C’est ce qui reste qui compte pour Éléonore

L'Etoile - - ACTUALITÉ -

Pas dans ce­lui d’Éléonore Pi­lon, —SAN­TÉ une pe­tite fille de 8 ans, ré­si­dente de Saint-Po­ly­carpe, dé­bor­dante d’éner­gie, sau­tillante, rem­plie de joie de vivre. Une pe­tite fille pour qui les jour­nées sont trop courtes. À la voir, on ne di­rait pas qu’elle a su­bi, alors qu’elle était en­core un pou­pon, une am­pu­ta­tion à la jambe droite. De fait, on parle ici d’une am­pu­ta­tion congé­ni­tale puisque Éléonore est née avec une mal­for­ma­tion qui a en­traî­né l’am­pu­ta­tion de son pied. Tout ce qui lui en reste c’est son ta­lon, le­quel lui per­met de pou­voir, avec l’aide d’une pro­thèse, conser­ver un cer­tain équi­libre et de pou­voir se dé­pla­cer presque comme tout le monde. Mal­gré son op­ti­miste et sa joie de vivre, Éléonore ad­met que par­fois, ce­la n’est pas tou­jours fa­cile. « Ce­la m’est dé­jà ar­ri­vé d’être dé­cou­ra­gé et j’au­rais vou­lu avoir mes deux jambes in­tactes, de moins me faire re­gar­der par les autres en­fants », nous dit-elle sé­rieu­se­ment. Et lui ar­ri­vet-elle d’être in­ti­mi­dée par d’autres élèves? « Quand ce­la ar­rive, je me dé­fends. Je leur dis que je n’aime pas faire rire de moi », de ré­pondre la vaillante Éléonore.

« Quand elle est ar­ri­vée à l’école, en ma­ter­nelle, une ren­contre a été or­ga­ni­sée, en dé­but d’an­née, pour sen­si­bi­li­ser les en­fants à la si­tua­tion d’un en­fant am­pu­té. Il y avait aus­si la pré­sence d’une adulte qui était aus­si am­pu­tée, his­toire de dé­mon­trer aux élèves qu’Éléonore n’est pas un cas unique », rap­pelle son pa­pa, Sé­bas­tien Pi­lon.

MORDRE DANS LA VIE

Les pa­rents d’Éléonore, So­phie Ri­chard et Sé­bas­tien Pi­lon se comptent très chan­ceux d’avoir une pe­tite comme Éléonore, la­quelle a une soeur tout aus­si ado­rable. « Mal­gré sa si­tua­tion, elle est très ré­si­liente, op­ti­miste, elle mord lit­té­ra­le­ment dans la vie. Elle boit tou­jours le verre à moi­tié plein », constate sa ma­man, la­quelle avec Sé­bas­tien, prend tous les moyens pour que l’ave­nir de leur pe­tite Éléonore soit le plus en­so­leillé pos­sible.

Mais qu’est-ce qui est ar­ri­vé au juste dans le cas d’Éléonore ? « À l’écho­gra­phie, Éléonore avait une jambe plus courte que l’autre. Il lui man­quait le pé­ro­né. Sa che­ville était vis­sée à son ti­bia. Si le pied avait été fonc­tion­nel, on au­rait pu al­lon­ger les os, mais la meilleure so­lu­tion était l’am­pu­ta­tion du pied », re­late So­phie Ri­chard. Au­tre­ment, se­lon elle, Éléonore au­rait dû conju­guer avec trop de com­pli­ca­tions et elle au­rait été hos­pi­ta­li­sée à ré­pé­ti­tion. Pas une très belle en­fance. « Cet au­tomne, elle va être opé­rée au fé­mur, mais ce genre d’in­ter­ven­tion de cor­rec­tions n’est rien com­pa­ra­ti­ve­ment à ce qu’elle au­rait vé­cu sans l’am­pu­ta­tion », de dire sa ma­man. Mé­di­ca­le­ment, il n’y a pas d’ex­pli­ca­tion à cette mal­for­ma­tion. Comme di­rait So­phie Ri­chard, ce sont les aléas de la vie, les ca­prices du des­tin.

LES AM­PU­TÉS DE GUERRE,

IN­DIS­PEN­SABLES

Cette der­nière avoue que, lorsque son conjoint et elle ont ap­pris sa si­tua­tion, ce­la les a pro­fon­dé­ment af­fec­tés. « Ce­la nous a mis à terre. De plus, nous ne connais­sions per­sonne qui avait vé­cu ce genre d’ex­pé­rience », nous dit sa mère.

C’est là qu’entre en jeu l’or­ga­nisme Les Am­pu­tés de guerre. « Ils nous ont ap­puyés dès la nais­sance d’Éléonore, et ce, dans tous les as­pects. L’or­ga­nisme ne bé­né­fi­cie d’au­cune sub­ven­tion gou­ver­ne­men­tale, ne vit qu’avec des cam­pagnes de fi­nan­ce­ment. Et nous, comme pa­rents, nous nous nous fai­sons un de­voir de sen­si­bi­li­ser les gens à la cause. Il est im­por­tant que les pa­rents qui vivent la même si­tua­tion sachent qu’il peuvent être sou­te­nus par Les Am­pu­tés de guerre », men­tionne So­phie Ri­chard.

Ré­cem­ment, se te­nait à La­val un sé­mi­naire dont le thème était « Les Vain­queurs », or­ga­ni­sé par l’As­so­cia­tion des Am­pu­tés de guerre. Car, en tant que membre de l’As­so­cia­tion des Am­pu­tés de guerre, Éléonore peut ob­te­nir de l’aide fi­nan­cière pour l’achat de membres ar­ti­fi­ciels et prendre part à des sé­mi­naires ré­gio­naux, car si le gou­ver­ne­ment paye la pro­thèse de base pour elle, Les Am­pu­tés de guerre dé­fraient le coût de celles qui sont spé­ciales, des pro­thèses ré­créa­tives per­met­tant no­tam­ment à Éléonore de pra­ti­quer le pa­tin. En plus, la pe­tite fille de SaintPo­ly­carpe pra­tique le bas­ket-ball en fau­teuil rou­lant. « Elle est ti­mide, mais très com­pé­ti­tive », pré­cise So­phie Ri­chard.

On pour­rait croire qu’un en­fant, au­quel il manque un membre, sombre ré­gu­liè­re­ment dans la tris­tesse et se sent constam­ment à part des autres en­fants, mais ce n’est pour­tant pas tou­jours le cas.

RÉ­PONDRE À DES QUES­TIONS

Le sé­mi­naire de La­val, donc, re­grou­pait de jeunes am­pu­tés et leurs pa­rents ve­nant de partout au Qué­bec. Ce­lui-ci leur a don­né l’oc­ca­sion d’en ap­prendre da­van­tage sur les ré­centes in­no­va­tions en ma­tière de membres ar­ti­fi­ciels, sur la fa­çon de com­po­ser avec les ta­qui­ne­ries et l’in­ti­mi­da­tion, ain­si que sur le rôle des pa­rents d’un en­fant am­pu­té. « Ils ré­pondent à toutes ques­tions que nous pou­vons avoir », de dire la ma­man. « J’ai trou­vé ça co­ol. J’ai par­lé au mi­cro. On a par­lé de nos pas­sions, des pho­tos ont été prises et j’ai fait une vi­déo avec un autre am­pu­té », dit Éléonore. Le thème du sé­mi­naire, « C’est ce qui reste qui compte! », était la de­vise adop­tée par les an­ciens com­bat­tants am­pu­tés qui ont fon­dé l’as­so­cia­tion en 1918. Cette de­vise, Éléonore l’a adop­tée pour elle. Le pro­gramme au­quel est ins­crite Éléonore, existe grâce à la gé­né­ro­si­té du pu­blic en­vers le Ser­vice des plaques por­te­clés et des éti­quettes-adresse. Pour plus d’in­for­ma­tion : 514 398-0759 ou on vi­site am­pu­tes­de­guerre.ca.

STÉ­PHANE FOR­TIER

PHO­TO STÉ­PHANE FOR­TIER-

Éléonore Pi­lon est une pe­tite fille qui mord dans la vie mal­gré son han­di­cap.

PHO­TO STÉ­PHANE FOR­TIER

Éléonore Pi­lon, en­tou­rée de ses pa­rents Sé­bas­tien Pi­lon et So­phie Ri­chard.

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