AME­NER DE L’EAU À NOTRE MOU­LIN

Claude Ar­se­nault, ci­toyen en­ga­gé et pré­sident de la So­cié­té pour la Sau­ve­garde du Pa­tri­moine de Pointe-Claire, se bat corps et âme afin de pré­ser­ver le pa­tri­moine cultu­rel et his­to­rique de son vil­lage, ain­si que du mou­lin, hé­ri­tage du ré­gime fran­çais de 1

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Sac à dos en­fi­lé, Claude Ar­se­nault mène la voie d’un pas dé­ter­mi­né. Il jette un coup d’oeil ra­pide à sa droite. Un peu plus loin, le couvent des Soeurs de la Congré­ga­tion de Notre-Dame semble dé­sert. Il en­jambe alors la dé­li­mi­ta­tion. «Je suis l’un des seuls à avoir la clé du mou­lin. On me laisse ve­nir, faire des vi­sites gui­dées aux jeunes, mais bon, ça reste une pro­prié­té pri­vée au­jourd’hui.» Après s’être frayé un che­min à tra­vers les hautes herbes, le mou­lin de Pointe-Claire est dé­voi­lé. Es­pace res­treint, air et murs hu­mides: l’in­té­rieur du mou­lin est com­plè­te­ment vide et n’a plus son mé­ca­nisme. C’est ce que par­tage Claude Ar­se­nault à notre heb­do­ma­daire, qui a pas­sé une après­mi­di avec le mo­li­no­logue et l’ébé­niste de pro­fes­sion. Né à Pointe-Claire en 1954, le bé­né­vole men­tionne l’amour qu’il porte à «son coin de pays». «J’ai vu 25 mai­sons pa­tri­mo­niales dis­pa­raître ici à Pointe-Claire. Ça m’at­triste ter­ri­ble­ment, parce que chaque bâ­tisse pos­sède une his­toire, un vé­cu.» Se­lon lui, le pa­tri­moine se perd, se dé­té­riore même, et c’est à la Ville de se do­ter d’ou­tils et de rè­gle­ments. «Ce­la fait six ans qu’on me dit que le pro­jet de res­tau­ra­tion du mou­lin est en at­tente et que la mu­ni­ci­pa­li­té est en dis­cus­sion, fus­tige-t-il. Il est im­por­tant que les ci­toyens soient au cou­rant de la ri­chesse de notre pa­tri­moine.» En 2000, Claude Ar­se­nault dé­cide de prendre l’ave­nir de son vil­lage entre ses mains et fonde la So­cié­té pour la Sau­ve­garde du Pa­tri­moine de Pointe-Claire. En 11 ans d’exis­tence, l’as­so­cia­tion a réus­si à as­su­rer la sau­ve­garde de l’in­té­gri­té ar­chi­tec­tu­rale de la Pointe de Pointe-Claire, ain­si que celle de trois mai­sons pa­tri­mo­niales. L’un des plus grands ac­com­plis­se­ments du vo­lon­taire de­meure le voyage qu’il en­tre­prend en 2006 en France, où il y vi­site une di­zaine de mou­lins à vent de l’époque de la co­lo­nie fran­çaise. «Ma crainte est que l’on res­taure notre mou­lin comme ceux de l’époque an­glaise, alors qu’il s’agit d’un ves­tige de l’époque fran­çaise. Le but de ce voyage était jus­te­ment de trou­ver une ex­per­tise fran­çaise, pour leur prou­ver qu’il est pos­sible de le res­tau­rer comme il se doit.» Une réa­li­té dure à ava­ler. «Je tra­vaille à temps plein en pa­tri­moine de­puis dix ans, bé­né­vo­le­ment, et ce­la me coûte de l’ar­gent per­son­nel­le­ment. On a réa­li­sé de très beaux pro­jets de sau­ve­garde et de mise en va­leur du pa­tri­moine, mais mal­gré tout ce tra­vail, on perd tou­jours notre pa­tri­moine», se dé­sole Claude Ar­se­nault. «Ma plus grande dé­cep­tion, c’est de ne pas avoir réus­si à sen­si­bi­li­ser la ville de Pointe-Claire à l’im­por­tance d’agir dans un do­maine qui est de sa res­pon­sa­bi­li­té.» Mais l’homme de 54 ans ne perd pas es­poir. Grand op­ti­miste, il «es­père que les choses vont chan­ger un jour, pour le mieux». Pointe-Claire fê­te­ra le tri­cen­te­naire de sa créa­tion en 2013. Pour l’oc­ca­sion, Claude Ar­se­nault pré­voit la sor­tie d’un livre, avec plus de 1 000 ico­no­gra­phies his­to­riques du vil­lage. Le mo­li­no­logue ten­te­ra de ra­con­ter le pas­sé de Pointe-Claire, de 1672 à au­jourd’hui. «Nous irons aux sources et je de­mande dé­jà à tous les ci­toyens de re­trou­ver leurs actes no­ta­riés afin d’en ap­prendre le plus pos­sible sur nos ori­gines.»

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