Ressasser de dou­lou­reux sou­ve­nirs

L'Etoile - - ACTUALITÉ -

Ça fait quand même plus —ÉDI­TO­RIAL de quatre ans.

Quatre ans de deuil, quatre ans d’an­goisse, quatre ans de sou­ve­nirs. Quatre ans à ten­ter de re­cons­truire ce qu’était le centre-ville de Mé­gan­tic avant le train mau­dit. Le train de l’en­fer. Quatre ans de­puis qu’un convoi de pé­trole, une bombe en de­ve­nir, a fon­cé, tous freins le­vés, en di­rec­tion de cette ville, de ce centre-ville, de ce bar, de cette fête, de cette lo­ca­li­té, de ce noyau tis­sé ser­ré de gens qui ré­si­daient dans un lieu quiet et pai­sible.

Une dé­fla­gra­tion et tout s’en­vole, part en fu­mée.

Une dé­so­la­tion. Il ne reste que des gra­vats et des sou­ve­nirs.

Puis quatre ans plus tard, un long quatre ans plus tard, 1520 jours en­vi­ron, on amorce un pro­cès qui se­ra long et fort mé­dia­ti­sé. Un pro­cès qui amè­ne­ra au banc des ac­cu­sés le mé­ca­ni­cien, un res­pon­sable de la com­pa­gnie et le contrô­leur fer­ro­viaire.

Mais un pro­cès où on ne ver­ra pas le pro­prié­taire de cette com­pa­gnie mau­dite. Le pro­prié­taire de ce train qui a tué 47 per­sonnes ce soir là. Et qui a anéan­ti de nom­breuses fa­milles par le fait même. Qui a fait des or­phe­lins, des pa­rents qui ont per­du, deux, trois, quatre membres de leurs fa­milles. Un fils, une fille, des brus. Des ma­ris, des femmes, dis­pa­rus. Il semble s’en être ti­ré. De ce pro­cès au cri­mi­nel. Qui fe­ra mal. Qui ra­vi­ve­ra des plaies brû­lantes.

Un pro­cès au cri­mi­nel au cours du­quel des ex­perts ten­te­ront d’ex­pli­quer ce qui s’est pas­sé lors de ce week-end fu­neste. Les fa­milles, ceux qui res­tent, sui­vront les pro­cé­dures, qui durent de­puis quatre ans et en ap­pren­dront peut-être un peu plus sur ce qui s’est pas­sé. Qu’estce qui a pro­vo­qué ce bra­sier mor­tel.

AVANT ET APRÈS

Si je parle au­jourd’hui de Mé­gan­tic, c’est parce que j’ai eu l’oc­ca­sion de voir cette mu­ni­ci­pa­li­té l’hi­ver der­nier.

Lors d’un re­por­tage qui nous a per­mis de par­cou­rir une par­tie du Qué­bec, j’ai mis les pieds pour la pre­mière fois dans cet en­droit qui, un jour, a dû être ma­gni­fique. Un en­droit quiet et pai­sible. Mais un en­droit qui au­jourd’hui est am­pu­té. Une ville dans la­quelle il manque une par­tie d’une âme. Une plaie béante, une ci­ca­trice ou­verte.

Et on res­sent cette tris­tesse. Ce manque. On sent la brû­lure vive. Mais Mé­gan­tic de­meure un en­droit beau. Je n’ose ima­gi­ner ce que c’était avant. Une mu­ni­ci­pa­li­té comme celle que nous avons dans Vaudreuil-Soulanges. Un en­droit ani­mé, co­lo­ré, un beau lieu cultu­rel, spor­tif.

En­vo­lé. Par­ti en fu­mée.

Et ce pro­cès qui ne ré­gle­ra que peu de choses. Qui ne ra­mè­ne­ra pas la vie. Ce sont les gens de Lac-Mé­gan­tic, grâce à leur force, leur cou­rage, leur ré­si­lience, qui per­met­tront de faire re­vivre cet en­droit. De dé­cou­vrir l’en­droit où se terre le phé­nix. Ce­lui qui re­naî­tra de ses cendres et qui per­met­tra non pas d’ou­blier, mais de pan­ser les plaies. De mettre un baume sur cette dou­leur qui de­meure vive, même quatre ans plus tard. Un très long quatre ans.

J’ai par­lé à des gens de cette com­mu­nau­té. J’ai vu leurs yeux. Et j’ai res­sen­ti leur peine. Leur fu­reur.

Je sou­haite bonne chance aux gens de Lac-Mé­gan­tic qui de­vront re­vivre ces mo­ments, en image, en mots, en pro­cé­dures. Je sou­haite qu’après, Lac-Mé­gan­tic res­sur­gisse et fasse la paix avec ce pas­sé. Ces ex­plo­sions, ces flammes qui ne s’ef­fa­ce­ront pas, mais qui peuvent être en­se­ve­lies sur des mo­ments à ve­nir qui se­ront en­core plus mer­veilleux.

— YANICK MI­CHAUD

Cette pho­to de ma col­lègue Lau­re­line, prise à Lac-Mé­gan­tic l’hi­ver der­nier, montre ce qu’il n’y a plus à cet en­droit. Un trou béant, une plaie. On res­sent quelque chose quand on y est. Et on sou­haite que les gens de là-bas en sortent plus forts. Ce pro­cès ra­vi­vra des plaies mais ré­pon­dra à des ques­tions. Bonne chance. PHO­TO LAU­RE­LINE BA­RIL-BOIS­CLAIR

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.