Chauf­fage au bois: aux ci­toyens de se pro­non­cer

L'Informateur - - ACTUALITÉS - > Guillaume Pi­card et Yvan Fortin

Le conseiller d’ar­ron­dis­se­ment Jo­seph Di Pie­tro es­père que ses conci­toyens se­ront nom­breux à par­ti­ci­per aux séances d’in­for­ma­tion et de consul­ta­tion pu­blique concer­nant le pro­jet de rè­gle­ment re­la­tif aux ap­pa­reils à com­bus­tibles so­lides.

Pre­nant la pa­role lors de la réunion du con­seil d’ar­ron­dis­se­ment, M. Di Pie­tro a sou­li­gné que les épi­sodes de smog ont des im­pacts né­ga­tifs sur la san­té pul­mo­naire et la qua­li­té de vie des ré­si­dents du sec­teur. « Les com­bus­tibles so­lides, dont le bois, émettent un vo­lume im­por­tant de par­ti­cules fines et d’autres ré­si­dus vo­la­tils les­quels contri­buent de ma­nière im­por­tante à l’ap­pa­ri­tion de smog hi­ver­nal. »

L’assemblée pu­blique de consul­ta­tion au­ra lieu le jeu­di 19 mars, à 19 h, à la salle du con­seil de l’hô­tel de ville mon­tréa­lais (275, No­treDame Est, mé­tro Champ-de-Mars). Deux autres séances pour­raient être ajou­tées les 24 et 25 mars (mêmes en­droit et heures) si la par­ti­ci­pa­tion des ci­toyens et des or­ga­nismes est grande. Les groupes et in­di­vi­dus in­té­res­sés à s’ex­pri­mer sur ce pro­jet de­vront s’ins­crire 30 mi­nutes avant le dé­but de l’assemblée ou à l’avance, en com­mu­ni­quant avec la Di­rec­tion du greffe au 514 872-3770 ou à com­mis­sions@ville.mon­treal.qc.ca. Les do­cu­ments peuvent être consul­tés dans les bu­reaux Ac­cès Mon­tréal, dans les bu­reaux d’ar­ron­dis­se­ment, à la Di­rec­tion du greffe ain­si que sur le site www.ville.mon­treal.qc.ca/com­mis­sions.

M. Di Pie­tro croit que l’en­trée en vi­gueur de ce rè­gle­ment se­rait une bonne chose. Il sou­ligne que « (…) La san­té des Mon­tréa­lais est une prio­ri­té pour l’ad­mi­nis­tra­tion mu­ni­ci­pale ».

L’ar­ron­dis­se­ment de RDP-PAT ar­rive en qua­trième place quant au nombre d’uni­tés de chauf­fage au bois, soit 5585 poêles et foyers.

AMÉ­LIO­RER LA QUA­LI­TÉ DE L’AIR

L’un des ini­tia­teurs du pro­jet de rè­gle­ment adop­té lors de l’assemblée du con­seil mu­ni­ci­pal du 23 fé­vrier der­nier, le conseiller de ville de Saint-Léo­nard Ouest, Do­mi­nic Perri, rap­pelle que le pro­jet de rè­gle­ment vise à in­ter­dire l’ins­tal­la­tion d’un ap­pa­reil à com­bus­tibles so­lides – le bon vieux poêle à bois –, dans une construc­tion neuve ou exis­tante.

Se­lon lui, il s’agit d’une ques­tion de san­té pu­blique, plu­sieurs études, dont une éma­nant de l’Ins­ti­tut Ar­mand-Frap­pier en 2007, ayant dé­mon­tré qu’il y a cor­ré­la­tion entre le chauf­fage au bois et le cancer du pou­mon.

Pré­oc­cu­pé par la qua­li­té de l’air, M. Perri juge que les épi­sodes de smog qui se mul­ti­plient chaque hi­ver com­mandent une ac­tion ur­gente et concer­tée de tous les pa­liers de gou­ver­ne­ment. D’ailleurs, de­puis un an, il est in­ter­dit à Saint-Léo­nard d’ins­tal­ler une che­mi- née dans une ré­si­dence neuve.

« Nous sommes ren­dus à 26 jours de mau­vaise qua­li­té de l’air à Mon­tréal, dit-il, lors d’une en­tre­vue te­nue le 11 fé­vrier. C’est un re­cord et la sai­son froide n’est pas en­core ter­mi­née. Cette pol­lu­tion est lar­ge­ment due au chauf­fage au bois et aux par­ti­cules fines qui s’en dé­gagent, des élé­ments in­vi­sibles (de la taille d’un ving­tième le dia­mètre d’un che­veu) qui se re­trouvent dans nos pou­mons, puis dans notre sang. Elles fi­nissent par obs­truer les ar­tères, comme le fait le cho­les­té­rol. »

Se­lon l’Of­fice mon­dial de la san­té, on peut to­lé­rer la pré­sence de 25 mi­cro­grammes par mètre cube de par­ti­cules fines sur une pé­riode de 24 heures, mais il n’est pas rare qu’à Mon­tréal on me­sure la pré­sence dans l’air de 35 mi­cro­grammes par mètre cube en trois heures seule­ment. »

Les per­sonnes les plus vul­né­rables sont d’ailleurs tou­chées, comme les aî­nés, les nour­ris­sons et les en­fants, les asth­ma­tiques (15 % de la po­pu­la­tion à Mon­tréal). Se­lon San­té Ca­na­da, en 2005, 1540 décès pré­ma­tu­rés sont sur­ve­nus à Mon­tréal en rai­son de la pol­lu­tion de l’air.

Con­trai­re­ment à ce que l’on pour­rait croire, ce n’est pas le sec­teur des tran­sports qui est à l’ori­gine du plus grand nombre de par­ti­cules fines pol­luant l’air de la mé­tro­pole. Les trois

sources, dans l’ordre, sont le chauf­fage au bois (47 %), l’ac­ti­vi­té in­dus­trielle (33 %) et le trans­port (17 %). Ce n’est d’ailleurs pas le cen­tre­ville qui est le plus af­fec­té par les par­ti­cules fines, mais des ar­ron­dis­se­ments comme Ri­vière-des-Prai­ries/Pointe-aux-Trembles, SaintLéo­nard, Ahunt­sic-Car­tier­ville et Pier­re­fond­sRox­bo­ro, les­quels comptent d’ailleurs le plus grand nombre d’uni­tés de chauf­fage au bois.

Sur l’île de Mon­tréal, 2500 ré­si­dences dis­posent d’un poêle à bois comme source prin­ci­pale de chauf­fage, alors que 82 500, dont 50 550 à Mon­tréal, l’ont adop­té comme sys­tème d’ap­point. À chaque sai­son froide, les émis­sions de par­ti­cules fines font en sorte qu’on ajoute l’équi­valent de 3,2 mil­lions de vé­hi­cules sur nos routes. D’ailleurs, se­lon En­vi­ron­ne­ment Ca­na­da, un poêle non cer­ti­fié qui chauffe pen­dant neuf heures émet suf­fi­sam­ment de par­ti­cules fines pour at­teindre les émis­sions to­tales d’un vé­hi­cule rou­lant 18 000 km par an­née.

« Plus on ap­prend de choses grâce à la re­cherche, plus on doit s’adap­ter, comme on l’a fait par le pas­sé avec les in­ci­né­ra­teurs, l’essence au plomb et la ci­ga­rette, re­late M. Perri. Il y avait de la ré­sis­tance à l’époque, mais nous sommes quand même par­ve­nus à faire du pro­grès, et la même chose va ar­ri­ver dans le dos­sier du chauf­fage au bois. J’en suis convain­cu. »

UN RO­MAN­TISME POL­LUANT

L’an­cien en­sei­gnant ne cache pas que cer­tains de ses col­lègues ont tar­dé à se ranger à ses cô­tés dans ce com­bat qui fait dé­jà ra­ger cer­tains ré­si­dents et mar­chands de poêles à bois.

« Les gens qui ont re­cours au chauf­fage au bois doivent sa­voir que c’est d’abord dan­ge­reux pour eux. Les par­ti­cules fines que crache leur che­mi­née re­viennent par les portes et les fe­nêtres. Je sais qu’un poêle à bois ou un feu de foyer, c’est re­laxant et agréable. C’est même ro­man­tique, ce­la fait par­tie de nos tra­di­tions et de notre culture de­puis des gé­né­ra­tions, mais c’était la même chose au­pa­ra­vant avec la ci­ga­rette et la ma­jo­ri­té de la po­pu­la­tion a fi­ni par com­prendre le bon sens. Je crois que les gens vont ré­duire eux-mêmes le chauf­fage au bois – parce qu’il existe d’autres fa­çons de se chauf­fer –, et qu’éven­tuel­le­ment, ils vont op­ter pour le pro­pane ou le gaz, deux moyens beau­coup moins pol­luants. »

Et les poêles à bois cer­ti­fiés, qu’on dit moins pol­luants ? « Ils pol­luent la moi­tié moins que les poêles tra­di­tion­nels, ce qui est en­core beau­coup trop. C’est sûr que ce­la va fâ­cher cer­tains ci­toyens, mais il faut faire face à la mu­sique et pen­ser au bien com­mun. Comme le titre du do­cu­men­taire d’Al Gore, l’an­cien vice-pré­sident des États-Unis le dit ( In­con­ve­nient Truth), la vé­ri­té dé­range », juge-t-il.

Pour M. Perri, il s’agit d’un pre­mier pas, car, dit-il, « j’ai com­pris qu’on ne peut pas ar­ri­ver au 10e étage sans d’abord pas­ser par le pre­mier, le deuxième et ain­si de suite. Éven­tuel­le­ment, il fau­dra que le gou­ver­ne­ment du Qué­bec, grand res­pon­sable de la san­té, mette en place un pro­gramme de rem­pla­ce­ment des poêles à bois. Ce se­rait un in­ves­tis­se­ment ren­table, parce que les pro­blèmes de san­té en­gendrent d’im­por­tants coûts. »

Des­champs) (Photo: Pa­trick

Le conseiller d’ar­ron­dis­se­ment Jo­seph Di Pie­tro croit que le pro­jet de rè­gle­ment vi­sant à in­ter­dire l’ins­tal­la­tion de

nou­veaux ap­pa­reils à com­bus­tibles so­lides dans les construc­tions neuves ou exis­tantes contri­bue­ra à l’amé­lio­ra­tion de la qua­li­té de l’air dans le sec­teur au cours des pro­chains hi­vers.

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