Sur les traces d’une femme de lettres

L'Express d'Outremont - - CULTURE - FRÉ­DÉ­RIC LA­CROIX-COU­TURE fre­de­ric.la­croix-cou­ture@tc.tc

LIT­TÉ­RA­TURE. Une Ou­tre­mon­taise re­trace dans un livre tout ré­cem­ment pu­blié les écrits de Louise d’Épi­nay, consi­dé­rée comme l’une des pre­mières femmes jour­na­listes au monde. Elle a ré­di­gé des textes pour un pé­rio­dique clan­des­tin du 18e siècle ap­pré­cié par les princes de l’époque, no­tam­ment pour les po­tins.

Dans son livre Les cor­res­pon­dances lit­té­raires de Louise d’Épi­nay , Mé­lin­da Ca­ron offre une cri­tique des textes de cette écri­vaine fran­çaise, fille d’un noble, ayant cô­toyée de grands phi­lo­sophes tels que Jean-Jacques Rous­seau. Elle a fait par­tie du «Dic­tion­naire des jour­na­listes (1600-1789) ».

« Les écrits jour­na­lis­tiques de Mme d’Épi­nay, on les connais­sait un peu, mais on ne les avait ja­mais étu­diés en pro­fon­deur », af­firme la pro­fes­seure en lettres fran­çaises à l’Uni­ver­si­té Con­cor­dia, qui a pas­sé les 15 der­nières an­nées à ana­ly­ser l’oeuvre de cette femme née en 1726.

C’est lors de son mé­moire à la maîtrise en lit­té­ra­ture que Mé­lin­da Ca­ron s’est in­té­res­sée à Mme d’Épi­nay et de la place qu’elle a oc­cu­pée au sein de l’élite. Son tra­vail de re­cherche s’est pour­sui­vi au doc­to­rat et le tout est ras­sem­blé main­te­nant dans un livre de 346 pages.

PO­TINS

Les écrits sé­lec­tion­nés pour son ouvrage sont ceux pu­bliés dans Cor­res­pon­dance lit­té­raire, des feuilles ma­nus­crites pro­duites dans le plus grand se­cret à Pa­ris de 1748 à 1793. Ce pé­rio­dique comp­tait une dou­zaine d’abon­nés, tous des princes eu­ro­péens vi­vant à l’ex­té­rieur de la France.

« Ce qui m’in­té­resse, c’est de voir com­ment les textes ont per­mis de créer des liens entre eux parce que les ré­dac­teurs ne les voyaient ja­mais. J’ana­lyse aus­si com­ment ces écrits ont gar­dé une mé­moire de la vie so­ciale de l’époque», men­tionne Mme Ca­ron.

Ces feuillets conte­naient éga­le­ment des po­tins écrits par les ré­dac­teurs.

« Comme c’était clan­des­tin, le conte­nu ne pas­sait pas par la cen­sure. Donc, on pou­vait cri­ti­quer un peu ce qui se pas­sait en France. Il y avait aus­si des cri­tiques de spec­tacles et d’ou­vrages, mais il y avait par­fois des ra­gots sur les uns et les autres », rap­porte l’Ou­tre­mon­taise.

Les po­tins ne concer­naient pas né­ces­sai­re­ment les princes, mais pou­vaient plu­tôt se rap­por­ter aux der­nières fo­lies d’un proche d’un des ré­dac­teurs ou en­core des lettres in­times d’une ac­trice.

Se­lon Mme Ca­ron, ces anec­dotes étaient d’ailleurs une fa­çon pour les au­teurs de créer un rap­pro­che­ment avec les princes.

ÉDU­CA­TION

De son cô­té, Louise d’Épi­nay écri­vait sous le cou­vert de l’ano­ny­mat des poèmes, des dia­logues phi­lo­so­phiques et des cri­tiques de théâtre, entre autres.

Si elle a d’abord su se tailler une place im­por­tante en lit­té­ra­ture en rai­son de ses contacts avec des personnalités in­fluentes, Mme d’Épi­nay s’est dé­mar­quée pour ses idées en ma­tière d’édu­ca­tion, re­late Mme Ca­ron.

«Elle va­lo­ri­sait l’ap­port de la vie quo­ti­dienne pour for­mer l’en­fant, et non, leur im­po­ser un sys­tème», men­tionne l’au­teure de 39 ans.

Louise d’Épi­nay a d’ailleurs pu­blié Les con­ver­sa­tions d’Émi­lie, un dia­logue mère-fille trai­tant d’édu­ca­tion, qui a mar­qué la pen­sée pé­da­go­gique au 18e siècle, en France.

Mme Ca­ron dé­die aus­si un cha­pitre de son livre aux échanges de lettres entre Mme d’Épi­nay et l’éco­no­miste ita­lien Fer­di­nan­do Ga­lia­ni.

(Pho­to: TC Me­dia – Pa­trick Si­cotte)

Mé­lin­da Ca­ron pré­sente un ouvrage aca­dé­mique sur les écrits d’une femme de lettres qui mar­qué la France du 18e siècle.

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