Pas de fu­mée sans feu

Un in­ci­ta­tif pour éli­mi­ner les poêles à bois

L'Informateur - - ACTUALITÉS - Tran­che­mon­ta Daph­née gne daph­nee.tran­che­mon­tagne@trans­con­ti­nen­tal.ca

Ou­bliez la vi­sion ro­man­tique du feu de foyer au­près du­quel on se ré­chauffe lors des froides nuits d’hi­ver. Chaque an­née, près de 1500 per­sonnes meurent des suites d’une ex­po­si­tion pro­lon­gée à la fu­mée. De­vant ce constat, la Ville de Mon­tréal a dé­ci­dé, en 2009, d’in­ter­dire l’ins­tal­la­tion de nou­veaux foyers. Près de deux ans plus tard, la Ville-centre s’at­taque à ceux dé­jà exis­tants en créant, avec l’ap­pui du gou­ver­ne­ment pro­vin­cial, un pro­gramme de com­pen­sa­tion fi­nan­cière pour ceux qui se dé­bar­rassent de leur sys­tème de chauf­fage au bois.

Do­mi­nic Per­ri, qui pré­side la Com­mis­sion per­ma­nente du con­seil de l’ag­glo­mé­ra­tion sur l’en­vi­ron­ne­ment, le trans­port et les in­fra­struc­tures, mi­lite de­puis des an­nées pour que les che­mi­nées dis­pa­raissent du ter­ri­toire mon­tréa­lais.

À Ri­vière- des- Prai­ries – Pointe- auxT­rembles, on re­trouve près de 5585 sys­tèmes de chauf­fage au bois, ce qui classe l’ar­ron­dis­se­ment au qua­trième rang, der­rière l’ar­ron­dis­se­ment Dol­lard-des-Or­meaux (6064), la ville de Bea­cons­field (5948) et l’ar­ron­dis­se­ment SaintLéo­nard (5605).

Se­lon M. Per­ri, ce­la cause un pro­blème de concen­tra­tion.

« Le soir, en hi­ver, on rentre à la mai­son et le foyer s’al­lume. Dans les zones comme Saint- Léo­nard, Ri­vière-des-Prai­ries et la par­tie nord de l’île, la pol­lu­tion et les par­ti­cules fines aug­mentent. Un poêle qui fonc­tionne pen­dant neuf heures émet au­tant de par­ti­cules qu’une voi­ture qui roule pen­dant 18 000 km.

« À Mon­tréal, 47 % des par­ti­cules fines dans l’air pro­viennent du chauf­fage au bois, contrai­re­ment à 33 % qui pro­viennent des in­dus­tries et 17 % qui pro­viennent du trans­port », in­forme-t-il.

Cette pol­lu­tion de l’air est à l’ori­gine du smog hi­ver­nal qui af­fecte les per­sonnes vul­né­rables, comme les per­sonnes âgées. Se­lon le pro­fil so­cio­dé­mo­gra­phique de l’ar­ron­dis­se­ment, pu­blié en 2006, celles-ci com­posent près de 15 % de la po­pu­la­tion de RDP-PAT.

« Pour les gens qui vont faire de l’exer­cice à l’ex­té­rieur en hi­ver, c’est en­core pire, puis­qu’ils res­pirent en­core plus d’air. Ça af­fecte les jeunes et les per­sonnes qui ont des ma­la­dies car­dio­res­pi­ra­toires. Il y a aus­si une cor­ré­la­tion avec les cas de can­cer du pou­mon », fait sa­voir M. Per­ri.

Chan­ger les men­ta­li­tés

Dans cette croi­sade contre le chauf­fage au bois, le prin­ci­pal dé­fi est de chan­ger les men­ta­li­tés.

« Les gens croient que c’est na­tu­rel, que ça sent bon et que ç’a un ef­fet de cha­leur… Les gens ont aus­si dé­jà pen­sé que fu­mer la ci­ga­rette, ce n’était pas si mau­vais », illustre le conseiller.

Néan­moins, il es­time que lorsque l’on ex­plique les dan­gers de la fu­mée aux gens, ceux-ci sont prêts à faire les chan­ge­ments né­ces­saires.

Un in­ci­ta­tif fi­nan­cier

Le gou­ver­ne­ment du Qué­bec ver­se­ra 6 M$ à la créa­tion du pro­gramme qui se­ra gé­ré par l’or­ga­nisme Équi­terre.

Les per­sonnes qui re­tirent leur foyer re­ce­vront une com­pen­sa­tion fi­nan­cière de l’ordre de 300 $ tan­dis que celles qui dé­si­rent rem­pla­cer leur poêle au bois par un foyer au gaz pour­ront bé­né­fi­cier d’une aide fi­nan­cière al­lant jus­qu’à 950 $.

« Ce n’est pas beau­coup, mais il faut se rap­pe­ler que les poêles à bois ne sont pas éter­nels. Éven­tuel­le­ment, il faut les rem­pla­cer. C’est le temps de chan­ger pour un foyer au gaz. Et là, on a une sub­ven­tion », conclut M. Per­ri.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.