Na­tha­lie Ber­trand, une fille par­mi les gars

L'Express Ottawa - - SPORTS - Ca­the­rine Kitts

Na­tha­lie Ber­trand se consi­dère comme étant « juste un des gars de son équipe », au moins quand il s’agit de hockey. Elle joue au poste de gar­dien, seule femme par­mi 66 joueurs de la plus an­cienne ligue ré­créa­tive mas­cu­line d’ot­ta­wa, la Ligue de hockey ré­créa­tif de Cum­ber­land.

« J’adore ça », dit-elle d’un sport qu’elle n’avait ja­mais eu la chance de pra­ti­quer au­pa­ra­vant. « Quand j’étais plus jeune, il n’était pas pos­sible pour les filles de jouer au hockey. Il ne nous res­tait que la rin­guette ».

C’est donc ce qu’elle a fait. De­puis 36 ans, la jeune femme pra­tique la rin­guette. Et, il y a cinq ans, elle a fi­na­le­ment pu re­joindre le monde du hockey.

En dis­cu­tant avec quelques-uns des joueurs de la ligue aux abords de l’aré­na, elle a pro­po­sé ses ser­vices comme gar­dien rem­pla­çant. Après un vote, la ligue a dé­ci­dé de lui lais­ser sa chance, et Na­tha­lie Ber­trand n’ pas lais­sé pas­ser l’oc­ca­sion.

Au­jourd’hui, elle ex­plique tel­le­ment ai­mer le hockey qu’elle ré­flé­chit même à aban­don­ner to­ta­le­ment la rin­guette. Mais se­lon elle, cette dé­ci­sion se­rait un vé­ri­table crève-coeur pour sa mère.

« Elle a as­sis­té à tous les matchs que j’ai dis­pu­tés pen­dant 36 ans. Et puis, une ma­man n’aime pas trop voir sa pe­tite fille jouer à un sport aus­si violent dans une ligue d’hommes ».

Si le hockey avait été mis à sa dis­po­si­tion quand elle était plus jeune, elle reste tou­te­fois per­sua­dée qu’elle au­rait su convaincre sa mère de la lais­ser jouer.

Une femme re­mar­quable

Dé­sor­mais, elle s’est fa­mi­lia­ri­sée avec un sport plus ra­pide et à des règles bien dif­fé­rentes. Il lui a donc fal­lu s’adap­ter.

« En rin­guette, il y a une dis­tance li­mite que tu ne peux pas fran­chir. En 30 an­nées de jeu, je n’ai ja­mais été tou­chée. Mais tout d’un coup, j’ai eu des bâ­tons dans le vi­sage, des gens juste der­rière moi… Il m’a fal­lu un peu de temps pour m’ajus­ter ».

Mme Ber­trand ra­conte que les gars de son équipe ont su fait preuve de pa­tience et sur­tout, qu’ils l’ont ra­pi­de­ment trai­tée comme l’un des leurs.

« Je n’ai ja­mais en­ten­du un com­men­taire gros­sier, dit-elle. Pas une seule fois ! ».

En fait, un de ses par­te­naires loue la té­na­ci­té de la gar­dienne.

« C’est une femme re­mar­quable », dé­clare son co­équi­pier, Bob Haynes.

Même si la ligue in­ter­dit les slap­shots, Mme Ber­trand dit en avoir ex­pé­ri­men­tés. Elle s’en sou­vient en­core.

« Mais une fois que tu a re­çu quelques ron­delles dans le casque, tu t’ha­bi­tues, dit-elle. Ça ne fait pas mal ».

L’équipe de Mme Ber­trand, les Black Hawks, pointe en avant-der­nière po­si­tion ac­tuel­le­ment. Ce­pen­dant, elle reste op­ti­miste, ex­pli­quant que chaque par­tie ne tient qu’à un ou deux buts près et qu’elle tient bien sa place dans les cages.

« Comme n’im­porte quelle ath­lète, quelque soit le sport, une fois que je suis dans mon match, ça n’a pas d’im­por­tance contre qui je joue ».

Une seule dif­fé­rence de­meure tou­te­fois, c’est qu’avant comme après la par­tie, elle se change toute seule de son cô­té.

« Par­fois, j’ai du mal à me sou­ve­nir des noms des gars, car je ne traîne pas dans leurs vestiaires, plai­sante-t-elle. Mais ils s’ar­rangent tou­jours pour que je ne me sente pas ex­clue ».

Pho­to: Tim Le­bras­seur

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