« Les po­li­ti­ciens passent, mais la ville reste » - Di­nu Bum­ba­ru

L'Express d'Outremont - - CULTURE - ANDRÉANNE CHE­VA­LIER an­dreanne.che­va­lier@jour­nal­me­tro.com

Le livre s’ap­pelle Pro­me­nade dans le pas­sé de Mon­tréal. Quelle est l’im­por­tance pour vous de la no­tion de pro­me­nade ?

J’y tiens beau­coup parce qu’on n’est pas dans un che­mi­ne­ment scien­ti­fique ou dans un rap­port du gou­ver­ne­ment. On est dans une dé­am­bu­la­tion. On se pro­mène dans le stock de pho­tos.

On a es­sayé d’or­ga­ni­ser les pho­tos, mais sans trop le faire. Il y a un peu de flâ­nage au­quel on in­vite les gens. Sur cer­taines pho­tos, on pour­rait pas­ser des heures ; on voit des por­traits qui nous montrent qu’il y avait une vie ur­baine ty­pi­que­ment mon­tréa­laise jusque dans les an­nées 1970. D’autres pho­tos sont un peu plus do­cu­men­taires, ce sont des vues aé­riennes des grands chan­tiers. On passe d’un su­jet à l’autre, mais sans faire du coq à l’âne.

Qu’avez-vous ap­pris sur Mon­tréal pen­dant le pro­ces­sus ?

À tra­vers ces pho­tos, on voit comment il y a une crois­sance, une éner­gie constante à Mon­tréal, mais qui se ma­ni­feste par à-coups. On voit qu’il y a eu des grandes pé­riodes de chan­tiers, comme dans les an­nées 1930. Beau­coup des quar­tiers qu’on consi­dère les quar­tiers tra­di­tion­nels de Mon­tréal ont été bâ­tis dans les an­nées 1930, avec l’ex­ten­sion des ré­seaux de tram­way. On voit le chan­ge­ment ra­pide du pay­sage ur­bain, pas­sant Di­nu Bum­ba­ru

des champs aux tri­plex. On a eu ça aus­si après la Deuxième Guerre mon­diale ; les grands chan­tiers, les aé­ro­ports, les in­fra­struc­tures qui se dé­ve­loppent. Et dans les an­nées 1970, on a vu que les grands chan­tiers com­men­çaient à coû­ter cher en pa­tri­moine mont­réa­lais. C’était des dé­mo­li­tions mas­sives. Mais ces grandes pé­riodes servent d’in­di­ca­teurs pour com­prendre les époques de pa­tri­moine ar­chi­tec­tu­ral.

L’autre chose, c’est l’ar­ri­vée de l’au­to­mo­bile. L’idée d’un trans­port in­di­vi­duel, la li­ber­té per­son­nelle de se dé­pla­cer, mais aus­si les consé­quences que ça a sur le ter­ri­toire. Ça prend des autoroutes, du sta­tion­ne­ment. On voit le sta­tion­ne­ment qui en­va­hit tout.

Un der­nier élé­ment, c’est de voir à quel point on avait énor­mé­ment de bâ­tis qui étaient l’oeuvre des ar­ti­sans, pas de la construc­tion à la ma­chine. Dans les an­nées 1920-1930, il y avait les me­nui­siers, les fer­ron­niers, les fer­blan­tiers, les ma­çons… On voit comment il y a avait une pré­sence hu­maine. On peut voir comment une ville se bâ­tit par ses ar­ti­sans, par ses oc­cu­pants.

En quoi le fait qu’il s’agisse de pho­tos de presse in­fluence le conte­nu du livre ?

Si on prend, par exemple, les ar­chives pho­to­gra­phiques Not­man, leur vo­ca­tion était de dres­ser un por­trait d’une so­cié­té in­dus­trielle au 19e et dé­but 20e. Quand on consulte des ar­chives gou­ver­ne­men­tales du Qué­bec ou de la Ville, ce sont des pho­tos que le gou­ver­ne­ment a choi­si de pro­duire.

Ici, on est dans une pho­to­gra­phie de dia­logue entre des jour­na­listes, des évé­ne­ments, des lieux et la po­pu­la­tion. La va­leur ci­vique de ces pho­tos est par­ti­cu­liè­re­ment in­té­res­sante.

Sou­vent, les nou­veaux pro­jets ur­bains peuvent dé­ran­ger ou se faire au dé­tri­ment de cer­taines po­pu­la­tions ou de cer­taines lieux. Est-ce qu’il y a moyen de sa­voir si ceux-ci vont être heu­reux ?

Il faut avoir confiance. On ne peut pas juste avan­cer la crainte à l’âme. Le gros pro­blème, c’est que les gens prennent beau­coup de dé­ci­sions avec très peu de temps pour re­gar­der les choses.

Je pense que ça se­rait un livre in­té­res­sant pour tous les conseillers mu­ni­ci­paux. 2017 est une an­née élec­to­rale, ce n’est pas juste une pé­riode d’an­ni­ver­saires avec des feux d’ar­ti­fices. Comment est-ce qu’on en­vi­sage les pro­chaines an­nées ? Quand on s’in­té­resse au pa­tri­moine, on réa­lise qu’on peut faire des gaffes col­lec­ti­ve­ment, mais on peut aus­si ac­com­plir des grandes choses. Et les grandes choses ne sont pas tou­jours celles qu’on croit. L’in­ven­tion de la ruelle mon­tréa­laise, l’es­ca­lier mont­réa­lais ; il n’y a pas un maire qui peut ré­cu­pé­rer ça po­li­ti­que­ment. Par contre, c’est très iden­ti­taire.

Pour l’en­tre­vue com­plète : jour­nal­me­tro.com

EN LI­BRAI­RIE Pro­me­nade dans le pas­sé de Mon­tréal Édi­tions La Presse

(Pho­to : TC Me­dia – Ma­rio Beau­re­gard)

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.