Le pro­ces­sus d’im­plan­ta­tion des tours de té­lé­com­mu­ni­ca­tion se­ra re­vu

L'Informateur - - CHANGEONS LE MONDE ! - Si­mon Bous­quet si­mon.bous­quet-ri­chard@trans­con­ti­nen­tal.ca

Louis Per­ron et Yvon La­forge ha­bitent der­rière l’aré­na Ro­drigue-Gil­bert de Pointe-auxT­rembles. Le 12 août, les deux voi­sins re­çoivent une lettre re­com­man­dée de Ro­gers les avi­sant que la com­pa­gnie im­plan­te­ra une tour de té­lé­com­mu­ni­ca­tion dans le sta­tion­ne­ment de l’aré­na. Op­po­sés au pro­jet, les voi­sins en­tre­prennent de faire si­gner une pé­ti­tion. Quelle ne fut pas leur sur­prise en ap­pre­nant qu’eux seuls avaient re­çu la lettre.

Un pro­jet qui contourne les élus

Les voi­sins de MM. Per­ron et La­forge n’ont pas été contac­tés par Ro­gers puisque la com­pa­gnie est te­nue de con­sul­ter les ré­si­dents dans un rayon de 72 mètres, se­lon Sté­pha­nie Jar­rold, conseillère chez Ro­gers. « Bien que la lettre in­vite les ci­toyens à émettre des com­men­taires, il semble que le pro­jet soit un fruit mûr, es­time M.Per­ron. Nous avons contac­té Ro­gers et ils sont ren­dus à la si­gna­ture des baux. »

Puisque les té­lé­com­mu­ni­ca­tions sont de com­pé­tence fé­dé­rale, Ro­gers doit suivre le pro­ces­sus mis en place par In­dus­trie Ca­na­da. Dans sa lettre, Ro­gers sti­pule à plu­sieurs re­prises s’être confor­mé aux règles et avoir tra­vaillé de concert avec les au­to­ri­tés res­pon­sables du sol, soit l’ar­ron­dis­se­ment Ri­vière-des-Prai­ries– Pointes-aux-Trembles. De son cô­té, Ca­ro­line Bour­geois, conseillère de l’ar­ron­dis­se­ment, af­firme que le dos­sier n’a ja­mais pas­sé sur le bu­reau des élus. « Ce sont les ser­vices ad­mi­nis­tra­tifs de l’ar­ron­dis­se­ment qui ont dia­lo­gué avec Ro­gers », ex­plique Mme Bour­geois.

Ro­gers semble ef­fec­ti­ve­ment avoir sui­vi toutes les exi­gences d’In­dus­trie Ca­na­da puisque le dé­par­te­ment d’ur­ba­nisme de l’ar­ron­dis­se­ment est char­gé d’étu­dier ce genre de de­mande et qu’au­cune obli­ga­tion de consul­ta­tion pu­blique n’est pré­vue par la Ville. « Les élus doivent dis­cu­ter de ce genre de pro­jet pour veiller aux in­té­rêts de toutes les par­ties », croit Mme Bour­geois, qui s’in­té­resse au dos­sier de­puis plu­sieurs mois. Elle a d’ailleurs dé­po­sé une mo­tion au conseil de ville en no­vembre 2010, qui a me­né à l’adop­tion d’un rè­gle­ment. L’Of­fice de consul­ta­tion pu­blique de Mon­tréal tien­dra ain­si une consul­ta­tion sur un pro­jet de rè­gle­ment vi­sant à en­ca­drer l'ins­tal­la­tion des an­tennes de té­lé­com­mu­ni­ca­tion sur l’en­semble de l’île de Mon­tréal entre le 19 sep­tembre et le 20 oc­tobre. Mme Bour­geois as­sure que les pro­jets se­ront blo­qués jus­qu’à la fin de la consul­ta­tion pu­blique.

« Les mu­ni­ci­pa­li­tés ont la com­pé­tence de ré­gir les an­tennes de té­lé­com­mu­ni­ca­tion et il est per­ti­nent d’as­su­rer une cer­taine co­hé­rence sur l’en­semble du ter­ri­toire », se­lon le rap­port

Pro­blèmes de san­té

du co­mi­té ad hoc, qui a été for­mé à la suite de l’adop­tion de ce rè­gle­ment. De son cô­té, Mme Jar­rold as­sure que la Ville a ef­fec­ti­ve­ment un droit de re­gard sur l’im­plan­ta­tion d’une tour de té­lé­com­mu­ni­ca­tion et que si la de­mande d’uti­li­ser un ter­rain est re­fu­sée, le pro­jet n’ira pas de l’avant. C’est d’ailleurs ce qui avait fait avor­ter un pro­jet d’ins­tal­la­tion de tours sur les bâ­ti­ments de la Com­mis­sion sco­laire de la Pointe-de-l’Île (CSPI). « Nous avions re­fu­sé parce que le pro­jet sou­le­vait des ques­tions à sa­voir si les ondes sont dom­ma­geables pour les jeunes et la Com­mis­sion ne vou­lait pas cou­rir la chance », confirme Ch­ris­tiane St-Onge, di­rec­trice des com­mu­ni­ca­tions de la CSPI. Les ré­si­dents s’in­quiètent de l’ef­fet vi­suel qu’au­ra une tour de té­lé­com­mu­ni­ca­tion. « Avec une an­tenne de­vant ma mai­son, je ne se­rai ja­mais ca­pable de la vendre », s’in­quiète M.Per­ron, qui a re­cueilli 168 noms de ci­toyens dé­fa­vo­rables au pro­jet. Dans une lettre envoyée à Ro­gers, la dé­pu­tée fé­dé­rale Ève Pé­clet ex­prime son mé­con­ten­te­ment et de­mande à la com­pa­gnie des ex­pli­ca­tions sur le choix d’ins­tal­ler une an­tenne dans une zone ré­si­den­tielle.

Plus in­quié­tant en­core, « il n’y a pas d’étude concluante sur les ef­fets a long terme d’une proxi­mi­té avec ce type de tour », dé­plore Mme Bour­geois. La com­mu­nau­té scien­ti­fique est dé­chi­rée au su­jet des ef­fets des rayon­ne­ments élec­tro­ma­gné­tiques de ra­dio­fré­quences (RF). Cer­tains af­firment que la li­mite de RF fixée par In­dus­trie Ca­na­da est bien in­fé­rieure au seuil à par­tir du­quel des ef­fets no­cifs peuvent se ma­ni­fes­ter, alors que d’autres « ont af­fir­mé avoir me­né des études ré­vé­lant que des ef­fets bio­lo­giques non ther­miques étaient as­so­ciés à l’ex­po­si­tion au RF », se­lon un rap­port du Co­mi­té per­ma­nent de la san­té.

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