Ap­prendre, ça s’ap­prend

L'Express Ottawa - - VIE COMMUNAUTAIRE - Sa­bri­na Abud-La­pierre Sa­muel-Ge­nest

Dans le cadre d’un pro­jet sco­laire por­tant sur le dé­cro­chage, mes co­équi­piers et moi avons eu le privilège et le grand bon­heur de ren­con­trer Ma­rie-France Mai­son­neuve, or­tho­pé­da­gogue, fon­da­trice et P.D.G. de la Cli­nique d’ap­pren­tis­sage spé­cia­li­sée.

Nous sa­vons tous que le dé­cro­chage sco­laire est une tra­gé­die per­son­nelle pour les dé­cro­cheurs et un can­cer pour toute notre so­cié­té. Notre pro­jet met­tait l’ac­cent sur les pro­blèmes par­ti­cu­liers chez les membres des Pre­mières Na­tions, les im­mi­grants et les per­sonnes qui ont des dif­fi­cul­tés d’ap­pren­tis­sage. L’iso­le­ment, l’ac­cul­tu­ra­tion et l’ab­sence de dé­pis­tage pré­coce sont des causes qui contri­buent gran­de­ment au dé­cro­chage et aus­si à per­pé­tuer cer­tains sté­réo­types.

Ce­pen­dant, sans mi­ni­mi­ser l’im­por­tance du su­jet, je veux vous par­ler de ma ren­contre avec cette femme ex­tra­or­di­naire qui a été si gé­né­reuse avec nous.

Qu’est-ce que le TDAH ?

« Le TDAH, c’est le trouble du dé­fi­cit de l’at­ten­tion avec hy­per­ac­ti­vi­té. Un en­fant avec le TDAH ne peut pas bien se concen­trer, est tou­jours en mou­ve­ment et de ce fait, réus­sit moins bien à l’école. Ce­la ne veut ce­pen­dant pas dire qu’il est moins in­tel­li­gent que les autres. Le TDAH n’est pas seule­ment pré­sent dans la salle de classe. Il te suit par­tout où tu vas. Au res­tau­rant, dans ta chambre, en va­cances ou même à la toi­lette ! Je suis moi-même at­teinte du TDAH et je l’ai ici avec vous. Mal­gré mon TDAH, re­gar­dez où je suis au­jourd’hui ! J’ai bien réus­si mon se­con­daire, j’ai un em­ploi qui me pas­sionne, je gagne bien ma vie, j’ai une bonne es­time de moi. Bref, je n’ai pas lais­sé mon TDAH gâ­cher ma vie ; je l’ai ac­cep­té, j’ai eu le sup­port de ma mère tout au long de ma vie. »

Vous ai­mez com­pa­rer les sta­tis­tiques du TDAH à un ice­berg. Qu’en est-il ?

« Seule­ment ? d’un ice­berg est vi­sible ! La plus grande par­tie est ca­chée sous la sur­face. La pointe du ice­berg : les com­por­te­ments évi­dents du TDAH (hy­per­ac­ti­vi­té, im­pul­si­vi­té et in­at­ten­tion). Ca­chés sous la sur­face : les com­por­te­ments pas si évi­dents du TDAH comme les dé­fi­cits au ni­veau des neu­ro­trans­met­teurs qui in­fluencent le com­por­te­ment, les dif­fi­cul­tés avec la per­cep­tion du temps (ar­ri­ver tou­jours en re­tard), un dé­lai de dé­ve­lop­pe­ment de 30%, moins ma­ture, moins res­pon­sable et une faible to­lé­rance à la frus­tra­tion. »

Dans une de vos confé­rences, vous in­di­quiez que le TDAH est ren­du plus com­pli­qué par d’autres condi­tions. Vou­lez-vous éla­bo­rer ?

« Le TDAH est souvent plus com­plexe que la plu­part des gens ne le réa­lisent. Deux-tiers de ceux qui ont le TDAH ont au moins une autre condition. De ces condi­tions, il y a des troubles de bi­po­la­ri­tés (12%), la dys­lexie (8-39%), la dys­or­tho­gra­phie (12-30%), la dys­gra­phie en par­ti­cu­lier avec les com­po­si­tions (60%), la dys­praxie, les dif­fi­cul­tés de com­pré­hen­sion écrite et orale ou les dif­fi­cul­tés avec le som­meil. »

En te­nant compte des consé­quences des troubles d’ap­pren­tis­sage sur la vie sco­laire, comment évi­ter un dé­cro­chage éven­tuel ?

« L’idéal se­rait de dé­pis­ter ces condi­tions le plus tôt pos­sible. Le meilleur mo­ment pour faire ce dé­pis­tage se­rait entre la ma­ter­nelle et la pre­mière an­née. Ain­si, il se­rait plus fa­cile de ci­bler les be­soins spé­ci­fiques de ces en­fants pour qu’ils puissent mieux ap­prendre et ne pas se dé­cou­ra­ger. Pour se faire, il fau­drait for­mer les en­sei­gnants, les or­tho­pé­da­gogues ou les en­sei­gnants spé­cia­li­sés afin qu’ils puissent reconnaître les signes précurseurs des troubles d’ap­pren­tis­sage. Ils pourraient, par la suite, in­ter­ve­nir et ré­fé­rer ces en­fants, ain­si que leurs pa­rents, aux pro­fes­sion­nels pour que ceux-ci puissent bien les en­ca­drer. Le sup­port sco­laire et familial va en­cou­ra­ger l’en­fant à conti­nuer et à per­sé­vé­rer dans ses études. On ne sait ja­mais ce qu’il de­vien­dra plus tard. »

Quoi qu’il en soit, elle m’a prou­vé qu’il n’est pas né­ces­saire d’ar­bo­rer une cape et un justaucorps flam­boyant pour être un su­per hé­ros ! Mon hé­roïne porte blouse et tailleur et sur­tout, elle porte à coeur ses convic­tions.

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