Gangs de rue : la « py­ra­mide » est in­tacte

La dé­pen­dance des gangs au crime or­ga­ni­sé de­meure in­chan­gée

L'Informateur - - ACTUALITÉS - An­toine Dion-Or­te­ga an­toine.dio­nor­te­ga@trans­con­ti­nen­tal.ca

Dans la longue sé­rie d’at­taques in­cen­diaires qui ont em­bra­sé tout le nord-est de Mon­tréal l’hi­ver der­nier, les gangs de rue n’au­ront somme toute joué qu’un rôle bien ins­tru­men­tal. Signe que la dé­pen­dance des gangs aux or­ga­ni­sa­tions cri­mi­nelles tra­di­tion­nelles, loin d’al­ler en s’ame­nui­sant, de­meure en­core bien réelle.

C’est ce que croit l’ins­pec­teur Charles Mailloux, qui di­rige les opé­ra­tions du Ser­vice des en­quêtes spé­cia­li­sées au Ser­vice de po­lice de la Ville de Mon­tréal (SPVM).

« Ce dont on s’est aper­çu, c’est que souvent les gangs de rue étaient em­ployés comme hommes de bras, pour mettre le feu, dans des guerres de ter­ri­toire entre Ita­liens, a-t-il no­té en en­tre­vue. Ceux-ci pro­fi­taient d’une maind’oeuvre bon mar­ché, souvent as­so­ciée aux gangs de rue, pour faire la sale be­sogne. »

Se­lon M. Mailloux, la grande rafle de l’opé­ra­tion Co­li­sée, me­née en no­vembre 2006 dans la ré­gion du Grand Mon­tréal et ayant me­né à plus de 80 ar­res­ta­tions, a lais­sé des « trous » dans les ré­seaux de dis­tri­bu­tion, qui n’ont pas man­qué d’at­ti­ser bien des convoi­tises dans les rangs des autres or­ga­ni­sa­tions ita­liennes. Des pe­tites chi­canes ont émer­gé sur la ques­tion de la suc­ces­sion dans les ter­ri­toires ra­tis­sés par l’opé­ra­tion po­li­cière. Qui hé­ri­te­rait donc du ter­ri­toire sou­dain de­ve­nu va­cant?

« Il y a eu des pe­tites guerres pour s’ac­ca­pa­rer des mar­chés, a ex­pli­qué M. Mailloux. C’est tou­jours au ni­veau de la py­ra­mide : qui est-ce qui ap­pro­vi­sionne [tel ou tel ter­ri­toire]? C’est de la vente py­ra­mi­dale. Ce­lui qui convoite un nou­veau mar­ché met de la pres­sion sur les per­sonnes, par des me­naces, des in­cen­dies, comme pour dire, “Tu prends mon stock à moi. C’est à moi que tu t’ap­pro­vi­sionnes si tu veux res­ter en place”.»

C’est alors que de­viennent bien utiles les gangs de rue, ré­serve ap­pa­rem­ment in­épui­sable de hit men peu coû­teux.

Mais une chose est sûre, se­lon M. Mailloux : mal­gré les tur­bu­lences que tra­ver­saient les or­ga­ni­sa­tions tra­di­tion­nelles, à au­cun mo­ment les gangs sont ve­nus près de prendre leur place. La struc­ture hié­rar­chique de­meure donc in­tacte, tout sim­ple­ment parce que les gangs n’ont tou­jours pas ac­cès aux ré­seaux d’ap­pro­vi­sion­ne­ment.

« En­ten­dons-nous : les gangs n’ont pas pris le contrôle des ca­fés ita­liens, a te­nu à pré­ci­ser l’ins­pec­teur. Pré­sen­te­ment, ils com­mencent à avoir un ap­pro­vi­sion­ne­ment qui vient de l’ex­té­rieur, mais sont en­core très dé­pen­dants du crime or­ga­ni­sé tra­di­tion­nel. Ils ont des chaînes pour ren­trer de la drogue, mais pas aus­si per­fec­tion­nées. Ils ont bien des chèvres, des cou­riers qui porte de la drogue sur eux, mais seu­le­ment au ki­lo. »

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