Un ma­tin tu te lèves…t’es vieux!

L'Hebdo Journal - - ACTUALITÉS - Jo­ce­lyn Bou­ras­sa

Pour le titre, je me suis ins­pi­ré d’un ro­man vrai­ment su­per : «Un ma­tin tu te ré­veilles…t’es vieux! » de l’au­teur Mi­chel Fré­chette. Du bon­bon pour les ba­by boo­mers. Mais re­ve­nons à la vieillesse. Ou plu­tôt à la vieillesse dans ses pre­miers bal­bu­tie­ments.

Je me di­rige tout droit vers mes 54 ans. C’est pas vieux, mais c’est pas jeune. Je ne suis pas en­core à l’étape des pertes de mé­moire et de la couche, mais je suis très loin du ber­ceau, de la suce et de la couche pour bé­bé.

Au­tre­ment dit, je suis un jeune qui se fait vieux. Ou, si vous pré­fé­rez, je suis un vieux dans la jeu­nesse de sa vieillesse. Mieux: je suis en pleine crise d’ado­les­cence. Celle de la vieillesse. Bref, je vieillis. Il me reste, si je suis très chanceux, une bonne ving­taine d’an­nées de « jeu­nesse ». Au­jourd’hui, ils sont lé­gion ceux et celles qui sont pé­tants de san­té jus­qu’à l’âge de 70 ans. Et sou­vent sans mé­di­ca­ment.

Mes chances sont grandes de faire un bon bout de che­min sans que les ma­la­dies du vieillis­se­ment me rat­trapent: can­cer, Par­kin­son, Alz­hei­mer. Je fais du jog­ging, je sur­veille mon alimentation, j’éva­cue mon stress au fur et à me­sure et j’écoute «A ticket to ride», «I should have known bet­ter» et «I’m the Wal­rus» des Beatles du­rant les pé­riodes plus sombres. Mais au-de­là de la vieillesse, il y a la mort. Et elle, je la vois ve­nir!

Le train

Po­sons en prin­cipe que le train per­son­ni­fie la mort. Jus­qu’à l’âge de 50 ans, je ne voyais pas le train ve­nir. Je ne l’en­ten­dais même pas. Ces der­nières an­nées, je l’en­tends sif­fler par­fois. Il n’est tou­jours pas dans mon champ de vi­sion, mais je sais qu’il ap­proche. Il est là, au fond de la courbe. Je l’en­tends sif­fler. Un jour, je le ver­rai ap­pa­raître. Ce jour-là, il fon­ce­ra sur moi.

Mieux: pre­nez l’image des vo­lets d’une mai­son. Jus­qu’à l’âge de 50 ans, j’avais l’im­pres­sion que les vo­lets s’ou­vraient de plus en plus. Tous les jours! Le monde que je voyais s’élar­gis­sait. Wow!

Tout à coup, paf! Les vo­lets ne s’ou­vraient plus. Ils étaient im­mo­biles.

De­puis l’an­née der­nière à peu près, j’ai l’im­pres­sion que les vo­lets re­com­mencent à bou­ger. Mais vers l’in­té­rieur. La vue sur le monde va se ré­tré­cir pe­tit à pe­tit. Et un beau jour, paf! Clos, les vo­lets. Le noir ab­so­lu. Pour tou­jours. Fi­ni le p’tit tour sur le ma­nège.

Jane Fon­da

La mort!

Comme tous les ba­by boo­mers, j’y pense da­van­tage à me­sure que les an­nées passent. Je n’ai pas l’in­ten­tion de la su­bir, au contraire! J’ai l’in­ten­tion de la pré­pa­rer. Mou­rir en toute quié­tude, ça doit être co­ol!

L’ac­trice amé­ri­caine Jane Fon­da, qui a écrit un bou­quin là-des­sus, ré­pète aux mé­dias qu’il faut pré­pa­rer sa mort. Je suis d’ac­cord avec elle. Si on ne pré­pare pas sa mort, c’est que notre vie n’au­ra eu au­cun sens.

J’ai dépassé la cin­quan­taine et je me de­mande : « Ai-je réus­si ma vie? Si­non, il me reste en­core quelques an­nées pour le faire. »

Réus­sir sa vie, ce n’est pas juste le cô­té pro­fes­sion­nel. Ou mo­né­taire. Ou en­core le tes­ta­ment. Ma co­pine par exemple: voyant la cin­quan­taine ap­pro­cher, elle a tout lais­sé tom­ber pour réa­li­ser l’un de ses rêves : faire un doc­to­rat à l’université. Il lui reste un an et de­mi et c’est dans le sac!

Est- ce que l’art de bien mou­rir existe? Bonne ques­tion. Syl­vie La­pierre, pro­fes­seur à l’UQTR, nous four­nit un dé­but de ré­ponse en page 3.

À part ça, ça va très bien. Et vous?

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