANE FORTIER

Al­fre­do tra­vaille avec son fils à la ferme de Ré­jean Pi­lon à Saint-Clet.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.