S’in­sé­rer dans la bulle de quel­qu’un

L'Etoile - - ACTUALITÉ -

On a tous une bulle. —ÉDI­TO­RIAL

Plus ou moins grande.

Pour cer­tains, la bulle est élas­tique. On peut y pé­né­trer, aga­cer la per­sonne, ri­go­ler et s’ap­pro­cher très près.

Pour d'autres, la proxi­mi­té est à pros­crire. Pas trop proche, ma bulle est fra­gile. Peu im­porte la rai­son. Une mau­vaise jour­née, la cha­leur am­biante, les hor­mones, l’état d’ivresse.

Toutes les rai­sons sont bonnes.

Il y a aus­si cette ex­cel­lente rai­son : pas trop proche, je tra­vaille.

Je vous en parle parce que nous avons été nom­breux dans les der­niers jours à voir les vi­déos de ces deux jour­na­listes in­ter­rom­pus en plein mi­lieu d’un to­po par des êtres, on ne peut plus ivres. Le pre­mier dont je tiens à vous par­ler c’est ce jour­na­liste russe qui se trouve dans un parc de Mos­cou dans le cadre d’une jour­née fes­tive pour les pa­ra­chu­tistes de l’ar­mée. Il est en train de van­ter les mé­rites des sol­dats quand un in­di­vi­du, saoul, ges­ti­cu­lant et sur­tout criard, s’ap­proche de lui. Il in­ter­rompt son di­rect pour men­tion­ner à l’homme de par­ler moins fort, qu’il est en di­rect. Et il re­çoit un ma­jes­tueux coup de poing au men­ton.

Pas une pe­tite tape. Un coup de poing, digne d’un coup de pelle ronde en pleine tronche. Bang!

Ça cogne dur et on se de­mande pour­quoi. Pour­quoi l’as­saillant a-t-il agi de la sorte? Pour­quoi s’en prend-il aus­si vio­lem­ment à un être hu­main qui effectue son tra­vail en toute quié­tude? Ça semble un geste gra­tuit, por­té par un gars qui a trop ai­mé ca­jo­ler la dive bou­teille, sans pou­voir me­su­rer les consé­quences avant coup.

ET PLUS PRÈS D’ICI

Autre cas. Ça se pas­sait cette fin de se­maine. Une jour­na­liste de la té­lé­vi­sion de Ra­dio-Ca­na­da dé­cri­vait la soi­rée, qui pour­tant se dé­rou­lait su­per bien jusque-là pour elle, à Oshea­ga. Un homme ar­rive der­rière elle et l’em­brasse sans autres aver­tis­se­ments. En fait c’est elle qui lui sert un aver­tis­se­ment après coup. Elle lui in­dique que non, ça ne se fait vrai­ment pas. Mal­gré sa co­lère, elle pour­suit son di­rect et s’en sort fort bien. Une vraie pro­fes­sion­nelle. Plus tard, elle ré­agi­ra sur Fa­ce­book en dé­cri­vant l’in­ci­dent. Avec rai­son.

Si bien que l’homme, cou­pable de ce geste for­tuit et in­ex­pli­cable, lui en­voie une mis­sive pour s’ex­cu­ser. Il vou­lait faire rire des amis, mais s’y est pris de la mau­vaise fa­çon. Il ne trouve pas de mots pour s’ex­cu­ser et ex­pli­quer qu’il est lui-même père de deux en­fants et qu’il ne vou­drait pas voir ceux-ci être abu­sés de la sorte dans la vie.

Il a bu une bière de trop, je pré­sume ici, et a por­té un geste in­adé­quat, qui montre à quel point les gens ne res­pectent pas la bulle d’au­trui.

C’est le cas de ces gens qui s’en sont pris à des jour­na­listes. Et si j’en ai par­lé ici, c’est que ça in­ter­pelle di­rec­te­ment ma pro­fes­sion.

Mais ça ar­rive tel­le­ment sou­vent, partout. C’est comme si dans une ta­verne, on se met­tait à pin­cer les fesses de la ser­veuse, juste parce qu’on trouve ça drôle. Au res­tau­rant, on se pointe en cui­sine en ges­ti­cu­lant, en criant au chef que sa soupe est sûre. Puis, on lui as­sène un gnon en plein front.

Comme si un pa­rent, dans une ren­contre à l’école, s’en pren­drait fu­rieu­se­ment à l’en­sei­gnante de son en­fant. Ça ne se fait pas. On ne touche pas aux gens. On ne crie pas après eux.

C’est du ju­ge­ment. C’est du res­pect. Dans les cas ci­tés plus haut, les hommes se sont ex­cu­sés, mais après des gestes qui n’au­raient, à la base, pas dû être po­sés.

Il faut ré­flé­chir. Même lors­qu’on est en bois­son et ne pas faire des choses que l’on pour­rait re­gret­ter par la suite.

AU VO­LANT

D’ailleurs ça m’amène au point sui­vant. La conduite en état d’ébrié­té. On parle d’une éven­tuelle ré­gle­men­ta­tion qui por­te­rait le taux d’al­coo­lé­mie maxi­mal dans le sang à ,05 plu­tôt qu’à ,o8. C’est bien, fort bien.

Parce que de tuer quel­qu’un en ayant pris le vo­lant en bois­son, ça aus­si c’est d’en­trer dans sa bulle. C’est de pé­né­trer à trop grande vi­tesse dans la bulle de sa fa­mille, dans la bulle de la jus­tice et de la pri­son. On prend moins de bulles et ain­si, on es­père en­trer en san­té, et sur­tout en vie à la mai­son.

Ils ont été trop nom­breux en­core une fois pen­dant les va­cances de la construction à prendre la route et à ne ja­mais se rendre à des­ti­na­tion.

Un bi­lan ca­tas­tro­phique lié à la vi­tesse, aux dis­trac­tions au vo­lant, à l’al­cool. C’est d’une tris­tesse.

YANICK MI­CHAUD

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