Quand mar­ke­ting rime avec cha­ri­té

Un Prai­ri­vois veut se faire ta­touer 100 000 adresses In­ter­net pour Haïti

L'Informateur - - VIE DE QUARTIER - Sa­muel Le­duc-Fre­nette sa­muel.le­duc-fre­nette@trans­con­ti­nen­tal.ca

Dans la fou­lée du dé­fer­le­ment mé­dia­tique et ca­ri­ta­tif qui a eu cours après le trem­ble­ment de terre haï­tien de jan­vier 2010, Pa­trick Vaillan­court s’est sen­ti in­ter­pel­lé. Comment pour­rait-il contri­buer au re­dres­se­ment de la si­tua­tion? En ins­cri­vant dans sa chair 100 000 com­man­dites, s’est-il dit.

Cette idée pour le moins in­usi­tée ne lui est pas pas­sée par la tête im­mé­dia­te­ment. L’in­for­ma­ti­cien qu’il est a d’abord conçu un site In­ter­net qui per­met­tait aux gens de faire un don de 10 $. Mais sans suc­cès.

« Un mo­ment don­né, je me suis cou­ché et quand je me suis ré­veillé le ma­tin, j’ai eu un flash dans ma tête : je me suis dit que je l’al­lais faire un re­cord du monde, évoque-t-il. C’est sûr que tout le monde va en par­ler. Je suis par­ti avec l’idée de ta­touage, pis c’est ve­nu comme ça, de fil en ai­guille, ça s’est bâ­ti. Au­jourd’hui, c’est ren­du un pro­jet in­ter­na­tio­nal. »

L’idée de ta­touage, comme il le men­tionne, consiste en une ex­pé­rience ja­mais réa­li­sée au­pa­ra­vant : se cou­vrir, du cou aux che­villes, de 100 000 adresses In­ter­net ou de lo­gos d’en­tre­prises com­man­di­taires. Une pre­mière couche de 50 000 adresses se­ra gra­vée à l’encre noire, et une se­conde du même nombre le se­ra à l’encre fluo­res­cente. Ques­tion de ne pas pas­ser in­aper­çu sous les lampes des boîtes de nuit.

M. Vaillan­court, qui est Gas­pé­sien d’ori­gine et Prai­ri­vois de­puis trois ans, a dé­jà re­çu un pre­mier re­cord Guin­ness pour cet « ex­ploit ». Un re­cord qu’il dit avoir ac­com­pli en une seule jour­née. Il a com­men­cé le pro­jet en dé­cembre 2010.

Il en coûte 35 $ à une en­tre­prise qui dé­sire voir son adresse ap­pa­raître en très pe­tits ca­rac­tères sur sa peau. Un ta­touage qu’il s’en­gage à conser­ver au moins 10 ans.

Cette adresse ap­pa­raî­tra en outre dans des bot­tins In­ter­net.

« Au bout du compte, je vais avoir ai­dé la pla­nète, je vais avoir eu un re­cord du monde, pis je vais avoir une job. »

- Pa­trick Vaillan­court

De Haïti à la Somalie

Sur les 100 000 adresses qu’il veut ré­col­ter, 11 000 ont été ta­touées. Jus­qu’à main­te­nant, de 15 000 à 16 000 en­tre­prises ont ache­té un bout de peau.

Son ta­toueur, qui est aus­si un ami, peut lui ta­touer 100 adresses en une heure ou une heure et de­mie. Il es­time qu’il lui fau­dra au to­tal entre 10 000 et 12 000 heures pour faire ce tra­vail. Si le compte est bon, M. Vaillan­court ré­col­te­ra 3,5 mil­lions $.

« Il y a la moi­tié que je garde pour les ONG, qui s’en va dans un compte en fi­du­cie. L’autre moi­tié, il faut que je le paye pour mes tat­toos, se dé­fend-il. Il faut que je vive aus­si.

« On a des dé­penses quand on fait de la pro­mo ou des af­faires comme ça. C’est pas des grosses dé­penses, mais ce qui reste s’en va vrai­ment pour les gens qui en ont be­soin. »

Comme il est in­for­ma­ti­cien, c’est lui qui s’oc­cupe seul de son site In­ter­net. Il gère aus­si ses ré­seaux so­ciaux, comme son compte Fa­ce­book, qui re­groupe 80 000 fans. Il veut donc se gar­der en­vi­ron 150 000 $ ou 200 000 $.

Pour prou­ver sa bonne foi, il dit avoir dé­jà pris contact avec des Haï­tiens. « Je me suis fait pré­sen­ter des gens qui res­taient là-bas, un contrac­teur de là-bas. On a fait un dé­pôt sur des ter­rains là-bas. C’est com­pli­qué par contre. Le gou­ver­ne­ment haï­tien, c’est rough. Mais on a fait un dé­pôt pour 60 ter­rains. »

L’en­tre­pre­neur lo­cal avec qui il fait af­faire lui a été pré­sen­té par un po­li­cier de Mon­tréal lui-même d’ori­gine haï­tienne.

C’est dans la même op­tique qu’il ai­me­rait al­ler en Somalie. Il y réa­li­se­rait du même coup une vi­déo pour son « Tat­too on the Go », du nom des cap­sules com­man­di­tées qu’il met sur son site In­ter­net. On le voit se faire ta­touer le lo­go de la­dite en­tre­prise à des en­droits in­usi­tés, comme cette autre fois où son ta­toueur et lui sont à che­val sur une mo­to-ma­rine en Ja­maïque. « À toutes les fois qu’on fait de quoi, c’est une pre­mière mon­diale, lance-t-il. Au dé­part, je vi­sais seule­ment Haïti. Mais je me suis ren­du compte qu’il y a tel­le­ment de mi­sère par­tout. […] Pour moi, ce qui est im­por­tant, c’est qu’il y ait quelque chose qui se fasse. Les fron­tières pour moi im­portent peu. »

Lors­qu’il se­ra cou­vert par 100 000 adresses, M. Vaillan­court veut conti­nuer à faire de la pro­mo­tion sur In­ter­net. La cha­ri­té l’au­ra fi­na­le­ment ame­né à mon­ter un ser­vice mar­ke­ting lu­cra­tif. « Au bout du compte, je vais avoir ai­dé la pla­nète, je vais avoir eu un re­cord du monde, pis je vais avoir une job », conclut-il.

(Pho­to : Pa­trick Des­champs)

Pour l’ins­tant, seul le dos et les bras de Pa­trick Vaillan­court sont ta­toués.

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