Les pré­po­sés aux bé­né­fi­ciaires sont à bout de souffle

L'Express - - LA UNE - JEAN-PIERRE BOIS­VERT jean-pierre.bois­vert@tc.tc

TRA­VAIL. Ce n’est pas un cri du coeur que lancent les pré­po­sés aux bé­né­fi­ciaires du Centre d’hé­ber­ge­ment Fre­de­rick-george-he­riot, ex­té­nués par une sur­charge de tra­vail, mais un cri de dé­tresse !

Une ving­taine d’entre eux, syn­di­qués de la CSN, sont sor­tis jeu­di mi­di pour dire qu’ils sont à bout de souffle et que, mal­gré les belles paroles du mi­nistre Gaé­tan Bar­rette, au­cune amé­lio­ra­tion n’a été ap­por­tée. Au contraire, le cli­mat ne cesse de se dé­té­rio­rer, clament-ils.

« On éva­lue à 54 mil­lions de dol­lars les cou­pures du gou­ver­ne­ment ces der­nières an­nées dans la ré­gion de la Mau­ri­cie-et-du-centre-du-qué­bec et les consé­quences sont dé­sas­treuses », dé­clare Pas­cal Bas­ta­rache, pré­sident du syn­di­cat du per­son­nel pa­ra­tech­nique des ser­vices auxi­liaires et de mé­tier.

« La pé­nu­rie de main-d’oeuvre est alar­mante. Il manque une cin­quan­taine de pré­po­sés dans la ré­gion de Drummondville, près de 400 dans la grande ré­gion de la Mau­ri­cie-et-du- Centre-duqué­bec. Le CIUSSS-MCQ a réa­li­sé un pro­jet pi­lote de for­ma­tion in­ten­sive à Loui­se­ville, mais ça n’a pas eu de re­tom­bées à Drummondville où le pro­blème est criant. Ce qu’il fau­drait, c’est que le mi­nistre Bar­rette dé­bloque des fonds pour te­nir des for­ma­tions in­ten­sives ici à Drummondville et pal­lier ce manque urgent de per­son­nel. L’ar­gent des contri­buables doit être uti­li­sé pour prendre soin de la po­pu­la­tion et non pour en­gen­drer des sur­plus bud­gé­taires qui se­ront dé­pen­sés en période élec­to­rale », a don­né à en­tendre M. Bas­ta­rache.

«Notre tâche est de­ve­nue trop lourde», té­moigne Ca­the­rine Mi­chaud, une pré­po­sée aux bé­né­fi­ciaires qui, comme plu­sieurs autres, est dans l’obli­ga­tion de tra­vailler en heure sup­plé­men­taire. « Nous sommes six pré­po­sées le soir pour s’oc­cu­per de 68 bé­né­fi­ciaires dont 36 ont be­soin d’aide pour man­ger. Nous sommes tel­le­ment dé­bor­dées qu’il faut par­fois com­men­cer à mettre au lit cer­taines per­sonnes à 16 h, car on sait qu’on n’au­ra pas le temps après. Moi j’ai dû ren­trer du­rant mes va­cances parce qu’il y avait trop d’ab­sences. Plu­sieurs de mes col­lègues, épui­sées, sont tom­bées ma­lades et elles n’ont pas été rem­pla­cées. »

Une autre pré­po­sée, Hé­lène Tré­pa­nier, s’en prend au mi­nistre Bar­rette. «Son ba­teau est en train de cou­ler et son équi­page avec. Ici, le per­son­nel veut quit­ter. En juillet der­nier, le CIUSSS avait pro­mis de for­mer du per­son­nel de fa­çon in­ten­sive, mais on les a tous per­dus. Les jour­nées sont de plus en plus lourdes. Il y a une di­zaine d’ho­raires dif­fé­rents et on n’a ja­mais le même ho­raire, ce n’est pas fa­cile pour celles qui ont des en­fants. On le sait que la pé­nu­rie de main-d’oeuvre touche tous les sec­teurs à Drummondville, mais pour­quoi je choi­si­rais George-he­riot ? C’est de­ve­nu très dif­fi­cile. Il faut s’as­soir avec nos em­ployeurs et mettre en ap­pli­ca­tion des so­lu­tions à long terme. Je crois qu’il est lé­gi­time d’avoir un week-end de congé sur deux, ce n’est pas le cas présentement. Avec tout ça, la mo­ti­va­tion au tra­vail di­mi­nue ».

Loui­selle Pel­chat, qui vient ré­gu­liè­re­ment rendre vi­site à sa soeur Luce qui est en conva­les­cence, donc une bé­né­fi­ciaire tem­po­raire au Centre George-he­riot, a eu le temps de voir la lour­deur des tâches au ni­veau quo­ti­dien. « On a aug­men­té le sa­laire des mé­de­cins, ces pauvres riches, mais a-t-on ou­blié ceux et celles qui tra­vaillent sur le ter­rain ? Toutes ces cou­pures fi­nissent par avoir des consé­quences au ni­veau des ser­vices. C’est comme cas­ser un crayon en deux pour en avoir pour deux. Comme on fai­sait dans les an­nées 50 », s’est-elle in­di­gnée.

(Pho­to - Jean-pierre Bois­vert)

Les pré­po­sés aux bé­né­fi­ciaires veulent que des fonds soient dé­blo­qués pour aug­men­ter le per­son­nel.

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