Vers une meilleure édu­ca­tion en pri­son

L'Informateur - - ACTUALITÉS - Des­jar­din■Josianne s josianne.des­jar­dins@trans­con­ti­nen­tal.ca

Cer­tains dé­te­nus ont com­mis l’ir­ré­pa­rable dans leur pas­sé. Le Cé­gep Ma­rie-Vic­to­rin sou­haite tout de même mieux les ré­ha­bi­li­ter en amé­lio­rant l’édu­ca­tion dans les pri­sons d’ici et d’ailleurs.

Avec plus de 40 ans d’ex­per­tise dans le mi­lieu car­cé­ral, c’est par le biais de la Chaire Unesco de re­cherche ap­pli­quée pour l’édu­ca­tion en pri­son, inau­gu­rée le 27 sep­tembre, que le cé­gep réus­si­ra à lan­cer de nou­veaux pro­jets per­met­tant de dé­ve­lop­per la qua­li­té des ser­vices dans ce sec­teur.

Jean-Pierre Mi­ron, le ti­tu­laire de la Chaire, veut d’ailleurs dé­mon­trer que l’édu­ca­tion est es­sen­tielle pour la ré­in­ser­tion so­ciale, mais aus­si pour évi­ter la ré­ci­dive des sor­tants de pri­son.

« De­puis tou­jours, on se fait de­man­der qu’est-ce que ça donne la ré­ha­bi­li­ta­tion? Je peux dire que ça rap­porte vrai­ment. Un cri­mi­nel en pri­son, ça coûte ex­ces­si­ve­ment cher et s’il re­vient en plus, c’est pire. Il faut faire cer­taines re­cherches pour prou­ver que l’édu­ca­tion dans les pri­sons, c’est quelque chose de ren­table so­cia­le­ment », sou­tient-il.

Après avoir oeu­vré de nom­breuses an­nées dans ce mi­lieu « hos­tile », M. Mi­ron af­firme que l’as­pect hu­main de cette édu­ca­tion joue un rôle im­por­tant.

« Nous sa­vons que pour la ré­ha­bi­li­ta­tion, ce qui a un im­pact, c’est la re­la­tion entre les pro­fes­seurs et les étu­diants. Ces gens-là sont par­fois ap­pe­lés à res­ter toute leur vie dans ce sys­tème et on pense qu’ils ne sont pas in­té­res­sés à chan­ger. Quand on sait qu’on peut ap­prendre les choses d’une autre fa­çon, c’est dif­fé­rent », consi­dère-t-il.

Si plu­sieurs contre­ve­nants se montrent in­dif­fé­rents par rap­port à la « souf­france » qu’ils vivent en pri­son, M. Mi­ron est convain­cu qu’ils en sortent mieux pré­pa­rés pour af­fron­ter la réa­li­té en étu­diant dans un do­maine qui les in­té­resse.

Une mis­sion in­ter­na­tio­nale

L’un des ob­jec­tifs de cette chaire est de fa­ci­li­ter le par­tage des connais­sances à l’in­ter­na­tio­nal sur l’édu­ca­tion en mi­lieu car­cé­ral. Une dou­zaine de cher­cheurs se­ront dé­lé­gués pour dif­fé­rentes ré­gions du monde, no­tam­ment en Amé­rique du Sud, en Eu­rope ou en­core en Afrique du Nord.

Jus­qu’à pré­sent, le Bré­sil s’est mon­tré in­té­res­sé à par­ta­ger les pro­jets de re­cherche de la chaire avec ses sept ins­ti­tuts fé­dé­raux. Une as­so­cia­tion de ré­in­té­gra­tion so­ciale en Aus­tra­lie veut aus­si col­la­bo­rer au pro­jet.

La di­rec­trice gé­né­rale du cé­gep, Ni­cole Rouiller, voit l’oc­ca­sion de faire connaître le pro­gramme d’aide aux études col­lé­giales pour les per­sonnes ju­di­cia­ri­sées PRET 2000. Ce­lui­ci offre de l’ac­com­pa­gne­ment à l’étu­diant pour l’in­ci­ter à pour­suivre ses études une fois qu’il est li­bé­ré.

« Lorsque l’étu­diant est en pri­son, il a le sup­port du groupe et le pro­fes­seur a tout le temps de s’oc­cu­per de ses élèves. Il est donc très en­ca­dré et le dan­ger lors­qu’il quitte, c’est qu’il perde la mo­ti­va­tion, fasse les mau­vais choix et se dé­cou­rage en cours de route », ex­plique-t-elle.

Pour pour­suivre ses ac­ti­vi­tés au fil des ans, le Cé­gep Ma­rie-Vic­to­rin compte sur l’ap­pui du mi­nis­tère de l’Édu­ca­tion et des Ser­vices cor­rec­tion­nels ca­na­diens pour fi­nan­cer la chaire à rai­son de 100 000$ par an­née.

Un site In­ter­net a été mis sur pied pour mettre à la dis­po­si­tion des cher­cheurs, édu­ca­teurs, ad­mi­nis­tra­teurs de pri­son ou en­core des or­ga­nismes les pu­bli­ca­tions et les ré­sul­tats des dif­fé­rentes re­cherches pour in­no­ver sur le plan de l’édu­ca­tion en pri­son. Pour con­sul­ter le site web de la chaire : www.cmv-edu­care.com.

Le res­ser­re­ment des peines de pri­son

Le gou­ver­ne­ment Har­per a ré­cem­ment dé­po­sé le pro­jet de loi C-10 per­met­tant aux pro­cu­reurs de la Cou­ronne de ju­ger les jeunes cri­mi­nels trou­vés cou­pables de crimes graves de­vant des tri­bu­naux pour adultes. Mme Rouiller se dit contre cette me­sure.

« Ce vi­rage vers une plus grande sé­vé­ri­té pour les jeunes contre­ve­nants, au Qué­bec, nous sommes vrai­ment à l’op­po­sé de ça. On vise plu­tôt la ré­in­té­gra­tion, le sou­tien aux jeunes et aux dé­te­nus. Je trouve ça in­quié­tant mais comme édu­ca­teur, mais on ne voit pas en­core les ef­fets né­ga­tifs pour les ser­vices of­ferts en édu­ca­tion », in­dique-t-elle.

En bref

Le Cé­gep Ma­rie-Vic­to­rin a dé­ve­lop­pé une ex­per­tise de­puis 1973 dans mi­lieu car­cé­ral. Il est le seul éta­blis­se­ment col­lé­gial à of­frir de l’en­sei­gne­ment en mi­lieu car­cé­ral.

Il offre des pro­grammes di­plô­més, comme en sciences hu­maines, et offre de la for­ma­tion pour « la pré­pa­ra­tion à la sor­tie » et « l’ac­com­pa­gne­ment en com­mu­nau­té » dans les pé­ni­ten­ciers fé­dé­raux du pays.

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