Quit­ter dans une am­biance cha­leu­reuse et en toute di­gni­té

L'Etoile - - ACTUALITÉ -

C’est ce que réus­sit à faire le —SAN­TÉ per­son­nel de la Mai­son de soins pal­lia­tifs Vaudreuil-Soulanges et, chaque fois qu’une nou­velle per­sonne se trou­vant dans l’an­ti­chambre du pa­ra­dis y ar­rive, elle est ac­cueillie avec beau­coup de cha­leur, une cha­leur qui du­re­ra tout le temps du pas­sage de la per­sonne.

Ou­verte de­puis sept ans, la Mai­son de soins pal­lia­tifs Vaudreuil-Soulanges ac­cueille une dou­zaine de per­sonnes à la fois. La ma­jo­ri­té, soit 85 %, est at­teinte de can­cer et 15 % des autres csont on­si­dé­rées in­cu­rables.

CRI­TÈRES D’AD­MIS­SI­BI­LI­TÉ

Pour être ad­mise, outre le fait d’être une per­sonne ré­si­dente dans Vau­dreuilSou­langes et être hos­pi­ta­li­sée à l’hô­pi­tal ré­gio­nal du Su­roît ou de l’hô­pi­tal de Hawks­bu­ry, ou en­core trans­fé­rée de la liste d’at­tente de la Ré­si­dence de soins pal­lia­tifs de l’Ouest-de-l’Île, la per­sonne doit, donc, être at­teinte d’une ma­la­die in­cu­rable, évo­lu­tive et en phase ter­mi­nale, ayant un pro­nos­tic de moins de trois mois. Elle doit être in­for­mée que tous les trai­te­ments dis­po­nibles en vue de gué­rir ou de mo­di­fier le cours de la ma­la­die ne sont plus en­vi­sa­gés et fi­na­le­ment, elle ac­cepte et choi­sit li­bre­ment d’être ad­mise à la Mai­son de soins pal­lia­tifs et a si­gné un consen­te­ment éclai­ré (ou son re­pré­sen­tant lé­gal ou dé­si­gné, si, en rai­son de la ma­la­die, la per­sonne n’est pas en me­sure de consen­tir ou de si­gner).

Mais ce n’est pas seule­ment dès qu’une per­sonne est ad­mise que l’on com­mence à en prendre soin. « Même du­rant le pro­ces­sus pré­cé­dant l’ar­ri­vée de la per­sonne, il se fait beau­coup d’échanges, de dia­logues entre nous, la per­sonne et les membres de sa fa­mille ou son en­tou­rage, nous dit Mo­nique Sas­se­ville, in­fir­mière cli­ni­cienne et conseillère cli­nique à la Mai­son. Nous fai­sons évi­dem­ment le lien constam­ment avec l’équipe mé­di­cale qui s’oc­cupe du pa­tient. »

« On parle d’un gros tra­vail d’équipe », lance le Dr Syl­vie Du­fresne qui fait par­tie de l’équipe mé­di­cale de la Mai­son. Elle pré­cise qu’elle pro­digue éga­le­ment des soins pal­lia­tifs à do­mi­cile en plus de la Mai­son parce que cette der­nière de­meure une op­tion par­mi d’autres pour se pré­pa­rer au dé­part. « Elle de­vient une op­tion sé­rieuse lorsque les gens qui s’en oc­cupent, les ai­dants na­tu­rels, par exemple, ne sont plus en me­sure de le faire à do­mi­cile », jus­ti­fie le Dr Du­fresne. Il faut bien le dire, Vaudreuil-Soulanges dé­tient le meilleur taux de dé­cès à do­mi­cile avec 29 % (13 % au Qué­bec). « C’est le pa­tient qui dé­cide où il veut vivre ses der­niers mo­ments. Cer­taines per­sonnes, un conjoint ou une conjointe, pré­fèrent ne pas mou­rir à do­mi­cile parce qu’ils sentent qu’ils re­pré­sentent un poids pour la fa­mille », men­tionne Mo­nique Sas­se­ville qui ajoute que fré­quem­ment, la Mai­son ac­cueille des per­sonnes n’ayant pas de ré­seau et vive beau­coup de so­li­tude comme si la ma­la­die n’était pas suf­fi­sante.

RÔLE DES IN­TER­VE­NANTS

Le rôle des in­ter­ve­nants est prin­ci­pa­le­ment d’ai­der les per­sonnes à faire la dif­fi­cile prise de conscience de la fin pro­chaine de sa vie en lui per­met­tant de ver­ba­li­ser et ex­pri­mer li­bre­ment les sen­ti­ments et les émo­tions sou­le­vés par cette dure ré­flexion. Il faut, bien sûr, éta­blir un lien de confiance et par­fois, très ra­pi­de­ment. « Nous ac­cueillons les émo­tions des gens, po­si­tives ou né­ga­tives et leur fai­sons voir les belles choses », in­dique Mo­nique Sas­se­ville.

Dès l’ar­ri­vée de la per­sonne, c’est presque le dé­rou­le­ment du ta­pis rouge. « Il y a tou­jours une ou deux in­fir­mières pour les ac­cueillir et les ac­com­pa­gner jus­qu’à leur chambre. C’est es­sen­tiel qu’ils se sentent chez eux dès le dé­part in­cluant les membres de la fa­mille, car nous sou­te­nons éga­le­ment les membres de la fa­mille et l’en­tou­rage dans cette épreuve », pré­cise Mo­nique Sas­se­ville. « Nous les ac­cueillons comme des hu­mains de per­sonnes à part en­tière, pas comme des ma­lades », in­siste le Dr Du­fresne. Le dé­part est aus­si so­len­nel. « Ce­la fait une dif­fé­rence. Ils voient im­mé­dia­te­ment que c’est un lieu où l’on cé­lèbre la vie, pour­suit le Dr Du­fresne. Les per­sonnes ac­cueillies sont in­quiètes, ils sont dans l’in­con­nu. Ils se font une idée de la Mai­son comme d’un mou­roir. Quand ils constatent qu’il y ré­side une cha­leur, une ap­proche très très hu­maine ici, les in­quié­tudes font place à un sen­ti­ment de paix et de sé­cu­ri­té », as­sure-telle. Le Dr Du­fresne ajoute qu’une ap­proche pro­fes­sion­nelle ne veut pas dire qu’il ne se glisse des mots et des gestes de ten­dresse.

Cette der­nière tient à pré­ci­ser que des gens se font aus­si des idées fausses les soins pal­lia­tifs. « On s’adapte, on sou­lage, on les ac­com­pagne. On n’ac­cé­lère sur­tout pas le pro­ces­sus. Les soins pal­lia­tifs ont beau­coup évo­lué. Il faut les sou­la­ger tout en les gar­dant dans un état d’éveil afin qu’il conti­nue à pro­fi­ter de la vie », dit-elle tout en rap­pe­lant que la souf­france n’est pas que phy­sique. « Nous ne sommes pas là pour les ju­ger. Nous les pre­nons comme ils sont, peu im­porte leurs croyances, leurs opi­nions. Nous sommes tous là pour le bien-être des pa­tients et nous leur fai­sons sen­tir que cha­cun est unique », ra­conte Mo­nique Sas­se­ville.

La preuve? De­puis le dé­but, pas moins de 1150 pa­tients sont pas­sés par la Mai­son et… « Nous avons ac­cueilli 1150 per­sonnes, c’est 1150 his­toires dif­fé­rentes », sou­tient l’in­fir­mière.

Ar­ri­ver au bout du che­min de la vie est in­évi­table et par­fois, voire sou­vent, fort souf­frant. Mais heu­reu­se­ment, le pas­sage est beau­coup moins pé­nible avec des soins ap­pro­priés et ul­tra pro­fes­sion­nels, beau­coup d’at­ten­tion, de com­pré­hen­sion et de res­pect qui ac­com­pagne un dé­part em­preint d’une grande di­gni­té et de cha­leur hu­maine.

BÉ­NÉ­VOLES IN­DIS­PEN­SABLES

Sans l’ap­port des bé­né­voles, le tra­vail de l’équipe mé­di­cale se­rait beau­coup plus ar­du. « Les bé­né­voles sont très im­por­tants. Il y en a tou­jours un ou deux qui sont dé­diés aux soins. Ils re­çoivent une for­ma­tion adap­tée aux soins à pro­di­guer et contri­buent à re­haus­ser la qua­li­té de ces soins », énonce Mo­nique Sas­se­ville. S’ils ap­portent du bien aux per­sonnes qui sont ac­cueillies, tous, per­son­nel mé­di­cal comme les bé­né­voles, sortent gran­dis de leur ex­pé­rience. « Ce­la nous rend en­core plus hu­mains, plus com­pré­hen­sifs et fait que nous sommes moins por­tés à ju­ger », ex­prime-t-elle.

« Ac­tuel­le­ment, nous avons 23 bé­né­voles aux soins, en date du 20 juin 2017. Nor­ma­le­ment, nous en au­rions be­soin de 28 dif­fé­rents chaque se­maine pour com­bler tous les quarts. Pour le mo­ment, plu­sieurs des 23 bé­né­voles font plu­sieurs quarts de tra­vail pour com­bler le manque », fait re­mar­quer Jas­mine Shar­ma, di­rec­trice, com­mu­ni­ca­tions et dé­ve­lop­pe­ment phi­lan­thro­pique à la Fon­da­tion de la Mai­son de soins pal­lia­tifs.

« La pré­sence du coeur est plus si­gni­fi­ca­tive et thé­ra­peu­tique pour les per­sonnes concer­nées qu’un flot de pa­roles faus­se­ment ras­su­rantes », de conclure Mo­nique Sas­se­ville.

STÉ­PHANE FORTIER

PHO­TO STÉ­PHANE FORTIER

Mo­nique Sas­se­ville, in­fir­mière, le Dr An­déea Ian­cu et le Dr Syl­vie Du­fresne va­lo­risent beau­coup le tra­vail d’équipe.

PHO­TO­THÈQUE

Les der­niers mo­ments de la vie mé­ritent qu’on y ac­corde toute l’at­ten­tion du monde.

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