Un casse-tête pour les res­tau­ra­teurs

L'Hebdo Journal - - ACTUALITÉS - MA­RIANNE CÔ­TÉ ma­rianne.cote@tc.tc

RES­TAU­RA­TION. La pé­nu­rie de maind’oeuvre en cui­sine qui touche la pro­vince se res­sent-elle dans les res­tau­rants d’ici? Plus que ja­mais, si l’on se fie aux pro­prié­taires du coin, qui doivent constam­ment user de créa­ti­vi­té pour main­te­nir un fra­gile équi­libre en cui­sine. Les res­tau­ra­teurs de la ré­gion ont ré­pon­du à une sé­rie de ques­tions de TC Me­dia. Voi­ci leurs ré­ponses.

RES­SEN­TEZ-VOUS LES EF­FETS DE LA PÉ­NU­RIE DE CUI­SI­NIERS QUI PRÉ­VAUT AC­TUEL­LE­MENT AU QUÉ­BEC ?

Jo­sé Pierre Du­rand (Poivre Noir) : Ab­so­lu­ment ! Au­jourd’hui, c’est de­ve­nu très dif­fi­cile de trouver des cui­si­niers qui dé­tiennent leur di­plôme, un cri­tère très im­por­tant en fine cui­sine. Même en étant le pro­prié­taire, je dois m’oc­cu­per au­tant de la cui­sine, du trai­teur, de la pâ­tis­se­rie que du ser­vice. Nous n’avons pas le choix de mettre les bou­chées doubles. Ce­la de­mande énor­mé­ment de sa­cri­fices.

Alain Pé­not (Au­berge du lac St-Pierre) : Oui, nous avons de plus en plus de dif­fi­cul­tés à re­cru­ter des em­ployés et sur­tout, à les gar­der en poste. La si­tua­tion n’est pas nou­velle, ça fait trois ans que ça dure. C’est une pro­blé­ma­tique gé­né­ra­li­sée.

Fran­cis Bois­vert (Le Pres­by­tère) : Ac­tuel­le­ment, notre équipe est cor­recte, mais c’est li­mite. Si l’on pou­vait avoir deux ou trois per­sonnes de plus, ce se­rait en­core mieux. Nous avons pu­blié plu­sieurs an­nonces, mais on re­çoit très peu d’ap­pels.

QU’EST-CE QUI CAUSE, SE­LON VOUS, CETTE PÉ­NU­RIE ?

Jo­sé Pierre Du­rand : Il y a deux ou trois ans, il y avait trois classes de cui­sine d’une ving­taine d’élèves au centre de for­ma­tion Bel Ave­nir. Au­jourd’hui, il y en a seule­ment une. Et à la fin de l’an­née, seule­ment deux ou trois étu­diants pour­suivent leur car­rière dans le do­maine. Il faut com­prendre que c’est un mé­tier très dif­fi­cile, un peu in­grat même. On tra­vaille de nom­breuses heures. Ce n’est pas tout le monde qui peut gé­rer cette pres­sion. Ce­la en dé­cou­rage plu­sieurs de conti­nuer.

Alain Pé­not: La plu­part des jeunes veulent seule­ment tra­vailler du lun­di au ven­dre­di. Ils ne veulent pas non plus avoir trop de res­pon­sa­bi­li­tés. En fait, la nou­velle gé­né­ra­tion de cui­si­niers ne veut plus tra­vailler aus­si dur. L’in­dus­trie de la res­tau­ra­tion est ce­pen­dant un mi­lieu très exi­geant.

Fran­cis Bois­vert: Je pense qu’on est pré­sen­te­ment confron­té à un choc des gé­né­ra­tions. Les cui­si­niers dans la qua­ran­taine, ça ne leur dé­range pas de tra­vailler les soirs et les fins de se­maine. Ils ont ac­quis très tôt une cer­taine as­si­dui­té au tra­vail. Chez les jeunes d’au­jourd’hui, leur vie so­ciale passe avant tout. Ils n’en­tre­tiennent pas de sen­ti­ment d’ap­par­te­nance en­vers leur em­ploi.

AVEZ-VOUS DÉ­JÀ EU À SOR­TIR DU QUÉ­BEC POUR RE­CRU­TER DES CUI­SI­NIERS ?

Jo­sé Pierre Du­rand: Je pense qu’on au­ra bien­tôt plus le choix d’al­ler en­ga­ger des cui­si­ner de l’ex­té­rieur. Ils se­raient logés, nour­ris et en échange, ils vien­draient nous don­ner un coup de main en cui­sine. Je ne le fais pas pour le mo­ment, mais c’est une ave­nue que j’en­vi­sage.

Alain Pé­not: Hon­nê­te­ment, j’ai moi-même dé­jà eu re­cours à des tra­vailleurs étran­gers. Ce n’est pas mé­chant, mais la for­ma­tion en Eu­rope est da­van­tage ac­cen­tuée que celle don­née au Qué­bec.

COM­MENT POUR­RAIT-ON FA­VO­RI­SER LA RÉ­TEN­TION DES CUI­SI­NIERS ?

Jo­sé Pierre Du­rand: Tel­le­ment de choses pour­raient être re­vues juste au ni­veau du sa­laire et du nombre d’heures. Ce­la pour­rait être plus mo­ti­vant pour les jeunes qui com­mencent dans le mé­tier. De notre cô­té, dès que nous avons un jeune qui semble avoir la flamme, on tente de lui mon­trer le plus de choses pos­sible afin de le gar­der.

Alain Pé­not: Le Qué­bec au­rait tout à ga­gner de s’ins­pi­rer de ce qui se fait ailleurs. Les étu­diants pour­raient al­ter­ner entre l’école et l’ap­pren­tis­sage en res­tau­rant, comme c’est le cas en Eu­rope. Ce­la leur per­met­trait de dé­cou­vrir la réa­li­té du mé­tier.

Fran­cis Bois­vert: C’est une bonne ques­tion. On tente par tous les moyens de s’adap­ter à eux, mais il faut aus­si qu’on trouve des in­ci­ta­tifs pour les ac­cro­cher. On en­vi­sage la pos­si­bi­li­té d’of­frir le pro­gramme du Sceau rouge. À l’achè­ve­ment de la for­ma­tion d’ap­pren­ti, le jeune cui­si­nier pour­rait re­ce­voir une sub­ven­tion de 1 000 $ du gou­ver­ne­ment fé­dé­ral. Ce­la pour­rait être une so­lu­tion sti­mu­lante.

AVEZ-VOUS DÉ­JÀ EN­VI­SA­GÉ LA POS­SI­BI­LI­TÉ DE PAR­TA­GER LE POUR­BOIRE ENTRE LES CUI­SI­NIERS ET LES SER­VEURS ?

Jo­sé Pierre Du­rand: La ques­tion mo­né­taire n’est pas uni­que­ment la so­lu­tion, mais c’est cer­tain que ce­la pour­rait ai­der. On a d’ailleurs com­men­cé à en par­ler.

Alain Pé­not: Il faut qu’on s’as­soie bien­tôt pour en par­ler. Mais en­core une fois, est-ce que ce­la se­ra suf­fi­sant pour gar­der nos jeunes cui­si­niers ? Il faut d’abord par­ve­nir à chan­ger les men­ta­li­tés. Un jeune em­ployé m’a dé­jà dit qu’il sou­hai­tait avoir moins d’heures pour faire du so­cial. On s’ef­force de s’adap­ter à leurs de­mandes, mais ce n’est pas ça la vraie vie.

Fran­cis Bois­vert: Nous en avons dé­jà par­lé, mais c’est au ni­veau de la fai­sa­bi­li­té que ça bloque. Ça en­gen­dre­rait beau­coup de ges­tion. Les ser­veurs et les cui­si­niers n’ont pas les mêmes ho­raires, ce qui com­pli­que­rait la mise en place d’un tel sys­tème. Ce­la pour­rait éga­le­ment créer du mé­con­ten­te­ment chez les em­ployés.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.