Mous­ser l’im­mi­gra­tion fran­co­phone ne se fe­ra pas sans défis

L'Express Ottawa - - ACTUALITÉS - Sé­bas­tien Pier­roz se­bas­tien.pier­roz@tc.tc

Un ob­jec­tif chif­fré pour dy­na­mi­ser l’im­mi­gra­tion fran­co­phone en On­ta­rio. C’est éven­tuel­le­ment ce qui pour­rait ar­ri­ver si le pro­jet de loi 161, pré­sen­té ré­cem­ment en pre­mière lec­ture à Queen’s Park, est va­li­dé de fa­çon dé­fi­ni­tive par les dé­pu­tés on­ta­riens.

Cette barre de 5% fixée dans le pro­jet de loi reste une me­sure no­va­trice pour le pré­sident de l’As­sem­blée de la fran­co­pho­nie de l’On­ta­rio (AFO) De­nis Vaillan­court. «C’est la pre­mière fois qu’un gou­ver­ne­ment en On­ta­rio donne un en­ga­ge­ment chif­fré sur l’im­mi­gra­tion fran­co­phone. C’est un ap­pui im­por­tant à notre mi­no­ri­té.»

Le chiffre reste pour lui conforme à «la ré­par­ti­tion de la po­pu­la­tion fran­co-on­ta­rienne» es­ti­mée d’après le der­nier re­cen­se­ment de Sta­tis­tique Canada en 2011 à 4,3% de la po­pu­la­tion glo­bale de la pro­vince.

Le pro­jet, pré­sen­té en pre­mière lec­ture le 19 fé­vrier, vise à conser­ver le poids dé­mo­gra­phique des fran­co­phones en On­ta­rio, no­tam­ment en as­su­rant que 5% des nou­veaux im­mi­grants s’ex­priment dans la langue de Mo­lière.

«Au-de­là du chiffre, l’im­por­tance reste les ca­pa­ci­tés d’ac­cueil de ces im­mi­grants fran­co­phones, es­time Saint-Phard Dé­sir, di­rec­teur gé­né­ral du Con­seil éco­no­mique et so­cial d’Ot­ta­wa Car­le­ton (CESOC). Il faut faire une place à nos im­mi­grants. Une ville cos­mo­po­lite ne veut pas for­cé­ment dire que l’in­té­gra­tion se fe­ra de fa­çon exemplaire.»

De­nis Vaillan­court re­con­nait à cet égard que le dé­fi se pose avec acui­té no­tam­ment dans le sud-ouest de la pro­vince, où les ca­pa­ci­tés d’ac­cueil pour les im­mi­grants fran­co­phones sont plus faibles.

Des doutes

Tou­jours est-il que des doutes sub­sistent sur la stra­té­gie du gou­ver­ne­ment on­ta­rien. «C’est dé­jà une nette amé­lio­ra­tion, mais les défis sont énormes, voire im­pos­sibles, sou­ligne Fran­çois Char­bon­neau, pro­fes­seur ad­joint à l’École d’études po­li­tiques de l’uni­ver­si­té d’Ot­ta­wa. On veut se don­ner des cibles, mais sans vé­ri­fier la mise en place de ces cibles.»

Se­lon l’uni­ver­si­taire, la plu­part des fran­co­phones choi­sis­sant l’On­ta­rio sont confron­tés à la pré­do­mi­nance de l’an­glais. «Très peu d’entre eux tra­vaillent en fran­çais, hor­mis les en­sei­gnants. Sans comp­ter que beau­coup de fran­co­phones sont dés­in­ves­tis dans le fait de trans­mettre leur propre langue.»

Pour la mi­nistre dé­lé­guée aux Af­faires fran­co­phones Ma­de­leine Meilleure, l’idée de trans­mettre la langue de­meure avant tout «un choix de chaque per­sonne». Le but d’un gou­ver­ne­ment res­tant de «fa­vo­ri­ser et mettre en place les ser­vices adé­quats».

Reste que le pro­jet pour­rait tout sim­ple­ment mou­rir au feuille­ton. «On ne sait tou­jours pas à quel mo­ment il va être adop­té en deuxième lec­ture. Avec l’éven­tua­li­té d’un dé­pôt du bud­get, les né­go­cia­tions et les pour­par­lers pourraient faire que le pro­jet dis­pa­raisse», craint M. Vaillan­court.

(Pho­to: ar­chives)

L’im­mi­gra­tion fran­co­phone reste un dé­fi im­por­tant dans la pro­vince (ici au CESOC).

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