Le prix du bi­lin­guisme

Étude de l’ins­ti­tut Fra­ser

L'Express Ottawa - - ACTUALITÉS - Ben­ja­min Va­chet

Les conclu­sions d’une étude de l’ins­ti­tut Fra­ser, ré­vé­lées par les mé­dias en dé­but de se­maine, n’ont pas lais­sé in­sen­sible la com­mu­nau­té fran­co­phone de la ré­gion.

L’étude ré­vèle que le bi­lin­guisme coûte 2,4 mil­liards $ aux contri­buables chaque an­née à l’échelle du Ca­na­da, dont 1,5 mil­liards $ sont fi­nan­cés par le gou­ver­ne­ment fé­dé­ral et le reste par les pro­vinces. En On­ta­rio, ce­la re­pré­sente une somme de 621 mil­lions $ pour as­su­rer des ser­vices en fran­çais à la mi­no­ri­té lin­guis­tique, soit 52 $ par ci­toyen.

L’as­sem­blée de la fran­co­pho­nie de l’on­ta­rio (AFO) s’est émue des sous-en­ten­dus de ce rap­port.

« Cette étude vient se­mer le doute sur la va­leur de notre bi­lin­guisme au Ca­na­da et l’ap­port de notre com­mu­nau­té fran­co­phone à la so­cié­té ci­vile on­ta­rienne. C’est in­ac­cep­table ! Nous sommes des ci­toyens à part en­tière et contri­buons plei­ne­ment au dé­ve­lop­pe­ment de la pro­vince de l’on­ta­rio. L’ap­proche de cette étude faite sous un angle pu­re­ment éco­no­mique et pré­co­ni­sant la pri­va­ti­sa­tion des ser­vices, no­tam­ment en édu­ca­tion post­se­con­daire, nous semble to­ta­le­ment dé­ca­lée par rap­port à la réa­li­té dans notre pro­vince », a dé­cla­ré De­nis Vaillan­court, le pré­sident de L’AFO.

La mi­nistre dé­lé­guée aux Af­faires fran­co­phones et dé­pu­tée d’ot­ta­wa-va­nier, Ma­de­leine Meilleur a ques­tion­né la per­ti­nence de l’étude.

« Il y a des brèches dans ce rap­port. Les chiffres évo­qués, no­tam­ment, concer­nant le nombre de Fran­co­phones dans la pro­vince, sont in­exacts. Il en manque 100 000 ! Le fran­çais est notre hé­ri­tage et nous al­lons cé­lé­brer les 400 ans de la pré­sence fran­co­phone en On­ta­rio. Je me pose la ques­tion de l’ob­jec­tif qui est vi­sé ? L’ins­ti­tut Fra­ser est un or­ga­nisme proche de la droite, il sug­gère de privatiser cer­tains ser­vices en fran­çais, mais ce n’est pas la route que nous vou­lons prendre. Nous vou­lons of­frir les mêmes ser­vices pour les deux com­mu­nau­tés ».

Les pré­misses de cou­pures bud­gé­taires ?

À la veille du dé­pôt du rap­port Drum­mond et l’an­nonce d’éven­tuelles com­pres­sions bud­gé­taires par le gou­ver­ne­ment Mc­guin­ty, L’AFO es­père que l’étude ne ser­vi­ra pas de pré­texte pour re­mettre en ques­tion le fi­nan­ce­ment de l’of­fice des af­faires fran­co­phones, du Com­mis­sa­riat aux ser­vices en fran­çais et de la Té­lé­vi­sion fran­co­phone en On­ta­rio, no­tam­ment, dont il faut, au contraire, se­lon l’or­ga­nisme, « aug­men­ter les bud­gets ».

« Au­jourd’hui, l’on­ta­rio fran­çais fait face à une dé­mo­gra­phie évo­lu­tive, no­tam­ment avec les ap­ports de l’im­mi­gra­tion fran­co­phone, et sur le ter­rain, et les ser­vices sont en­core loin de ré­pondre adé­qua­te­ment aux be­soins des fran­co­phones ».

Le porte-pa­role de l’op­po­si­tion aux Af­faires fran­co­phones à Queen’s Park, Pe­ter Shur­man, a ré­pon­du dans un cour­riel à la de­mande d’en­tre­vue adres­sée par L’ex­press.

« Notre par­ti pense que les On­ta­riens mé­ritent d’avoir le maxi­mum pour chaque dol­lar dé­pen­sé par leur gou­ver­ne­ment. C’est pour­quoi nous avons de­man­dé une ré­vi­sion de tous les pro­grammes dans les­quels le gou­ver­ne­ment Mc­guin­ty dé­pense l’ar­gent des payeurs de taxe. Nous pen­sons que des éco­no­mies peuvent et doivent être faites. Ce­la per­met­trait de ga­ran­tir que l’ar­gent de ces pro­grammes soit dé­pen­sé ef­fi­ca­ce­ment et, dans le cas des ser­vices en fran­çais, que les gas­pillages soient éli­mi­nés, tout en ga­ran­tis­sant à la com­mu­nau­té fran­co­phone de l’on­ta­rio que son sta­tut par­ti­cu­lier est à la fois consi­dé­ré et re­con­nu ».

Mme Meilleur sou­haite at­tendre le dé­pôt du bud­get pour ré­pondre à la ques­tion de sa­voir si les ser­vices en fran­çais se­ront concer­nés par des cou­pures, mais elle ré­pète l’im­por­tance d’in­ves­tir.

« L’étude que de­vrait me­ner l’ins­ti­tut Fra­ser, c’est plu­tôt de sa­voir ce qu’il en coû­te­rait si nous n’avions pas les ser­vices en fran­çais. Si les Fran­co­phones étaient mal soi­gnés, ne pou­vaient s’épa­nouir à l’école et de­vaient vivre dans la pau­vre­té et avec l’aide so­ciale ? L’in­ves­tis­se­ment dans les ser­vices en fran­çais ga­ran­tit des em­plois de qua­li­té et de l’ac­ti­vi­té éco­no­mique. Nous for­mons une main d’oeuvre bi­lingue, qui peut ré­pondre aux be­soins en ma­tière de tourisme, dont notre plus grand mar­ché est le Qué­bec. Les in­ves­tis­se­ments que nous avons me­nés portent leurs fruits ».

Pho­to : uti­li­sa­tion au­to­ri­sée

L’ins­ti­tut Fra­ser chiffre le coût du bi­lin­guisme à 621 mil­lions $ en On­ta­rio.

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