«On prend la si­tua­tion très au sé­rieux» -Dre Lin­da Mi­lette

L'Hebdo Journal - - ACTUALITÉS - MA­RIE-EVE ALA­RIE ma­rie-eve.bour­goin-ala­rie@tc.tc

FEN­TA­NYL. Dans son quo­ti­dien, Dre Lin­da Mi­lette fait de la cli­nique au­près de consom­ma­teurs de drogues qui sou­haitent ces­ser de con­som­mer des opia­cés. Par­mi ses pa­tients, quelques-uns ont dit qu’ils ont eu ac­cès à du fen­ta­nyl de contre­bande.

« Ils sont peu à m’avoir par­lé du fen­ta­nyl contre­fait ici, mais on voit que le tra­fic de fen­ta­nyl s’étend vite. Ça s’en vient de plus en plus. On voit les ra­vages que ça fait à Mon­tréal. Après Mon­tréal, les deux autres grandes villes sont Qué­bec et Trois-Ri­vières. On prend donc la si­tua­tion très au sé­rieux. Tout le monde est à risque, car c’est une drogue qu’on trouve sur le mar­ché noir, mais aus­si mé­lan­gée à d’autres drogues », sou­ligne Dre Mi­lette, mé­de­cin con­seil à la Di­rec­tion de san­té pu­blique au CIUSSS Mauricie-et-du-Centre-du-Qué­bec.

«Le dan­ger, c’est, entre autres, quand le fen­ta­nyl est in­té­gré à une autre drogue. Ça change tout. On s’est fait dire qu’à Mon­tréal, on a re­trou­vé du fen­ta­nyl dans de la co­caïne. Ce­la si­gni­fie qu’un consom­ma­teur oc­ca­sion­nel de co­caïne pour­rait se re­trou­ver avec du fen­ta­nyl dans sa co­caïne sans le sa­voir et être vic­time d’une sur­dose », ajoute-t-elle.

PRIO­RI­TÉ : SAU­VER DES VIES

À Mon­tréal, la Di­rec­tion de san­té pu­blique a haus­sé le ni­veau d’alerte face à l’aug­men­ta­tion du nombre de sur­doses liées à la consom­ma­tion de fen­ta­nyl. En Mauricie et au Centre-du-Qué­bec, le CIUSSS se pré­pare en consé­quence afin de sau­ver des vies.

« On peut sau­ver des vies grâce à un mé­di­ca­ment, la na­loxone. C’est un an­ti­dote. Si on réa­lise que quel­qu’un prend de la drogue de la fa­mille des opia­cés (sub­stances dé­ri­vées de l’opium) et qu’il de­vient in­cons­cient, on ad­mi­nistre de la na­loxone. C’est un peu le même concept que l’épi­né­phrine pour une per­sonne al­ler­gique. Il faut ad­mi­nis­trer la na­loxone avant l’ar­ri­vée des am­bu­lan­ciers », ex­plique Dre Mi­lette.

Ce mé­di­ca­ment a un ef­fet tem­po­raire. Dans les cas de sur­dose, la na­loxone per­met d’ar­rê­ter l’ac­tion de la mor­phine dans le corps. Le fen­ta­nyl est 100 fois plus puis­sant que la mor­phine.

« Ça ne peut pas nuire. On es­saie que de plus en plus de consom­ma­teurs d’opia­cés en aient sur eux. Évi­dem­ment, il ne faut pas con­som­mer seul, car il faut que quel­qu’un in­jecte la na­loxone en cas de pro­blème. S’ils consomment à plu­sieurs, ils ne doivent pas tous con­som­mer en même temps », pré­cise-t-elle.

Si la na­loxone est ad­mi­nis­trée par er­reur à une per­sonne n’étant pas en sur­dose aux opioïdes, le mé­di­ca­ment n’a sim­ple­ment au­cun ef­fet. Il ne pro­voque au­cun ef­fet eu­pho­ri­sant et ne crée au­cune dé­pen­dance, de sorte qu’il ne peut être uti­li­sé comme une drogue.

Pré­ci­sons aus­si que la na­loxone n’a ce­pen­dant pas d’ef­fet pour les sur­doses d’autres drogues, comme la co­caïne.

VERS UNE MEILLEURE AC­CES­SI­BI­LI­TÉ

La na­loxone est dis­po­nible dans les phar­ma­cies au­près du phar­ma­cien, sans pres­crip­tion. C’est gra­tuit pour les consom­ma­teurs de drogue. Une per­sonne qui vou­drait s’en pro­cu­rer pour un ami ou pour un or­ga­nisme, par exemple, de­vra dé­bour­ser 30 $.

«En ce mo­ment, on met des ef­forts pour rendre la na­loxone gra­tuite à d’autres pro­fes­sion­nels tels que les tra­vailleurs de rue et les po­li­ciers. Les am­bu­lan­ciers sont for­més à l’in­jec­tion, mais on sou­haite for­mer d’autres pro­fes­sion­nels aus­si. Ça s’en vient », in­dique Dre Lin­da Mi­lette.

Du­rant la pro­chaine an­née, un co­mi­té ré­gio­nal de­vrait d’ailleurs être mis sur pied, sous l’égide du Mi­nis­tère de la san­té et des ser­vices so­ciaux.

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