Re­nais­sance de Mont-royal

Dix ans après le ré­fé­ren­dum sur la dé­fu­sion

L'Express d'Outremont - - MONT-ROYAL - Ma­rie-pier Ga­gné

Dix ans après le ré­fé­ren­dum sur les dé­fu­sions, le maire et les ci­toyens de Ville Mont-Royal n’ont que très peu de re­grets. Sen­ti­ment d’ap­par­te­nance so­lide, plus grande li­ber­té et ges­tion plus sage des fi­nances pu­bliques, la dé­fu­sion a com­plè­te­ment chan­gé l’image de la ville.

«Des re­grets? Non. Tout ça a été une bonne chose», lance d’em­blée l’ac­tuel maire de Ville Mont-Royal, Phi­lippe Roy.

Si Mont-Royal est re­de­ve­nue une ville of­fi­ciel­le­ment en 2006, c’est le 20 juin 2004 que les ci­toyens ont vo­té pour leur in­dé­pen­dance. Lors du ré­fé­ren­dum sur le dé­mem­bre­ment de Mon­tréal, le vote pour la sé­pa­ra­tion de­vait at­teindre 50% + 1 des élec­teurs et re­pré­sen­ter au moins 35% des élec­teurs ins­crits. Mont-Royal a ob­te­nu sa sé­pa­ra­tion de la ville de Mon­tréal avec une ma­jo­ri­té de 81,19%, re­pré­sen­tant 41,69% des élec­teurs ins­crits.

Se­lon le maire Roy, cette sé­pa­ra­tion a chan­gé Mont-Royal du tout au tout. «Les dix der­nières an­nées ont été dif­fi­ciles pour Mon­tréal à plu­sieurs ni­veaux, sou­ligne-t-il. Pour nous, elles ont été plu­tôt bonnes, elles nous ont per­mis de se re­bâ­tir en tant que ville. On a re­trou­vé notre au­to­no­mie.»

L’un des prin­ci­paux points po­si­tifs de cette dé­fu­sion, se­lon Phi­lippe Roy, a été de re­com­men­cer à gé­rer plus sa­ge­ment et sai­ne­ment les fi­nances pu­bliques. « Quand on a quit­té Mon­tréal, on avait beau­coup de dettes, ex­plique-t-il. On a re­pris le contrôle et main­te­nant, on a un peu plus de 15 M$ de sur­plus dans notre bud­get, en tout et par­tout.»

Pas au­to­nome à 100%

Se­lon le maire, l’un des seuls points né­ga­tifs à la dé­fu­sion est que Mont-Royal n’a ja­mais re­trou­vé son au­to­no­mie en to­ta­li­té.

«Par exemple, on sent qu’on n’a pas tel­le­ment de pou­voirs lors de la te­nue des conseils d’ag­glo­mé­ra­tion de la Ville de Mon­tréal, qui ras­semblent les élus de la Ville de Mon­tréal et

Les dix der­nières an­nées ont été plu­tôt bonnes pour Ville Mont-Royal. Elles nous ont per­mis de se re­bâ­tir en tant que ville.

Phi­lippe Roy, maire

ceux des villes dé­fu­sion­nées, ex­plique-t-il. On doit se plier aux dé­ci­sions de Mon­tréal, même si on ne lui ap­par­tient plus, parce que les votes de leurs élus ont plus de poids que les nôtres.»

C’est que lors de la te­nue de ce type de conseils, les re­pré­sen­tants de la Ville de Mon­tréal dé­tiennent en­vi­ron 87% des votes, tan­dis que ceux des 15 villes re­cons­ti­tuées en ont col­lec­ti­ve­ment en­vi­ron 13%.

«C’est une in­jus­tice qu’on dé­fend sans cesse, on n’est pas tel­le­ment fiers de ça», conti­nue Phi­lippe Roy.

Opé­ra­tion cen­tra­li­sa­tion

Mais mal­gré tout, dans les der­niers jours, les ré­si­dents de Ville Mont-Royal se sont ré­jouis de ne plus faire par­tie de Mon­tréal. La ré­forme de cen­tra­li­sa­tion, pro­po­sée le 8 juillet par l’ad­mi­nis­tra­tion Co­derre, leur a «rap­pe­lé qu’ils avaient fait le bon choix», se­lon Mar­tine Frank, une ci­toyenne in­ter­ro­gée par L’Ex­press. Cette ré­forme, qui vise à concen­trer plus de pou­voirs à la ville centre, pré­voit que les bud­gets des ar­ron­dis­se­ments se­ront éta­blis se­lon des cal­culs bien pré­cis, à la suite des­quels plu­sieurs ar­ron­dis­se­ments se re­trou­ve­ront per­dants, dont Ou­tre­mont qui ver­ra son bud­get être am­pu­té de 20%. «C’est dans ces mo­ments-là qu’on est contents d’avoir vo­té pour la dé­fu­sion, ex­prime Thier­ry Ver­ville, un autre Mon­te­rois. Ça nous rap­pelle qu’on ne peut ja­mais être mieux gé­ré que par soi-même.» De son cô­té, le maire Phi­lippe Roy n’a pas vou­lu com­men­ter cette ré­forme, ne vou­lant pas «ju­ger le travail des élus mon­tréa­lais.» «C’est sûr qu’on est sou­la­gés. Di­sons sim­ple­ment que la cen­tra­li­sa­tion, ce n’est pas tou­jours la so­lu­tion», a-t-il sim­ple­ment conclu.

(Lire autre texte en page 4)

«On a dû ré­ta­blir chez nos ci­toyens la fier­té col­lec­tive qui avait été ébran­lée par la fu­sion.

C'était un grand, mais beau dé­fi.» - John Miller, conseiller mu­ni­ci­pal de­puis 1991

(Pho­to TC Me­dia - Ar­chives)

Phi­lippe Roy croit que la dé­fu­sion n’a qu’ai­dé Ville Mont-Royal à se re­bâ­tir à sa fa­çon.

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