SKOWANOTI en amé­rin­dien, soit la ri­vière en ar­rière

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Nous avons peu conscience, comme Mon­tréa­lais, de vivre au sein d’un ar­chi­pel ex­cep­tion­nel et de pos­sé­der une telle ri­chesse hy­drique, mais aus­si fau­nique, nau­tique, tou­ris­tique et com­mer­ciale.

Ces « routes qui marchent» - comme les nom­maient les au­toch­tones - ont joué, pen­dant des siècles, un rôle ma­jeur dans l’oc­cu­pa­tion du ter­ri­toire. Les Amé­rin­diens des­cen­daient notre ri­vière, chaque été, en di­rec­tion de l’es­tuaire du Saint-Laurent, pour les échanges et la pêche. De leur cô­té, les pre­miers Eu­ro­péens se dé­pla­çaient en barques et ca­nots pour le trans­port des four­rures, aux 17e et 18e siècles, et en ra­deaux et «cages» - d’où le terme de «ca­geux» - pour ce­lui du bois, au 19e siècle.

Il faut rap­pe­ler aus­si le rôle de la ri­vière comme voie de com­mu­ni­ca­tion entre les îles. Nous sa­vons que, dès 1831, les ha­bi­tants de l’île Jé­sus, sec­teur Saint-Fran­çois, ré­cla­maient leur rat­ta­che­ment à la pa­roisse de Saint-Jo­seph de Ri­viè­redes-Prai­ries qui leur était ac­ces­sible, sur­tout en hi­ver.

Le 10 avril 1782, un dé­nom­mé Pierre Ch­ris­tin dit St-Amour ob­tint un per­mis d’ex­ploi­ta­tion d’un tra­ver­sier, à la hau­teur du vil­lage. Une autre tra­verse se trou­vait entre le bout de l’île et La­che­naie.

La proxi­mi­té de la ri­vière ex­plique le dé­ve­lop­pe­ment li­néaire du quar­tier. On y pui­sait une eau saine pour tous les be­soins do­mes­tiques, pour l’agri­cul­ture et l’éle­vage. La glace ce dé­cou­pée au prin­temps sur la ri­vière, était en­tre­po­sée dans ns des lo­caux conçus à cet ef­fet, telle la gla­cière Long­pré, sur la 69e Ave­nue.

La pêche était une ac­ti­vi­té vi­tale. Les es­pèces de pois­sons ns abon­daient. Le gi­bier ne de­man­dait qu’à rem­plir le gar­dee­man­ger.

Mau­rice Pa­ré, 92 ans, ra­conte qu’il se bai­gnait et pê­chait, t, en­fant, dans cette ri­vière ma­gni­fique. Les îles étaient ré­serr­vées au pâ­tu­rage.

Que de faits à ra­con­ter à pro­pos de cette ri­vière! Mais aus­si quelques mé­faits. Les inon­da­tions, par exemple, plus fré­quentes qu’au­jourd’hui. En 1932, on in­aug­wure la cen­trale élec­trique, per­met­tant une cer­taine ré­gu­la­tion des eaux.

L’usage des brise-glace est de mise, vers 1955, pour pré­ve­nir les em­bâcles. En­fin, en 1985, un nou­vel éva­cua­teur de crues éloigne le dan­ger des crues prin­ta­nières. Usine de trai­te­ment des eaux, bar­rage, parcs ri­ve­rains, pont de l’au­to­route 25, ce sont là des ou­vrages pu­blics d’en­ver­gure. Mais le pro­jet le plus gi­gan­tesque – et ja­mais réa­li­sé – est cer­tai­ne­ment ce­lui de la ca­na­li­sa­tion de la ri­vière des Prai­ries. Avec le per­ce­ment en­vi­sa­gé d’un cou­loir pour les na­vires océa­niques, la Pointe de l’Île a frô­lé le titre de «Pa­na­ma du Nord»!

Hu­bert Le­wis

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