JO­SÉE MEILLEUR, « PAS­SEUSE » ENTRE LA PRI­SON ET LE MONDE EX­TÉ­RIEUR

L'Informateur - - CHANGEONS LE MONDE ! - An­toine Dion-Or­te­ga an­toine.dio­nor­te­ga@trans­con­ti­nen­tal.ca

De­puis plus d’une ving­taine d’an­née, Jo­sée Meilleur tra­vaille aux marges de notre so­cié­té, s’as­su­rant que la tran­si­tion des dé­te­nus entre la pri­son et le monde ex­té­rieur se fasse de fa­çon po­si­tive. Co­or­don­na­trice cli­nique à la Mai­son de tran­si­tion Saint-Laurent, à Mon­tréal-Nord, Mme Meilleur oeuvre tout à fait dans l’ombre, son mé­tier – à une époque où cer­tains veulent « ser­rer la vis » aux cri­mi­nels – étant loin de faire tous les jours les man­chettes. « J’ai tou­jours ai­mé tout ce qui est mar­gi­nal, ad­met tout de suite Mme Meilleur, 46 ans. Sou­vent, c’est dans les mi­lieux qui re­butent les gens que je me dis qu’il y au­rait sans doute quelque chose à faire là. » Rê­vant de de­ve­nir avo­cate au cri­mi­nel, Mme Meilleur se lance en cri­mi­no­lo­gie à l’Uni­ver­si­té de Mon­tréal. En cours de route, tou­te­fois, elle réa­lise que ce qui la branche, c’est l’après du par­cours car­cé­ral : ce que de­viennent ces gens-là après avoir pur­gé leur peine. D’abord, il faut com­prendre que les dé­te­nus qui passent à la Mai­son SaintLaurent sortent le plus sou­vent d’éta­blis­se­ments pro­vin­ciaux : Bor­deaux, Ri­viè­redes-Prai­ries, Saint-Jé­rôme, etc. Donc les peines qu’ils viennent de pur­ger sont de moins de deux ans. C’est pour­quoi, en moyenne, quatre mois en tran­si­tion s’avèrent suf­fi­sants. Le man­dat de Mme Meilleur est triple : en tant que co­or­don­na­trice, elle suit tous les dos­siers sur les­quels tra­vaillent les trois in­ter­ve­nantes. Ce­pen­dant, elle in­ter­vient elle-même au­près des ré­si­dents lorsque les dif­fi­cul­tés sur­gissent. « Met­tons que le gars, ça ne va pas bien et qu’il a be­soin d’une in­ter­ven­tion plus pun­chée… Moi, je suis une in­ter­ve­nante de deuxième ligne. Quand il faut es­sayer de les res­sai­sir parce qu’ils risquent de re­tour­ner en dé­ten­tion, je peux avoir à les ren­con­trer pour mettre les points sur les “i” et dire : “Tu es ren­du là, je ne sais pas où tu veux al­ler mais en prin­cipe, c’est là que tu vou­lais al­ler, puis là, ça ne va pas”. » Fi­na­le­ment, c’est elle qui éva­lue les dé­te­nus afin de voir s’ils sont éli­gibles à la Mai­son Saint-Laurent. « Si la Com­mis­sion [qué­bé­coise des li­bé­ra­tions condi­tion­nelles] sort un dé­te­nu, est-ce que je le pren­drais chez moi et est-ce que je se­rais ca­pable de faire quelque chose avec cette per­sonne-là ? », se de­mande alors Mme Meilleur. Elle ai­me­rait pou­voir dis­si­per la croyance qui fait des mai­sons de tran­si­tion une sorte de camp de jour pour les dé­te­nus. « Quel­qu’un qui vient en mai­son de tran­si­tion, ce n’est pas pour sor­tir de tran­si­tion, sou­tient-elle. S’ils veulent sor­tir de dé­ten­tion, puis qu’ils s’en viennent en mai­son de tran­si­tion, ils trouvent le temps long, parce qu’on leur fait tra­vailler leurs bi­bittes. Ils trouvent ça sou­vent plus dif­fi­cile que d’être en dé­ten­tion. » Com­bien de scé­na­rios heu­reux compte-t-elle? « Entre 65 et 70 ré­si­dents ont opé­ré une tran­si­tion réus­sie. Mais il y a tous les autres, qu’on re­tourne en dé­ten­tion parce qu’ils ne sont pas prêts. Ce qui est bien dif­fé­rent d’une ré­ci­dive! De re­tour­ner en dé­ten­tion peut par­fois être la meilleure chose à faire pour un dé­te­nu. »

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