Bud­get de l’on­ta­rio 2013: la fran­co­pho­nie brille par son ab­sence

L'Express Ottawa - - ACTUALITÉS - Pas­cale Cas­ton­guay jour­na­liste@apf.ca

Le do­cu­ment de 314 pages du bud­get de l’On­ta­rio 2013, dé­po­sé par le gou­ver­ne­ment li­bé­ral jeu­di de la se­maine der­nière, ne contient au­cune me­sure spé­ci­fique à l’égard des fran­co­phones de la pro­vince. Ce constat est «dif­fi­cile à di­gé­rer» pour la porte-pa­role néo-dé­mo­crate en ma­tière de fran­co­pho­nie, France Gé­li­nas.

Cette ab­sence to­tale de men­tion de la fran­co­pho­nie on­ta­rienne frappe d’au­tant plus forte que le dis­cours du Trône avait pour­tant lais­sé pré­sa­ger le contraire. Ce sont les deux phrases consa­crées à la fran­co­pho­nie on­ta­rienne dans le dis­cours du Trône qui ont nour­ri les es­poirs de la com­mu­nau­té. «Votre gou­ver­ne­ment veille­ra aus­si à ce que la cul­ture et les contri­bu­tions de notre com­mu­nau­té fran­co­phone soient re­con­nues et cé­lé­brées. C’est pour­quoi il élar­gi­ra la dis­po­ni­bi­li­té des pro­grammes d’études au pa­lier post­se­con­daire dans le Centre-Sud-Ouest de l’On­ta­rio», peut-on lire dans le dis­cours du Trône lu par le lieu­te­nant-gou­ver­neur de l’On­ta­rio, Da­vid C. On­ley.

Du cô­té des re­pré­sen­tants de la fran­co­pho­nie on­ta­rienne, on es­pé­rait entre autres voir des in­ves­tis­se­ments concrets pour amé­lio­rer l’édu­ca­tion post­se­con­daire en fran­çais dans le Centre-Sud-Ouest ain­si que le re­tour de la bourse fran­co-on­ta­rienne Voir ar­ticle ci-contre.

Ce si­lence sur ces deux su­jets pré­cis au­ra été suf­fi­sant pour faire ré­agir les néo-dé­mo­crates. «La fran­co­pho­nie n’a pas été men­tion­née en chambre, pas plus que les grands en­jeux pour les fran­co­phones», constate Mme Gé­li­nas. Celle-ci dé­plore entre autres que le gou­ver­ne­ment n’a pas dai­gné prendre en consi­dé­ra­tion les en­jeux fran­co­phones pré­cis et réa­listes pré­sen­tés en pré­pa­ra­tion pour le bud­get.

Pour celle- ci cette ex­clu­sion de la fran­co­pho­nie dans le bud­get pro­vin­cial est le ré­sul­tat d’un manque de vo­lon­té. «Il y au­rait eu de la place pour re­dis­tri­buer de l’ar­gent pour la fran­co­pho­nie, on a choi­si de ne pas le faire.» Elle donne en exemple la de­mande du NPD de ga­ran­tir le ser­vice de soins à do­mi­cile cinq jours par se­maine qui s’est sol­dée par un in­ves­tis­se­ment du gou­ver­ne­ment pro­vin­cial plus grand que ce qui avait été de­man­dé.

Celle qui avoue avoir eu es­poir quand elle avait pris connais­sance de la place ré­ser­vée à la fran­co­pho­nie dans le dis­cours du Trône consi­dère que l’ex­po­sé bud­gé­taire était le mo­ment de pas­ser à l’ac­tion. «La pro­vince a un dé­fi­cit de Le ré­veil a été dif­fi­cile ven­dre­di ma­tin pour les étu­diants fran­co­phones qui es­pé­raient beau­coup du pre­mier bud­get dé­po­sé par l’équipe de la pre­mière mi­nistre Kath­leen Wynne.

L’ab­sence d’une men­tion à la mise en place d’une nou­velle bourse d’études et d’un ac­crois­se­ment des pro­grammes d’études post­se­con­daires en fran­çais dans le centre et le sud-ouest pro­voque en tout cas l’ire du Re­grou­pe­ment étu­diant fran­co-on­ta­rien (RÉFO): «Nous at­ten­dions mieux. Le gou­ver­ne­ment sem­blait pour­tant avoir fait un pas dans ce sens après le dis­cours du trône voi­là un mois», se dé­sole Ge­ne­viève La­tour, co­pré­si­dente de l’or­ga­nisme

Le RÉFO tente mal­gré tout de faire contre mau­vaise for­tune bon coeur et dit «com­prendre» le contexte d’aus­té­ri­té éco­no­mique: «Nous al­lons tout sim­ple­ment conti­nuer le dia­logue», lâche amè­re­ment Mme La­tour.

Tou­jours du cô­té des étu­diants, le sen­ti­ment d’ou­bli est iden­tique à la Fé­dé­ra­tion des étu­diants de l’Uni­ver­si­té d’Ot­ta­wa (FÉUO). «On est très dé­çus, confie la vice-pré­si­dente aux com­mu­ni­ca­tions Anne-Ma­rie Roy. On es­pé­rait voir dans une baisse des frais de sco­la­ri­té de 30%, mais aus­si plus de bourses. Au lieu de ce­la, les étu­diants on­ta­riens conti­nuent de de­voir 9 mil­lions $ à la pro­vince.» 10 mil­liards $, c’est de rê­ver en cou­leurs que de pen­ser qu’il y au­ra des an­nonces de dé­penses plus tard qui n’ont pas été bud­gé­tées.»

«À la com­mu­nau­té fran­co-on­ta­rienne de fixer ses prio­ri­tés, pas au gou­ver­ne­ment»

Un peu plus tard lun­di, Ge­ne­viève La­tour a en­fon­cé de nou­veau le clou, af­fi­chant clai­re­ment son désac­cord avec la mi­nistre dé­lé­guée aux Af­faires fran­co­phones Ma­de­leine Meilleur: «Le gou­ver­ne­ment ne cesse d’af­fir­mer qu’une uni­ver­si­té fran­coon­ta­rienne n’est pas une prio­ri­té, qu’il vaut mieux une hausse des pro­grammes post­se­con­daires. Mais c’est à la com­mu­nau­té fran­co-on­ta­rienne de fixer ses prio­ri­tés, pas au gou­ver­ne­ment. Le RÉFO re­con­naît le tra­vail de dia­logue de Mme Meilleur, mais désap­prouve son manque d’ap­pui pour l’uni­ver­si­té fran­co-on­ta­rienne.»

Mme Meilleur avait pour­tant vou­lu cal­mer le jeu peu après le dé­voi­le­ment du bud­get, af­fir­mant que ce­lui-ci était «po­si­tif» pour les Fran­co- On­ta­riens: « Pour l’uni­ver­si­té fran­co­phone dans le sud, on n’est pas ren­du là. Ce n’est pas une prio­ri­té pour moi pour l’ins­tant. Aug­men­ter la dis­po­ni­bi­li­té des cours pour les fran­co­phones dans le Centre et dans le Sud-Ouest, ça c’est ma prio­ri­té.»

Mme Meilleur conti­nue d’af­fir­mer qu’une an­nonce concer­nant les étu­diants fran­co­phones reste pos­sible à l’ave­nir. «Nous sommes sur la même lon­gueur d’onde avec le RÉFO», concède-t-elle en ré­fé­rence à sa ren­contre avec les étu­diants du­dit or­ga­nisme voi­là quinze jours.

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