Inon­da­tions: qui est le grand res­pon­sable?

L'Hebdo Journal - - ACTUALITÉS - Ma­rianne.cote@tc.tc

INON­DA­TIONS. Alors que le grand mé­nage est bien en­ta­mé, les ri­ve­rains sont de re­tour dans leur ré­si­dence pour consta­ter l’am­pleur des dé­gâts cau­sés par la crue prin­ta­nière. Mais le dé­bat, lui, ne fait que com­men­cer:cette ca­tas­trophe au­rait-elle pu être évi­tée ?

Pos­sé­der une mai­son au bord de l’eau, c’est le rêve d’une vie pour plu­sieurs. Mais ils ont fait ce choix, pour le meilleur et pour le pire. Avoir la ri­vière dans sa cour com­porte des risques. Et le rêve peut ra­pi­de­ment se trans­for­mer en cau­che­mar.

Votre coup de foudre est peut-être si­tué en zone inon­dable, à la mer­ci de la crue des eaux. Des mil­liers de ri­ve­rains l’ont ap­pris à leurs dé­pens ce prin­temps. L’eau s’est in­fil­trée sur leur ter­rain, puis dans leur sous-sol, cau­sant d’in­nom­brables dé­gâts sur son pas­sage.

Alors que l’opé­ra­tion net­toyage se pour­suit, il reste en­core beau­coup à comp­ta­bi­li­ser, mais la fac­ture s’an­nonce sa­lée. Des mil­liers de per­sonnes ont été éva­cuées, plus d’une cen­taine de mu­ni­ci­pa­li­tés ont été tou­chées et plu­sieurs routes ont dû être fer­mées.

« C’EST LA NIÑA »

Le pro­fes­seur de l’Uni­ver­si­té du Qué­bec à Trois-Ri­vières Ali As­sa­ni sa­vait quant à lui de­puis six mois que les risques d’inon­da­tions se­raient très éle­vés ce prin­temps. «C’est à cause de La Niña », a af­fir­mé le spé­cia­liste en hy­dro­géo­lo­gie.

Ses re­cherches l’ont d’ailleurs me­né à s’in­té­res­ser aux chan­ge­ments cli­ma­tiques et à l’im­pact du ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique sur le ni­veau des eaux.

Qu’ont en com­mun les hi­vers de 2008 et de 2011 avec ce­lui de 2017 ? De la neige, beau­coup de neige, pour le bon­heur des skieurs et le mal­heur de tous ceux qui de­vaient sor­tir leur voi­ture en­li­sée sous la neige, chaque ma­tin, pour se rendre au tra­vail. « Dans ces deux cas, on tra­ver­sait aus­si une an­née La Niña», a in­di­qué M. As­sa­ni.

À l’in­verse de son cou­sin, El Niño, qui en­traîne de fortes cha­leurs, La Niña jette lit­té­ra­le­ment un froid. Ce phé­no­mène cli­ma­tique sur­vient deux à trois fois tous les dix ans et « se ca­rac­té­rise par de fortes pré­ci­pi­ta­tions et des tem­pé­ra­tures prin­ta­nières froides », a-t-il ex­pli­qué.

Nor­ma­le­ment, ce­la a pour ef­fet de ra­len­tir la fonte de neiges, comme ce­la fut le cas en 2008. Ain­si, mal­gré une quan­ti­té de neige re­cord, la pro­vince n’avait pas été aux prises avec une crue prin­ta­nière aus­si ca­tas­tro­phique que celle de cette an­née. Quant aux inon­da­tions de 2011, rap­pe­lons-le, avaient fait de nom­breux si­nis­trés à Saint-Jean-sur-Ri­che­lieu, « ce n’était pas gé­né­ra­li­sé comme c’est le cas pré­sen­te­ment », a sou­li­gné le spé­cia­liste.

Mais que s’est-il pas­sé en 2017 ? Le cli­mat a chan­gé. « La tem­pé­ra­ture a aug­men­té, ce qui a en­trai­né des pré­ci­pi­ta­tions de pluie plus éle­vées que la nor­male», avance M. As­sa­ni. Mé­lan­gé avec la fonte ra­pide des neiges, ce­la a fait dé­bor­der les ri­vières.

Ce der­nier reste pru­dent. Il est en­core trop tôt pour poin­ter du doigt les chan­ge­ments cli­ma­tiques, puisque les évè­ne­ments La Niña sont en­core mal connus. « Tou­te­fois, le pro­chain épi­sode pour­rait être tout aus­si ex­trême que ce­lui de cette an­née », pré­vient-il.

(Pho­to TC Me­dia – Ar­chives)

Les inon­da­tions de 2017, que le gou­ver­ne­ment dé­crit d’«ex­cep­tion­nelles» et d’«his­to­riques», coû­te­ront cher, très cher.

MA­RIANNE CÔ­TÉ

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