Éloge de la dé­si­gna­tion

Loi sur les ser­vices en fran­çais

L'Express Ottawa - - ACTUALITÉS - Ben­ja­min Va­chet

La Ci­té col­lé­giale ré­flé­chit ac­tuel­le­ment à la pos­si­bi­li­té de de­man­der la dé­si­gna­tion en ver­tu de la Loi sur les ser­vices en fran­çais (LSF). De­puis 2009, le Col­lège Bo­réal a fran­chi le pas et se­lon son pré­sident, il ne le re­grette pas.

« Ber­nard Grand­maître (ins­ti­ga­teur de la LSF – ndlr) a cou­ra­geu­se­ment tra­cé le che­min, ce se­rait une er­reur pour la fran­co­pho­nie de ne pas uti­li­ser les ou­tils mis à notre dis­po­si­tion. Sans la dé­si­gna­tion, les ins­ti­tu­tions res­tent vul­né­rables ».

C’est en sub­stance le mes­sage qu’a dé­li­vré le pré­sident de l’ins­ti­tu­tion post­se­con­daire de Sud­bu­ry, De­nis Hu­bert-du­tri­sac, lors du col­loque de no­vembre sur les 25 ans de la Loi sur les ser­vices en fran­çais (LSF).

Trois ans après que le Col­lège Bo­réal ait mon­tré la voie, es­pé­rant sus­ci­ter un ef­fet d’en­traî­ne­ment, il reste déses­pé­ré­ment le pre­mier et seul éta­blis­se­ment post­se­con­daire dé­si­gné sous la LSF.

Pour­tant, à en croire le pré­sident de l’éta­blis­se­ment de­puis 2006, les avan­tages sont nom­breux pour qui s’af­fiche of­fi­ciel­le­ment en fran­çais.

« Je suis un Fran­co-on­ta­rien fier de mes ori­gines. La dé­si­gna­tion avait donc d’abord un as­pect sym­bo­lique, c’était un geste politique. Mais elle nous a éga­le­ment don­né une cer­taine no­to­rié­té au­près de la com­mu­nau­té fran­co­phone ».

Fon­dé en 1995, le Col­lège Bo­réal compte sept cam­pus ré­par­tis dans la pro­vince et 36 points de ser­vice ins­tal­lés dans 24 villes à tra­vers l’on­ta­rio. Les cinq der­nières an­nées, il a en­re­gis­tré une crois­sance de son taux d’ins­crip­tion de 22 %.

Se pré­mu­nir contre l’in­con­nu

Au-de­là de cet avan­tage pro­mo­tion­nel non né­gli­geable, M. Hu­bert-du­tri­sac n’ou­blie pas que la dé­si­gna­tion a contri­bué à la sta­bi­li­té bud­gé­taire du Col­lège Bo­réal et four­nit dé­sor­mais un bou­clier ef­fi­cace contre d’éven­tuelles cou­pures ou ré­duc­tions de pro­grammes et ser­vices.

« Quand on voit l’étude me­née par l’ins­ti­tut Fra­ser et ces ana­lyses qui re­viennent de ma­nière cy­clique sur le coût des ser­vices en fran­çais, on se doit de pen­ser au fu­tur. En ob­te­nant la dé­si­gna­tion, nous avons des obli­ga­tions mais aus­si une pro­tec­tion qua­si consti­tu­tion­nelle. Le gou­ver­ne­ment doit nous don­ner les res­sources et les ou­tils pour ac­com­plir notre mis­sion. On ne sait ja­mais com­ment évo­lue­ra un conseil d’ad­mi­nis­tra­tion 50 ans plus tard, ni ce qui pour­rait se pas­ser avec un gou­ver­ne­ment moins fa­vo­rable à la fran­co­pho­nie à Queen’s Park. Comme l’a dit Maître Ca­za, c’est en grande par­tie grâce à sa dé­si­gna­tion que l’hô­pi­tal Mont­fort a réus­si à ré­sis­ter à l’at­taque lan­cée contre lui par le gou­ver­ne­ment Har­ris. Au­jourd’hui, la dé­si­gna­tion pro­tège l’ave­nir de notre col­lège ».

Ba­layant d’un re­vers de la main les craintes avan­cées de pour­suites par les étu­diants ou leurs pa­rents, le pré­sident du Col­lège Bo­réal y voit même plu­tôt un avan­tage, pré­ci­sant tou­te­fois qu’au­cun in­ci­dent n’est in­ter­ve­nu de­puis la dé­si­gna­tion.

« Nous de­vons four­nir des ser­vices de qua­li­té en fran­çais. C’est notre man­dat et je ne vois pas de pro­blème à ce qu’une per­sonne puisse sou­le­ver des man­que­ments si elle en ob­serve. Je ne crains pas d’être re­de­vable, au contraire ».

À La Ci­té col­lé­giale, le ser­vice des com­mu­ni­ca­tions ex­plique que le dos­sier est en­core à l’étude. « Nous tra­vaillons en­core des­sus. Une dé­ci­sion de­vrait in­ter­ve­nir d’ici deux mois », sou­ligne l’éta­blis­se­ment.

Se­lon le té­moi­gnage du Col­lège Bo­réal, l’ins­ti­tu­tion post­se­con­daire d’ot­ta­wa au­rait tout à y ga­gner.

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