Grim­per le Mont De­na­li, du rêve à la réa­li­té

L'Hebdo du Saint-Maurice - - ACTUALITÉS - JOANIE MAILHOT joanie.mailhot@tc.tc

EX­PÉ­RIENCE. En juin der­nier, un jeune grou­pe­de­cin­qal­pi­nis­te­sâ­gé­sentre19et21ans a grim­pé le Mont De­na­li, si­tué au centre de l’Alas­ka,la­plu­shau­te­mon­ta­gned’Amé­ri­que­du Nord culmi­nant à 6 194 mètres d’al­ti­tude.

Ilau­ra­fal­lu3ansàNi­co­lasDu­breuil(Sha­wi­ni­gan), Jean-Phi­lippe Au­ger (Grand-Saint-Es­prit), Vincent Tur­bide (Sa­gue­nay), Ja­li Le­bo­vitz (Sa­gue­nay) et Fé­lix Meu­nier (Mon­tréal) pour s’en­traî­ner, ra­mas­ser les fonds né­ces­saires et ac­qué­rir les connais­sances tech­niques pour réa­li­ser leur ex­pé­di­tion, sur­nom­mée «Pro­jet Grizz­ly».

C’est ain­si qu’au jour J, trois des aven­tu­riers sont par­tis en au­to et ont pris 5 jours pour tra­ver­ser le Ca­na­da, tan­dis que deux autres ont pris l’avion. Ils se sont re­joints à Tal­keet­na, en Alas­ka, d’où un avion de brousse de 6 places les a em­bar­qués pour les dé­po­ser di­rec­te­ment sur le gla­cier.

«Au­cune pho­to ne se­rait as­sez re­pré­sen­ta­tive pour dé­mon­trer à quel point c’est grand. C’est un mi­lieu aus­tère des hommes ; c’est tel­le­ment im­mense! C’est un lieu qui nous per­met de s’aban­don­ner à soi-même et de faire la paix. Je pour­rais dire que c’est comme de faire un «Com­pos­telle», mais en hau­teur!», ré­sume Jean-Phi­lippe Au­ger.

UNE PRÉ­PA­RA­TION DE LONGUE HA­LEINE

Les jeunes al­pi­nistes ne cachent pas que c’est un pro­jet qui a de­man­dé beau­coup de tra­vail, de lo­gis­tique et de pré­pa­ra­tion. « La lo­gis­tique, c’est un do­maine qu’on ne connais­sait pas; il y a beau­coup d’as­pects tech­niques à maî­tri­ser, que ce soit en ma­tière d’es­ca­lade, de cam­ping, etc. On de­vait aus­si se pré­pa­rer pour af­fron­ter les condi­tions hi­ver­nales. »

Les spor­tifs de­vaient aus­si en­traî­ner leur corps, puisque cette aven­ture al­lait en être une dif­fi­cile sur le plan phy­sique. Heu­reu­se­ment, cette pré­pa­ra­tion phy­sique n’a pas été com­pli­quée pour eux étant don­né que cha­cun avait une vie ac­tive et que leur tra­vail res­pec­tif, pen­dant ces an­nées, était pro­pice à l’en­traî­ne­ment.

Cô­té nour­ri­ture, ils ont pu comp­ter sur une amie qui se lan­çait en af­faires dans le do­maine des ali­ments et mets de plein air. D’ailleurs, la nour­ri­ture re­pré­sen­tait une par­tie im­por­tante de leurs ba­gages, car ils de­vaient man­ger 5 000 ca­lo­ries par jour cha­cun pour te­nir le coup!

UNE AVEN­TURE MAR­QUANTE

L’ex­pé­di­tion des 5 al­pi­nistes a été cou­ron­née de suc­cès. Leur aven­ture s’est dé­rou­lée une bonne par­tie du mois de juin. Ils avaient pré­vu faire le tout en 21 jours, mais ont fi­na­le­ment com­plé­té leur par­cours en 13 jours. La der­nière jour­née, ils ont mar­ché pen­dant 23 heures. «La tem­pé­ra­ture était de notre cô­té et les gars avaient en­vie de pour­suivre. Le beat était bon. »

Il faut sa­voir que le Mont De­na­li est la mon­tagne avec le plus haut taux d’échec (70 %). Au­tre­ment dit, ce­la si­gni­fie que plu­sieurs grim­peurs ne ter­minent pas leur as­cen­sion, que ce soit en rai­son de bles­sures, d’épui­se­ment, de la mé­téo, etc.

La tem­pé­ra­ture est ef­fec­ti­ve­ment un im­por­tant fac­teur à consi­dé­rer. À titre d’exemple, il peut par­fois tom­ber jus­qu’à un mètre et de­mi de neige par nuit. « La tem­pé­ra­ture, en termes de de­grés, était très va­riable. Cer­taines jour­nées, c’était très vi­vable. On était confor­table en com­bines et en chan­dail, alors que d’autres fois, il fai­sait tel­le­ment froid qu’on avait beau être ha­billé en «Bon­homme Mi­che­lin » qu’il ne fal­lait pas res­ter trop long­temps sans bou­ger parce qu’on ge­lait ! », confie Jean-Phi­lippe Au­ger.

En­fin, se­lon lui, l’une de leurs forces était sans contre­dit l’équipe. «Ça fai­sait 3 ans qu’on se pré­pa­rait pour ça. On était prêt. Au dé­part, on était des amis. On est en­suite de­ve­nus des co­locs et au­jourd’hui, je di­rais que ce sont pra­ti­que­ment des frères. On a tous tri­pé et on re­fe­rait l’ex­pé­rience n’im­porte quand. On a tis­sé des liens ser­rés ! », af­firme-t-il, ajou­tant que bien que de­puis leur re­tour le groupe se soit un peu dis­per­sé, il est fort pos­sible qu’ils re­fassent un pro­jet com­mun les cinq en­semble.

Le sa­viez-vous? Le Mont De­na­li peut être grim­pé à l’an­née. Par contre, pour se don­ner une chance, le groupe de Jean-Phi­lippe Au­ger a dé­ci­dé de le mon­ter au mo­ment où la mé­téo est la plus pro­pice, soit en juin. Il est im­por­tant de men­tion­ner que le Parc na­tio­nal de De­na­li émet de 1100 à 1200 permis par an­née pour que des aven­tu­riers puissent grim­per le Mont De­na­li. Il en coûte 300$ par per­sonne pour ob­te­nir l’au­to­ri­sa­tion et l’ad­mi­nis­tra­tion du Parc étu­die aus­si le par­cours et le CV de cha­cun afin de s’as­su­rer que les al­pi­nistes soient suf­fi­sam­ment en­traî­nés et en forme pour en faire l’as­cen­sion.

(Pho­to gra­cieu­se­té)

Les aven­tu­riers du « Pro­jet Grizz­ly »

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