La catastrophe haï­tienne vue par l’agent Mi­chel Gi­rouard

L'Informateur - - LA UNE - > Yvan Fortin re­dac­tion_est@trans­con­ti­nen­tal.ca

Mi­chel Gi­rouard, agent so­cio­com­mu­nau­taire du poste de quar­tier 45, par­ti­cipe à une mis­sion in­ter­na­tio­nale en sol haïtien. Il était sur place quand le séisme a dé­vas­té Port-au-Prince et les ré­gions en­vi­ron­nantes. De­puis, avec ses col­lègues haï­tiens et des po­li­ciers des quatre coins du monde, il es­saie de main­te­nir un cer­tain ordre au coeur du chaos.

« J’étais à l’in­té­rieur de ma ré­si­dence de­puis 15 mi­nutes après ma jour­née de tra­vail quand la mai­son a com­men­cé à trem­bler de par­tout. Je me suis ac­cro­ché à une co­lonne pour ne pas tom­ber. Les cadres, lampes et bi­be­lots sont tom­bés par terre. La bibliothèque as­sez lourde se dé­pla­çait en sau­tillant. Je voyais à l’ex­té­rieur deux em­ployés de la ré­si­dence bou­ger comme des tou­pies au sol. J’ai eu la peur de ma vie ! », a rap­por­té le po­li­cier d’ex­pé­rience dans un échange de cour­riels. Il pré­cise que sa ré­si­dence pos­sé­dait des poutres d’acier dans ses co­lonnes et qu’elle a te­nu le coup... « Deux po­li­ciers ca­na­diens n’ont pas eu cette chance puisque leurs bâ­ti­ments se sont ef­fon­drés sur eux, les tuant. »

M, Gi­rouard a ap­pris à vivre avec les ré­pliques sis­miques jour­na­lières de puis­sances va­riables. « Tu ne dors pas la tête tran­quille. Ça de­vient éner­vant et in­sé­cu­ri­sant à la longue. On se de­mande s’il va y en avoir un autre gros. »

Le po­li­cier prai­ri­vois com­pare le centre-ville de Port-au-Prince à une ville bom­bar­dée de la Se­conde Guerre mon­diale. Il n’avait ja­mais vu au­tant de ca­davres. « Main­te­nant, le pays a cru--

el­le­ment be­soin d’aide. J’offre mes sym­pa­thies aux fa­milles haï­tiennes éprou­vées du quar­tier RDP », dé­clare-t-il.

L’APRÈS-SÉISME: « Après avoir re­trou­vé mes sens, j’ai vé­ri­fié si mes voi­sins étaient cor­rects, ce qui était le cas. Nous nous sommes ren­dus à la base de l’ONU pour nous rap­por­ter et faire des choses or­ga­ni­sées à par­tir de là. Mau­vaise sur­prise, c’était la désor­ga­ni­sa­tion à la base. »

Les pre­mières heures ont été consa­crées à re­trou­ver dans les en­tre­pôts à de­mi-ef­fon­drés les trousses d’ur­gence et les ré­fri­gé­ra­teurs où étaient les mé­di­ca­ments afin de four­nir les hô­pi­taux haï­tiens et les cli­niques im­pro­vi­sées où les bles­sés ar­ri­vaient tou­jours plus nom­breux.

Par la suite, il a par­ti­ci­pé aux tra­vaux de dé­ga­ge­ment des corps des po­li­ciers tués dans l’ef­fon­dre­ment. Il a aus­si trans­por­té des res­sor­tis­sants ca­na­diens en vue de leur ra­pa­trie­ment vers l’am­bas­sade, l’aé­ro­port, la base de l’ONU, etc. En plus, il a fait des pa­trouilles de sé­cu­ri­té avec des mi­li­taires jor­da­niens. « On se dé­pla­çait len­te­ment en convoi pour sé­cu­ri­ser les lieux et la po­pu­la­tion. Il y avait du pillage un peu par­tout. Tel­le­ment que l’on ne pou­vait pas contrô­ler ça. On s’as­su­rait juste de pro­té­ger la vie et la san­té des gens. La po­pu­la­tion n’était pas hos­tile en­vers nous, au contraire. Elle était contente de notre pré­sence. »

M. Gi­rouard sou­ligne l’im­pli­ca­tion des po­li­ciers haï­tiens. Mal­gré qu’ils aient per­du de très nom­breux membres de leur fa­mille, de même que plu­sieurs de leurs col­lègues et la ma­jo­ri­té de leurs équi­pe­ments dans l’ef­fon­dre­ment de leurs com­mis­sa­riats, ils conti­nuent à faire de leur mieux avec très peu de res­sources pour ai­der leurs conci­toyens.

L’agent du PDQ 45 ajoute que de nom­breux mes­sages d’en­cou­ra­ge­ment lui sont par­ve­nus de ré­si­dents de RDP par l’en­tre­mise de son col­lègue Nor­mand Sé­guin. « Ça m’a beau­coup tou­ché et ça fait du bien de re­ce­voir cet ap­pui et je tiens à les re­mer­cier. »

« Quand tu vis ces si­tua­tions uniques, il se crée des liens d’ami­tié ex­tra­or­di­naires au sein de notre gang de po­li­ciers ca­na­diens, mais aus­si avec nos col­lègues po­li­ciers de Haïti et des autres pays. Tu réa­lises qu’on est tous pa­reils et qu’on tra­vaille pour une cause com­mune: le mieux-être de tous », de conclure l’agent de po­lice prai­ri­vois, en poste de­puis quelques mois dans ce pays.

(Photo: gra­cieu­se­té Do­nald Tur­cotte)

Ce po­li­cier haïtien est épui­sé et s’ac­corde une pause de quelques mi­nutes dans une rue du centre-ville de la ca­pi­tale. Il semble im­puis­sant de­vant tout ce qui se passe mais ce n’est pas le cas, men­tionne l’agent Mi­chel Gi­rouard. « Il est là et peut ai­der ses conci­toyens. » Dans le cadre de sa mis­sion à Haïti, M. Gi­rouard était as­si­gné à l’Aca­dé­mie de po­lice de Port-au-Prince.

(Photo: gra­cieu­se­té Do­nald Tur­cotte)

Mi­chel Gi­rouard avec son col­lègue Do­nald Tur­cotte, lui aus­si du Ser­vice de po­lice de la Ville de Mon­tréal, juste avant que les deux hommes ne par­ti­cipent avec des mi­li­taires pa­kis­ta­nais à une in­ter­ven­tion vi­sant à dé­ga­ger l’une des en­trées de l’aé­ro­port de Port-au-Prince blo­quée par une foule désem­pa­rée.

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